UN JOUR, UN PARCOURS – Charles COLOMBIER de Vauvillers

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 14 août 1891, Charles COLOMBIER est un Nordiste.

Ses parents, Kléber et Marie, résidaient dans le département du Nord, plus précisément dans le bourg de Gouzeaucourt, quand Charles est né. Cette commune de l’arrondissement de Cambrai est une des seules du Nord a être limitrophe avec une commune de la Somme. Mais ce n’est pas à Heudicourt, village samarien voisin de Gouzeaucourt que les COLOMBIER se sont installés. Ils ont choisi les riches plaines du Santerre, entre Harbonnières et Rosières.

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Kléber est originaire du Nord, et Marie, de Marvejols, en Lozère. Issus de familles de commerçants, ils ont décidé, après avoir eu 3 enfants Azémie, Jeanne et Charles, à Gouzeaucourt, de venir dans la Somme. Après la ville commerçante de Péronne, où leur dernier enfant, René, a vu le jour, c’est vers le secteur fortement industrialisé à l’Est de Villers-Bretonneux qu’ils sont allés ouvrir leur débit de boissons.

C’est à Vauvillers, village proche d’Harbonnières, que Charles a donc passé sa jeunesse. Le café était, comme dans la plupart des établissements de ce type au début du XXe siècle, une pièce de la maison familiale.

Avoir la bosse du commerce, c’est vraiment ce qu’on peut dire de la famille. En grandissant, Azémie devient épicière, Jeanne est modiste, et Charles, le premier garçon,  apprenti cuisinier-pâtissier.

Vauvillers est un petit village d’un peu plus de 300 habitants. Même s’il y a 34 cafés à Harbonnières, pour une population de 2 000 habitants, le commerce des COLOMBIER parvient à survivre. Les nombreux tricotiers et badestamiers ont souvent besoin de se désaltérer. A  Vauvillers aussi, les ouvriers sont nombreux. Ceux qui ne travaillent pas dans les champs, fréquentent les grandes fabriques textiles d’Harbonnières ou de Rosières.

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Les enfants COLOMBIER ont fréquenté assidument l’école du village. Pour être commerçant plus tard, il faut savoir lire, écrire et compter. Apprenti cuisinier-pâtissier disposant d’un bon niveau d’instruction, Charles est donc bien armé pour entrer dans la vie professionnelle. Mais à 20 ans, comme tout jeune homme, à l’époque, il faut effectuer le service militaire.

Charles COLOMBIER est affecté au 120e Régiment d’Infanterie, le 9 octobre 1912. Pendant une année,  c’est à Péronne, dans la caserne Foy, qu’il suit une instruction militaire, avant que début octobre, le régiment ne soit transféré vers la Meuse, à Stenay plus précisément. En raison de la situation internationale particulièrement préoccupante, notamment dans les Balkans, pouvant entraîner, par le jeu des alliances, une nouvelle guerre entre la France et l’Allemagne, l’Armée française décide de renforcer la défense de ses frontières. Le 120e RI est un des premiers régiments de la Région militaire d’Amiens à changer de casernement pour s’approcher des frontières belge et luxembourgeoise.

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Quand la guerre est déclarée, début août 1914, le 120e RI est donc, tout naturellement, engagé dans les premières missions de défense confiées à l’infanterie, puis, c’est en première ligne, qu’il participe aux combats du 22 août, dans le Sud du Luxembourg belge. A Bellefontaine, le 120e RI perd un tiers de ses effectifs, soit près de 1 000 hommes, en quelques heures seulement. Son copain, André PINGRET, qui habite Rue de Rosières à Vauvillers est tué. Deux gars d’Harbonnières ne se relèvent pas, Henri DELAROZEE et Henri FRIANT. Pour Romain LEFEBVRE, de Rosières, le sort est identique.

En quelques heures, dans la plaine du Radan, à Bellefontaine, le Santerre et tout le département de la Somme ont perdu beaucoup de leurs jeunes. Les premières victimes de la Grande Guerre.

Les derniers combats dans cette guerre de mouvement se déroulent dans la Marne. C’est près de Sermaize-les-Bains que Charles voit encore tomber plusieurs dizaines de copains du service militaire, autour de lui, entre le 6 et le 10 septembre. Puis la guerre s’installera dans une guerre de position. En Argonne, où combat le 120e à partir de la mi-septembre, le front n’évoluera pratiquement pas jusqu’en octobre 1918, malgré plusieurs centaines de milliers de morts.

C’est au Bois de la Gruerie, en forêt d’Argonne, que Charles COLOMBIER est blessé gravement au genou par balle, le 22 novembre 1914. Après avoir reçu les premiers soins dans les structures médicales de proximité, Charles est transféré à l’hôpital de Perpignan, le 12 décembre. Il est déclaré décédé par « mort subite » le 17 février 1915.

René COLOMBIER, le frère cadet de Charles, est né en 1897. Si la guerre n’avait duré que quelques mois, comme certains optimistes le pensaient, à l’été 1914, René ne serait jamais parti combattre. Mais avec les terribles pertes subies en 1914 et 1915, ainsi que la préparation des offensives alliées à venir à Verdun et dans la Somme, il est nécessaire de recruter les plus jeunes. René est incorporé au 42e Régiment d’Artillerie, le 8 janvier 1916, puis passe rapidement dans l’Artillerie Lourde. Eloignés du front de quelques kilomètres, les artilleurs se sentent mieux protégés de la plupart des projectiles adverses. Pourtant, il est un ennemi qu’ils ne pourront vaincre : le gaz. René poursuit la guerre jusqu’à son terme, et n’est démobilisé qu’en septembre 1919. La commission militaire d’Amiens, l’examinant le 23 avril 1920, propose une pension de 100% pour « signes de ramollissement du sommet gauche, râles fins humides et rudesse respiratoire ».

René meurt à Amiens le 12 juillet 1920. Trop tard pour que son nom soit inscrit sur le monument aux morts de Vauvillers, aux côtés de celui de son frère.

Kléber et Marie ont perdu leurs deux fils.

Les COLOMBIER ont quitté Vauvillers, village fortement martyrisé pendant la guerre, et n’y sont jamais revenus.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Vauvillers.

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