UN JOUR, UN PARCOURS – Victor NOIRET de Guillaucourt

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 24 février 1892, Victor NOIRET est le fils d’Auguste NOIRET et de Joséphine LANDRIEUX.

La famille NOIRET est originaire de Villers-Bretonneux. Marcel, le grand-père de Victor, a épousé une fille de Morcourt, village situé au bord du fleuve Somme, à quelques kilomètres à l’Est de sa commune natale. C’est à Morcourt qu’est né Auguste NOIRET, le père de Victor.

 Le mariage l’a ensuite emmené à Guillaucourt. Auguste a épousé Joséphine LANDRIEUX. Quittant la Vallée de la Somme pour le plateau du Santerre, Auguste s’est installé avec Joséphine dans la Rue du Carrefour à Guillaucourt.

Auguste est domestique de ferme et Joséphine, couseuse en bonneterie, activité particulièrement répandue dans la région.

C’est à Guillaucourt que naît Victor NOIRET, troisième enfant d’une fratrie qui en comportera quatre. Les quatre garçons sont tous nés à Guillaucourt, Albert l’aîné, en 1885 Charles en 1889, Victor en 1892 et Joseph en 1894.

Guillaucourt est une commune du canton de Rosières-en-Santerre, comptant un peu plus de 500 habitants à la fin du XIXe siècle. Le village s’est implanté sur le plateau situé entre la Vallée de la Somme et la Vallée de la Luce.  Au Nord du territoire, l’argile plastique est employée à faire une brique très recherchée. Mais l’activité des villageois est avant tout agricole. Dans la plus grande partie du territoire, les couches argileuses du limon des plateaux offrent des rendements très satisfaisants pour la culture des céréales et des betteraves à sucre. Le travail ne manque pas à Guillaucourt. Les deux principaux employeurs sont la briqueterie, fabriquant plus de deux millions de briques par an et la sucrerie qui utilise en moyenne quinze millions de kilos de betteraves. Le transport des marchandises est grandement facilité par l’utilisation du chemin de fer sur la grande ligne Amiens-Tergnier, offrant aux habitants la possibilité de se rendre aisément aux principaux marchés et foires de Villers-Bretonneux et d’Amiens pour y écouler les produits de leurs jardins ou de leurs basse-cours. 

Le travail ne manque pas mais il est avant tout saisonnier. Les journaliers peinent à nourrir leurs familles. Auguste, le père NOIRET, parvient à se faire embaucher à la fabrique de sucre de Monsieur Normand.

Même si la loi interdit le travail des enfants, il est courant de faire appel à eux dans les fermes du village pour des tâches ponctuelles comme celles de biner les betteraves, de s’occuper du bétail ou de participer aux moissons. Et dans ces moments-là, le caractère obligatoire de l’école publique est un peu oublié. Les fils NOIRET manquent souvent l’école. Si les livres nourrissent l’esprit, ils ne nourrissent pas le corps.

Un premier drame familial vient endeuiller la famille alors que Joseph, le petit dernier de la fratrie, n’a pas encore huit ans. Joséphine, la mère des quatre garçons NOIRET, disparaît laissant Auguste seul avec les enfants. Albert NOIRET l’aîné, quitte rapidement la maison familiale pour aller s’installer à Paillart, avec sa jeune épouse originaire de Chaussoy-Epagny. Il devient teinturier à l’usine Palhier.

Charles NOIRET part vivre à Villers-aux-Erables où il a rencontré une jeune femme. Il devient domestique de ferme dans la commune.

A Guillaucourt, le malheur vient encore frapper les NOIRET. Auguste décède alors que ses deux derniers fils, encore mineurs, vivaient sous son toit. Victor et Joseph NOIRET sont placés sous tutelle de leur oncle Jean-Baptiste, le frère aîné d’Auguste. Mais les garçons ne vont pas vivre chez lui à Morcourt.  

Logés chez leurs employeurs, Victor et Joseph sont domestiques de culture dans le secteur de Villers-aux-Erables, commune où réside leur frère Charles.

Comme il est soumis à la tutelle de son oncle, habitant à Morcourt, c’est à Bray-sur-Somme, chef-lieu de canton, que Victor NOIRET passe devant le Conseil de Révision. Jugé apte au service armé, il est affecté au 87e Régiment d’Infanterie de Saint-Quentin dans l’Aisne pour y effectuer son service militaire.

Il rejoint sa caserne le 9 octobre 1913.

Quand la guerre est déclarée, le 3 août 1914, Victor NOIRET est le seul de la fratrie à être envoyé combattre.

Albert l’aîné, qui est exempté de service militaire pour faiblesse puis bronchite chronique, ne sera déclaré apte qu’en décembre 1914.

Charles, qui s’est marié et vient d’avoir un enfant prénommé René, bénéficie de trois semaines supplémentaires de sursis pour terminer les travaux des champs. Il ne rejoindra son régiment, le 8e Bataillon de Chasseurs à Pied, que le 25 août.

Quant à Joseph le cadet, trop jeune pour être mobilisé le 2 août, il est exempté à plusieurs reprises par les commissions médicales de l’Armée pour cachexie et faiblesse générale. Il n’est déclaré bon pour le service qu’en mars 1917.

Alors que ses frères ne sont pas encore mobilisés, le pauvre Victor a déjà perdu la vie. Tué le 20 août 1914, à Neufchâteau en Belgique, dans un combat qui n’aurait jamais dû être mené.

Victor NOIRET était affecté au 1er bataillon du 87e RI. C’est ce bataillon qui était choisi pour apporter son soutien à la cavalerie dans sa mission de reconnaissance, le 20 août, dans le secteur de Neufchâteau-Longlier. Cette mission devait permettre de localiser l’ennemi dans le secteur et aussi d’informer l’état-major sur les mouvements de troupes allemandes. Ce fut un véritable massacre pour les fantassins qui étaient dix fois moins nombreux que les Allemands. Morts, blessés, disparus, égarés dans les bois, les pertes ont été immenses. Victor NOIRET est une des premières victimes de la Grande Guerre. Il avait 22 ans.

Albert NOIRET, gravement blessé par éclats d’obus en janvier 1916, au bras droit et à la jambe droite, est amputé du bras.

Charles NOIRET a été, lui aussi blessé par éclats d’obus. Tout d’abord à Mourmelon, dans la Marne, en septembre 1914, puis à Beauséjour, en avril 1915. S’il n’est pas amputé, il ne lui est plus possible de se servir de sa main gauche, victime d’ankylose et de soudure des phalanges.

Joseph NOIRET, le cadet, n’est jamais allé au front. Exempté à plusieurs reprises pour traces de rachitisme, il est finalement jugé apte au service armé en mars 1917 avant d’être à nouveau exempté trois mois plus tard. Sa mauvaise santé lui a peut-être sauvé la vie ?

Après la guerre, la vie a continué pour les frères NOIRET, presque comme avant. Albert est resté ouvrier d’usine. Il vécut avec sa femme et son fils André à Paillart.

Charles est revenu à Villers-aux-Erables avant de déménager avec son épouse et son fils René vers Fouquescourt. Il a repris son travail d’ouvrier agricole.

Joseph n’a plus bougé de Villers-aux-Erables. Il s’y est marié. Il est resté domestique de ferme chez Carreel pendant toute sa vie.

Même si l’annonce officielle de son décès a été transmise au maire de Morcourt, pour en aviser l’oncle Jean-Baptiste, c’est bien sur le monument aux morts de Guillaucourt que le nom de Victor NOIRET a été gravé. La commune de son enfance.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Didier BOURRY a réalisé la collecte de données pour la commune de Guillaucourt.

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