UN JOUR, UN PARCOURS – Camille COCQUELIN, de Citernes

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 18 juillet 1892, Camille COCQUELIN est originaire de Citernes.

A Citernes, village agricole du plateau du Vimeu, situé près d’Hallencourt, dans la Somme, il y a les COCQUELIN de Citernes et les COCQUELIN originaires du village voisin de Frucourt. Sont-ils cousins ? Ils ne le pensent pas. Grands-pères et arrière grands-pères sont de souches différentes.

Camille COCQUELIN est le fils d’Ernest, le garde-champêtre de Citernes. Originaire du village, comme l’était aussi son père, Charles, et les générations précédentes, Camille est un COCQUELIN de Citernes.

Georges COCQUELIN est né quelques semaines avant Camille. Le 29 mai 1892, il a vu également le jour à Citernes, mais dans le hameau de Yonville. Car les COCQUELIN originaires de Frucourt habitent une ferme, à Yonville, près du château, alors que les COCQUELIN de Citernes résident dans le chef-lieu.

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Camille réside Rue Neuve avec son père, Ernest, sa mère Zoé, et sa sœur aînée, Léa. Les Riquier, les Tueur et les Sellier sont aussi de la famille par alliance, en ayant épousé les sœurs d’Ernest. Toutes ces familles habitent dans la Rue Neuve et dans la Rue d’Airaines.

Georges habite dans la ferme à l’Annexe de Yonville, avec son père, Henri, sa mère, Hélèna, et sa sœur aînée, Nelly.

Au début du XXe siècle, Citernes est un village d’un peu plus de 400 habitants, avec 125 ménages. L’air y est-il plus pur qu’ailleurs ? Peut-être, car l’Assistance Publique de la Somme, mais aussi celle de la Seine, aime y envoyer ses orphelins. Pour pas moins de 125 ménages, on compte 42 enfants de l’assistance publique dans le village de Citernes.  Dans chaque ferme et  chez chaque artisan de la commune, on trouve un jeune garçon ou une jeune fille venu d’un orphelinat. Le gîte et le couvert contre une petite rémunération. Et si l’orphelin peut apporter son aide, c’est encore mieux.

Dans la famille de Camille, c’est Juliette, de l’hospice de Berny, dans la Seine, qui a été placée.

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A Yonville, c’est Emile, de trois ans plus âgé que Georges, qui est domestique dans la ferme d’Henri COCQUELIN. Le hameau de Yonville est constitué du château en pierre et brique de Philippe Feugère des Forts, de trois fermes, dont celle d’Henri, le père de Georges, et celle d’Alphonse Nantois, le père d’Hélèna. Et deux maisons abritent des tisserands à domicile. La fabrication de la toile d’emballage est une des activités principales, dans la commune de Citernes, pour tous ceux qui ne vivent pas de l’agriculture.

Camille et Georges sont convoqués, ensemble, au Conseil de Révision, à Hallencourt. Tous les deux sont déclarés aptes et affectés au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne. Quand ils prennent le train en gare de Wiry-au-Mont, le 10 octobre 1913, ce n’est pas pour aller vers la sous-préfecture de Péronne, mais vers l’Est de la France. Ils ne connaîtront pas la caserne Foy. C’est celle de Chanzy, à Stenay, dans la Meuse, où vient d’arriver le 120e RI, qu’ils vont découvrir.

Dans sa jeunesse, Camille COCQUELIN s’est blessé à l’épaule. Alors qu’on le pensait apte au service armé, la Commission de réforme de Stenay, réunie le 16 décembre 1913, décide de le maintenir au régiment mais de l’affecter au service auxiliaire du régiment. Le diagnostic médical d’arthrite chronique à l’épaule gauche avec atrophie musculaire est sans appel. Camille ne peut participer aux manœuvres avec ses copains du service militaire. Occupé à d’autres tâches, il reste à la caserne de Stenay quand ses copains partent à Sissonne, dans l’Aisne, pour s’entraîner.

En juillet 1914, Georges COCQUELIN a une permission, en tant que fils d’agriculteur, pour aider à rentrer les foins. Son sergent lui a dit « Je crois que tu seras de retour avant la fin de ta permission ». Le 26 juillet, toutes les permissions du régiment sont annulées. Les gendarmes frappent à la porte de la maison, à Yonville, alors que Georges  préparait la soupe aux cochons. Il reprend aussitôt le train à Wiry-au-Mont, direction Stenay.

Le 2 août, Georges est promu caporal. Le 3 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France.

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Georges COCQUELIN

Le 120e RI connaît l’épreuve du feu, le 10 août, à Mangiennes, dans la Meuse. Le 120e était venu en appui du 130e RI. Les pertes sont légères pour le régiment, contrairement à celles du 130e RI qui compte déjà plusieurs victimes.

A partir du 16 août et la décision du général Joffre de lancer une grande offensive en Belgique, le 120e se prépare activement. La date choisie est le 22 août. Le 21, le régiment parcourt une longue distance à pied pour rejoindre la frontière belge, et passer la nuit à Meix-devant-Virton. Portant leur sac de 30 kg sur le dos, dans une chaleur orageuse, les hommes sont épuisés par cette longue marche. Quand à 5 heures du matin, il faut se mettre en marche, peu se sont vraiment reposés.

En arrivant à 7 heures sur le plateau de Bellefontaine, les hommes ne savent pas ce qui les attend. Les 2e et 3e bataillons s’engagent dans la plaine du Radan, pensant la traverser sans ennui. D’après les informations transmises par les missions de reconnaissance, les troupes allemandes sont beaucoup plus loin, au-delà de la rivière Semois. Mais il n’en est rien, et les mitrailleuses cachées en lisière des bois fauchent, un à un, les copains de Georges.  Des centaines d’hommes s’écroulent, dont beaucoup, comme Georges, sont originaires de la Somme. Mais Georges a de la chance. Il est indemne… Au moins, physiquement…

Camille n’a pas participé aux combats, mais quand, dans leur retraite, les hommes du régiment repassent par Stenay, il ne peut en croire ses oreilles. Il revoit des dizaines de visages de ceux avec qui il a partagé tant de bons moments de service militaire et dont les corps sont restés sur le sol sanglant de Belgique.

Les services auxiliaires du régiment se replient vers l’arrière, pendant que les hommes armés du régiment encore valides continuent les combats à Cesse, dans la Meuse, puis dans la Marne, début septembre.

Le 27 octobre, Georges est blessé en Argonne, au Bois de la Gruerie. Victime d’une plaie au talon gauche, il est évacué et transporté à l’hôpital de Vichy. Il revient au front quelques semaines plus tard pour continuer le combat auprès de ses copains. Le régiment a déjà perdu près de la moitié des hommes qui le composaient avant l’entrée en guerre.

L’hiver 1914/1915 est particulièrement froid et humide. Dans les tranchées, la moindre maladie dégénère vite.  Georges atteint de rougeole et de scarlatine, doit être évacué dans l’Ouest de la France. La rougeole est une maladie grave aux conséquences multiples. Le 4 août 1914, la commission de réforme d’Ancenis réforme temporairement Georges pour albuminurie consécutive et persistante. Après une période de convalescence, il se retire à Citernes.

Il y retrouve sa famille. Il y retrouve également Camille COCQUELIN. Réformé définitivement fin septembre 1914, par la même commission d’Ancenis, pour fracture ancienne de l’omoplate non consolidée et chronique.

Les deux COCQUELIN de Citernes finissent la guerre dans leur village. Blessés, malades, mais en vie.

Henri DECORDE ne reviendra plus. Henri était un orphelin, placé dans la commune par l’Assistance Publique, et qui avait fait le choix de rester y vivre. Il travaillait chez Auguste Thiebault, le cultivateur Rue du Bois.  Le petit Fernand DAIRIN, un autre Enfant Assisté qui travaillait chez Moïse Beauvais, le tisserand, Rue d’Airaines, lui non plus, ne reviendra pas. Il est mort de ses blessures.

Copains du village et copains du service militaire qui ne reviendront pas chez eux, tant de visages hantent les nuits des survivants !

Camille COCQUELIN est décédé, le 23 octobre 1930, à Port-le-Grand, près d’Abbeville.

Georges COCQUELIN a repris la ferme de son père, à Yonville, à côté du château. Il y a fondé une belle famille, avec Yvonne, sa femme. Georges est mort en 1968.

Chaque 22 août, Georges disait à ses enfants « Aujourd’hui, j’étais à Bellefontaine. C’était terrible ! ».

Le 120e Régiment d’Infanterie a perdu près de 1 000 hommes le 22 août 1914 à Bellefontaine, en Belgique.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune de Citerne.

Si l’orthographe officielle est aujourd’hui Citerne, de nombreuses personnes continuent d’écrire Citernes pour nommer ce village de la Somme. Au XIXe siècle, c’est plutôt l’orthographe avec un s final qui était utilisée. C’est le choix qui a été le nôtre pour la rédaction de l’article.

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