UN JOUR, UN PARCOURS – Léopold PARIS de Long et de l’Etoile

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 30 juin 1891, Léopold PARIS est le fils d’Antonia PARIS. Il est né de père inconnu.

Pierre PARIS et Sylvie DESMARETS hébergent, dans leur petite maison de la Rue Gohet à Long , leur fils Lucien, leur fille Antonia ainsi que Léopold, leur petit-fils. Leur autre fils, Jean-Baptiste, disparaît alors qu’il n’a pas trente ans, laissant trois enfants en bas âge. Pierre et Sylvie accueillent alors, tout naturellement, les trois orphelins. Chez les PARIS de Long, la fraternité et la solidarité ne sont pas des vains mots.

Long est une commune qui compte encore plus de 1 000 habitants à la fin du XIXe siècle. Long formait autrefois une longue rue courant d’une colline à l’autre à travers la vallée depuis le fleuve Somme jusqu’au hameau du Catelet, d’où son nom. Situé dans une zone marécageuse que le château du XVIIIe siècle surplombe, le village expédie encore de la tourbe dans de nombreux secteurs du département de la Somme, mais cette production n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était au milieu du XIXe siècle. Grace à la tourbe, la commune était riche. Mais depuis, elle a perdu plus de 500 habitants. L’église Saint-Jean-Baptiste avait été agrandie au milieu du XIXe siècle. Elle devient peu à peu bien grande pour une population qui diminue sans cesse.

S’il reste de nombreux agriculteurs sur place, la principale activité professionnelle des Longiniens est exercée en dehors du village. Les frères SAINT ont construit une de leurs principales usines de fabrication textile à l’Etoile, village voisin de Long. Nombreux sont les habitants de Long, mais aussi des villages proches comme Bourdon ou Longpré-les-Corps-Saints, qui embauchent le matin dans l’usine des Moulins-Bleus à l’Etoile.

Comme la plupart des jeunes hommes de la Vallée de la Somme, Léopold PARIS travaille aux Moulins-Bleus.

Le village de l’Etoile, situé au confluent de la Nièvre et de la Somme présente des avantages certains, notamment par l’énergie hydraulique qu’on peut utiliser pour développer le travail mécanisé. Si l’usine mécanisée de textile, rachetée en 1883 par les frères Saint, a été construite en 1864, le site de son implantation était depuis plusieurs siècles utilisé par des moulins. Dès le Moyen-Age, certains moulins de l’Etoile étaient utilisés pour broyer les feuilles de waide. La poudre bleue extraite de cette plante abondante dans la vallée, était expédiée dans toute la France. D’autres moulins, utilisés pour produire de la farine, ont été progressivement reconvertis, utilisant une partie de la force hydraulique pour actionner les bancs à broches autre machines à peigner d’une filature de lin et de chanvre. Le site où étaient implantés ces moulins a naturellement pris le nom de Moulins-Bleus, en référence à la couleur de la plante tinctoriale des marais de la Nièvre et de la Somme. Ce nom a été donné à l’usine et le quartier d’habitation des ouvriers du textile dans la commune.

Au début du XXe siècle, quand Léopold PARIS travaille aux Moulins-Bleus, l’usine emploie plus de 1 100 personnes dont un tiers des communes voisines. On y trouve des tisserands et des fileurs, mais aussi des cardeurs, des trameurs, des pareurs, des mouilleurs et beaucoup d’autres métiers très spécialisés. Les femmes y sont presque aussi nombreuses que les hommes. Les conditions de travail sont difficiles, mais l’ambiance de camaraderie permet d’attendre plus facilement l’heure de la sirène marquant la fin de journée de labeur.

A 20 ans, Léopold PARIS est affecté au 120e Régiment d’Infanterie pour y effectuer son service militaire. Le Conseil de Révision d’Ailly-le-Haut-Clocher l’a jugé apte au service armé. Il rejoint son unité le 9 octobre 1912. Il prend le train au Catelet, hameau de Long, en direction d’Amiens puis de Péronne où est caserné le 120e RI.

Une année plus tard, alors que le 120e régiment d’infanterie vient d’être transféré à Stenay dans la Meuse, Léopold voit arriver trois jeunes ouvriers de l’usine textile de l’Etoile. Il les connaît tous. Il y a Lucien CAILLY, Alfred DEVAUCHELLE et Emile CORNU. Extraordinaire comme situation que celle de retrouver des copains d’usine aussi loin de chez soi. La vie militaire devient alors beaucoup plus agréable pour Léopold auprès de ses copains. Même si Léopold a déjà effectué une année, il va encore pouvoir en partager deux avec tous ceux des Moulins-Bleus. La durée du service militaire est passée à trois ans depuis l’été 1913.

Tous les trois vivaient, comme lui, à Long pendant leur enfance. De copains d’école et de jeux, ils sont tous les quatre devenus camarades d’usine.

Quand la guerre est déclarée, le 3 août 1914, les gars du 120e savent qu’ils seront en première ligne quand les combats débuteront. Positionné à quelques kilomètres de la frontière avec la Belgique, le 120e a eu le temps de se préparer.

Après une première escarmouche le 10 août à Mangiennes dans la Meuse, c’est à Bellefontaine, petit village du Sud du Luxembourg belge, que se déroule le plus violent de tous les affrontement que connaîtra le régiment. Le 22 août 1914, en quelques heures, près de 1 000 hommes sont mis hors combat. Emile CORNU est tué.

Léopold PARIS est blessé par balle avec fracture du bras droit. Soigné dans le village, il est fait prisonnier par les Allemands.

Si les rescapés du 120e quittent rapidement le sol belge, dès le 22 août au soir, les prisonniers qui ont été soignés dans les ambulances situées dans les bâtiments publics et certaines maisons du village ne reverront plus le sol français avant décembre 1918 ou janvier 1919.

La blessure de Léopold est grave. Interné au camp de Wittenberg, en Allemagne, Léopold est rapatrié le 24 avril 1915 pour raison sanitaire. Il est transféré à l’hôpital militaire de Saint-Mandé, puis, en septembre 1915, à l’hôpital mixte d’Amiens. Il part ensuite en convalescence en Normandie, à l’hôpital de Dieppe et au dépôt de Bernay dans l’Eure puis à l’hôpital temporaire de Trouville. En février 1916, alors qu’il séjourne à l’hôpital de Lisieux, qu’il est définitivement réformé. Il peut alors rejoindre son village de Long.

Il apprend alors qu’il est revenu, seul survivant de la bande des quatre camarades de l’usine des Moulins-Bleus. Alfred DEVAUCHELLE a été tué le 18 octobre 1914 en Argonne. Quant à Lucien CAILLY, il est mort de ses blessures, le 2 décembre 1914, à l’hôpital d’évacuation de Bar-le-Duc.

Léopold PARIS quitte les marais de la Vallée de la Somme pour ceux de l’Avre. Il épouse Thérèse LEGRAND, de Gentelles, et devient cultivateur à Boves, près d’Amiens, dans la Rue Manasses Barbier.

Léopold est décédé à Boves le 19 juillet 1953 à l’âge de 61 ans.

Les noms de ses copains Alfred DEVAUCHELLE et Lucien CAILLY sont gravés sur le monument aux morts de Long. Celui d’Emile CORNU est inscrit à Longpré-les-Corps-Saints, village voisin. Alfred avait 21 ans. Lucien et Emile en avaient 22.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Long.

Retrouvez les parcours d’autres jeunes hommes ayant vécu près de LONG et de l’ETOILE :

Michel GARDEZ de FONTAINE-SUR-SOMME

Edmond BECQUIN de PICQUIGNY

Clotaire LECLERCQ de FLIXECOURT

Fernand GOSSELIN de VILLERS-SOUS-AILLY

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