UN JOUR, UN PARCOURS – Ferdinand PARSY d’Equancourt

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 4 décembre 1893, Ferdinand PARSY est le fils de Jules et d’Adéline.

Jules, originaire du Pas-de-Calais, est venu s’installer à Equancourt après avoir épousé Adéline. Il est cordonnier et elle est tisseuse. Ferdinand est leur deuxième enfant. Les naissances ont été espacées chez les PARSY puisque le premier garçon, Juste, est né huit ans avant Ferdinand et Hélène, la seule fille de la fratrie, est née 6 ans après. Quand Juste travaille déjà comme domestique de ferme dans le village, Ferdinand n’est encore qu’un enfant.

La famille habite Rue du Grand Jardin à Equancourt. La commune, au Nord-Est du département de la Somme, dans le canton de Combles, est située à la limite du Pas-de-Calais. Dans le village de 800 habitants, l’activité principale est le tissage de la laine, du coton et du crin. Plus de 300 ouvriers à domicile exercent le métier de tisseurs. On compte également deux brasseries et quelques commerces. Et bien sûr, comme dans tous les villages du secteur, une activité agricole essentiellement orientée vers la culture des céréales et de la betterave à sucre.

Même si la commune a perdu beaucoup d’habitants depuis quelques décennies, la jeunesse y est bien présente. Ferdinand a de nombreux copains de son âge. Leurs occupations sont celles d’enfants de la campagne. Ferdinand est un bon élève mais l’école ne le passionne pas. Il veut rapidement pouvoir devenir cordonnier, comme son père. Il aime le regarder travailler et prend plaisir à sentir les mélanges d’odeur de bois et de cuir.

La bande de copains est constituée d’une quinzaine de jeunes garçons du même âge que celui de Ferdinand. On les trouve souvent sur la butte où avait été construit l’ancien château féodal. Il paraît qu’on y a trouvé des pièces datant du XVIe siècle. Quand ils abordent les territoires voisins d’Etricourt-Manancourt ou de Nurlu ils sont certains de ne pas être importunés. Leur nombre impressionne. Mais le jeu d’enfants n’est pas la guerre. Même quand on est « tué » on finit par se relever…

A l’adolescence, Ferdinand travaille comme apprenti avec son père. Il sait qu’il y aura une parenthèse de deux années, le temps d’effectuer le service militaire, puis qu’à son retour, à l’âge de 22 ans, il pourra se mettre à son compte. Il épousera Lucie et ils construiront ensemble une belle famille.

Ferdinand PARSY est convoqué, comme presque toute la bande de copains d’Equancourt, en 1913 à Combles pour passer devant le Conseil de Révision. Gustave COUPE part au 72e RI d’Amiens. Léandre HENOCQUE et Charles DELAMOUR au 51e RI de Beauvais. Les affectations font éclater la bande de copains entre Infanterie et Artillerie. Ferdinand a de la chance. Il est affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne avec Charles GERNEZ et Edouard MAILLY.

Charles GERNEZ habite Rue de Fins, Edouard MAILLY Rue de Flaque. Leurs pères sont, l’un et l’autre, journaliers agricoles dans les fermes du village. Charles et Edouard sont cousins. Leurs mères, Léa et Fortunée HODIN, sont sœurs.

Le trio composé de Ferdinand, de Charles et d’Edouard prend le train, le 27 novembre 1913 à Equancourt. Le village a la chance de disposer d’une halte sur la ligne de chemin de fer qui relie Vélu-Bertincourt à Saint-Quentin. Mais leur destination n’est pas le chef-lieu d’arrondissement. Le 120e RI a quitté depuis plusieurs semaines la caserne Foy de Péronne pour s’installer à Stenay, dans la Meuse.

Plusieurs centaines de jeunes hommes comme eux quittent la Somme pour l’Est de la France à l’automne 1913. La guerre n’est pas encore d’actualité, mais l’Armée française commence à préparer la défense des frontières. Neuf mois plus tard, l’Allemagne déclare la guerre à la France et à la Belgique.

C’est de l’autre côté de la frontière belge que presque tous les hommes du 120e régiment vont connaître l’épreuve du feu, le 22 août 1914.

A quatre heures du matin, après une très courte nuit dans des granges de Meix-devant-Virton, les hommes du 120e reçoivent l’ordre de se mettre en marche en direction de Bellefontaine. Leurs lourds manteaux sont encore humides suite aux pluies diluviennes de la veille. En ce petit matin estival, le brouillard est épais. La troupe se met en marche et gravit les trois kilomètres qui les séparent de Lahage, dernier village avant Bellefontaine. De nombreux habitants sont sortis des maisons pour encourager les Français qui viennent les délivrer de l’envahisseur allemand. Ils offrent pain et nourriture à tous ces jeunes et solides gaillards. La journée risque d’être éprouvante. Nul ne se doute, aussi bien chez les Belges que chez les Français, que l’affrontement aura bien lieu aujourd’hui. Depuis plusieurs jours, des mouvements de troupes sont repérés dans le secteur. Les villageois savent que l’ennemi est très proche. L’Etat-major s’obstine à prendre en compte les données des missions de reconnaissance du 20 août. Les troupes d’infanterie allemandes avaient été signalées à plus de 20 kilomètres, au-delà de la rivière Semois.

Alors que le brouillard n’est pas encore totalement levé, les jeunes Français au pantalon rouge s’élancent dans la plaine du Radan, à Bellefontaine. Ils doivent, en principe, traverser la plaine et se rendre vers la Semois. Le 120e RI n’ira pas plus loin.

Mitrailleuses et artilleries allemandes sèment la mort à Bellefontaine. Le 120e résiste héroïquement.

Le 22 août au soir, les pertes sont immenses. Au moins 1 000 des 3 000 hommes du 120e RI présents à Bellefontaine sont hors de combat.

Le trio Equancourtois du 27 novembre 1913 est détruit. Les 3 copains sont morts. Ferdinand PARSY, Charles GERNEZ et Edouard MAILLY ne rentreront jamais à Equancourt. Ferdinand et Charles ont 20 ans. Edouard vient d’en avoir 21.

Alphonse HODIN d’Equancourt, légèrement plus âgé que les copains, avait été rappelé à la mobilisation du 1er août. Incorporé au 120e RI, il a rejoint la caserne de Stenay quelques jours avant le départ des hommes pour la Belgique. Le 22 août, à Bellefontaine, en fin d’après-midi, il remplissait la mission de brancardier. Nombreux étaient les blessés qu’il fallait ramener vers les habitations des villageois pour tenter de leur sauver la vie. Alphonse, pendant toute sa vie, a revécu cette scène :

Emportant un blessé sur son brancard, Alphonse passe près de Ferdinand, allongé sur le sol suite à une blessure à la jambe. Ferdinand, immobilisé par cette grave blessure, attend qu’on l’aide à quitter le champ de bataille, alors que les Allemands sont encore en lisière des bois. Alphonse, qui a reconnu le jeune homme d’Equancourt, lui promet de revenir le chercher le plus vite possible. Quand Alphonse revient, quelques minutes plus tard, il est hélas trop tard. Un obus a touché mortellement Ferdinand.

Alphonse HODIN a survécu à la guerre. Pourtant, le sentiment de culpabilité ne l’a jamais abandonné. Quand un verre de trop lui libérait la parole, notamment dans le café tenu par la sœur de Ferdinand PARSY, à Equancourt, Alphonse se mettait à pleurer. 

Pleurer sur le sort du petit cordonnier d’Equancourt. Un jeune homme de 20 ans dont le dernier regard est à jamais inscrit dans sa mémoire.

Les noms de Ferdinand PARSY, Charles GERNEZ, Edouard MAILLY sont inscrits sur le monument aux morts d’Equancourt.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Brigitte et Francis DANEZ ont réalisé la collecte de données pour la commune d’ Equancourt.

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4 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Ferdinand PARSY d’Equancourt »

  1. fabuleuse histoire,tragique,et combien sont partis ainsi,terrible pour les familles,très beau travail,bravo aux intervenants qui travaillent pour LE DEVOIR DE MEMOIRE

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