UN JOUR, UN PARCOURS – Maurice MAUPIN d’Allenay

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 14 juillet 1893, Maurice MAUPIN est le fils d’Alfred MAUPIN, de Saint-Quentin-la-Motte et de Julia BEAUVISAGE d’Allenay.

Alfred et Julia ont une petite ferme, dans la Rue de l’Eglise à Allenay, dans le canton d’Ault.

La petite commune du Vimeu compte un peu plus de 250 habitants quand le couple MAUPIN s’installe à Allenay. Coincé entre Béthencourt-sur-Mer et Friaucourt, le territoire communal ne permet pas de bénéficier de l’essor industriel des principales communes du Vimeu. Aucune des grandes fabriques de serrurerie et de mécanique du Vimeu  ne s’est implantée à Allenay. Puisque les usines ne viennent pas à Allenay, ce sont les Allenaysiens qui vont à elle. Deux tiers des hommes adultes quittent la commune le matin pour les usines de Béthencourt ou de Tully. Ils sont noyauteurs, tourneurs, mouleurs, fondeurs ou limeurs en cuivre dans la serrurerie. La superficie des terres cultivables étant réduite, beaucoup d’ouvriers agricoles ont quitté la commune dans les années passées pour aller s’installer en Seine-Inférieure, sur la rive gauche de la Bresle. Ils y cultivent les riches terres du plateau vers Mesnil-Réaume et Saint-Remy-Boscrocourt.

Alfred MAUPIN a décidé d’être fermier à Allenay.

Maurice est le premier enfant du couple et Louis, né en 1895, le dernier. Les deux époux, déjà trentenaires au moment de leur mariage, n’auront pas d’autre enfant.

A Allenay, il n’y a que trois rues : la rue d’Ault, la rue de l’Eglise et la rue de Ponts. La rue d’Ault est une très longue voie qui traverse les trois communes de Béthencourt, d’Allenay et de Friaucourt pour rejoindre la station balnéaire d’Ault. C’est dans cette rue que se trouve la petite gare du chemin de fer économique qui relie Woincourt à Ault. La Rue de l’Eglise conduit au hameau de Martaigneville, et la Rue de Ponts permet de se rendre vers Ponts-et-Marais, mais aussi vers la Ville d’Eu, dans la Vallée de la Bresle, où se tiennent les plus grands marchés du secteur. Depuis la disparition de la serrurerie à domicile, les Allenaysiens sont presque toujours sur les routes et chemins, aussi bien pour aller travailler en usine que pour vendre les produits de leurs basse-cours et de leurs jardins.

Même si les messes sont toujours dites régulièrement dans la belle petite église Saint-Pierre, Allenay n’a plus son propre curé. En revanche, la commune dispose bien d’une école publique. L’instituteur en est Arsène CAUMARTIN.

Les deux garçons MAUPIN habitent près de l’école. Ils sont, l’un et l’autre, de très bons élèves. La ferme familiale a besoin de bras, mais Alfred et Julia veulent que leurs enfants sachent lire et compter.

Les copains du village qui habitent comme Maurice et Louis MAUPIN dans la Rue de l’Eglise se comptent sur les doigts d’une main. Il y a André WATTIGNY, Alphonse DEGREMONT, Jules AMABLE et Fernand SUEUR, des garçons nés en 1893 ou 1894. Le père d’André est tourneur en cuivre. Celui d’Alphonse est mouleur en cuivre. Le père de Jules est journalier dans plusieurs fabriques. Quant au père de Fernand SUEUR, il est employé de commerce pour un fabricant de serrures. Aucun n’est fils de fermier.

Le 27 novembre 1913, Maurice MAUPIN et Fernand SUEUR prennent le train en gare de Béthencourt-Allenay pour le service militaire. Maurice est affecté au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens et Fernand SUEUR au 17e Régiment d’Artillerie de La Fère dans l’Aisne.

Le 5 août 1914, le 72e RI quitte la Somme. La guerre vient d’être déclarée et c’est dans l’Est de la France que sont envoyés les hommes qui effectuaient leur service militaire dans les semaines précédentes. Tous ces jeunes hommes sont opérationnels. Formés depuis plusieurs mois, comme Maurice MAUPIN et Fernand SUEUR, ils sont d’office jugés aptes au service armé. Ceux qui n’ont pas encore effectué leur service comme Louis MAUPIN, André WATTIGNY, Alphonse DEGREMONT et Jules AMABLE, tous de la classe 1914 ou 1915, devront passer devant une commission militaire avant d’être mobilisés.

Le 72e Régiment d’Infanterie connaît d’importantes pertes en août et septembre 1914, et plus particulièrement entre le 6 et le 10 septembre dans le secteur de Maurupt-le-Montois pendant la Bataille de la Marne. Maurice MAUPIN survit à ces combats comme il survit à l’enfer de la forêt d’Argonne puis au bourbier des tranchées de Verdun. Le 22 juillet 1916, alors que la Bataille de la Somme vient de débuter, Maurice MAUPIN est affecté au 17e Régiment d’Artillerie où il retrouve son copain d’Allenay, Fernand SUEUR.

C’est dans la Somme que prend fin la courte vie de Maurice MAUPIN. Le 24 octobre 1916, à l’ambulance de Cappy, il meurt des suites de ses blessures.

Fernand SUEUR a plus de chance. Il est même cité à l’ordre du régiment dans ces mêmes combats « donnant à ses camarades un exemple soutenu d’énergie physique et morale ».

Après la fin de la guerre, Fernand SUEUR est mis à la disposition des Chemins de fer du Nord et rejoint la gare du Tréport où il est manœuvre. Quand il revient à Allenay, dans la Rue de l’Eglise, quelques mois plus tard, les fantômes sont partout…

Jules AMABLE est mort en Argonne. Alphonse DEGREMONT a été tué à l’ennemi en Flandre Occidentale.  André WATTIGNY est mort à l’hôpital de Saumur des suites de maladie contractée en service.

Louis MAUPIN, le frère cadet de Maurice, est mort aussi. Il n’est jamais parti à la guerre. Exempté à plusieurs reprises par les commissions médicales de l’Armée pour faiblesse et pleurésie, Louis est mort le 31 juillet 1916 au domicile de ses parents.

Alfred et Julia ont perdu leurs enfants.

Fernand SUEUR revient vivre dans la Rue de l’Eglise à Allenay. Il se marie et devient décolleteur dans l’usine de serrurerie Debeaurain de Béthencourt-sur-Mer. Et la famille s’aggrandit. En voyant ce bonheur à quelques mètres de chez eux, Alfred et Julia pensaient-ils à leurs deux fils ?. Deux enfants qui ne connaîtront jamais la joie de voir sourire leurs propres enfants.

Alfred et Julia MAUPIN sont restés dans leur petite ferme, poursuivant l’activité plus par habitude que par goût. Ils ont proposé à un neveu de reprendre l’exploitation en vivant chez eux. Alfred est mort dans les années 1930. Julia a quitté la ferme et le neveu n’a pas poursuivi l’activité.

Fernand SUEUR, dernier survivant de la bande de copains de la Rue de l’Eglise, est mort le 9 mai 1936, à l’âge de 42 ans.

Un monument a été érigé dans la Rue de l’Eglise pour honorer les « héroïques enfants morts pour la France ». Les noms de Jules AMABLE, André WATTIGNY, Alphonse DEGREMONT et Maurice MAUPIN y sont inscrits.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean-Claude MAISON a réalisé la collecte de données pour la commune d’ Allenay.

Retrouvez les parcours d’autres jeunes hommes ayant vécu près d’ALLENAY :

Léon MEAUX de MENESLIES

Gaston POIX d’YZENGREMER

Gaston DERAMBURE de BETHENCOURT-SUR-MER

Félix LANGLOIS de SAINT-QUENTIN-LA-MOTTE

François BECQUET de MERS-LES-BAINS

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