UN JOUR, UN PARCOURS – René RABACHE, d’Harbonnières

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 14 juin 1891, René RABACHE est né à Amiens. Pourtant, c’est bien à Harbonnières, village du Santerre, qu’il a passé la plus grande partie de sa vie.

Son père, Jules RABACHE, est directeur de café-concert à Amiens. Il loge  Avenue Foy, près de la caserne . Angèle PEZE vit avec lui. Jules et Angèle sont originaires d’Harbonnières, une ville de presque 2 000 habitants. Les RABACHE sont tricotiers depuis plusieurs générations.

A l’époque de leurs parents, plus de la moitié de la population d’Harbonnières travaillait comme tricotiers à domicile. En cette fin de XIXe siècle, les métiers à tisser se sont mécanisés et de grandes usines sont apparues. Pour mieux supporter la difficulté de leur travail, les ouvriers finissent souvent la journée, entre copains, dans un débit de boisson. Il y a 34 cafés à Harbonnières à cette époque. Dans l’usine Bouly, on compte plus de 150 ouvriers. A côté de l’usine Bouly,  où travaillent plus de 150 ouvriers, il y a un cabaret. On dit qu’on y consomme plus de 35 litres d’eau-de-vie par jour !

C’est peut-être ce qui a donné l’envie à Jules de tenter sa chance dans ce métier ? Il est alors parti vers la grande ville, et peu de temps après, Angèle, la fille de Camille PEZE le rejoint à Amiens.

C’est dans cette ville que naît René. Suivront Gustave et Yvonne.

Même si les enfants portent le nom de leur père, c’est seule que la mère, Angèle, élève ses trois enfants. Elle quitte Amiens pour revenir à Harbonnières et loger, avec ses enfants, Rue de Morcourt, chez Camille et Aimée, ses parents. Camille est marchand de peaux.

Angèle  travaille dans l’usine Bouly. Ses enfants, Gustave et Yvonne, dès qu’ils ont atteint l’âge de 12 ans, l’y rejoignent. René , lui, est manouvrier public, une forme d’homme – ou plutôt faudrait-il dire de garçon – à tout faire de la commune.

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A 20 ans, René, considéré comme soutien de famille, suite au décès de son père, bénéficie d’un sursis. Il n’est appelé que début octobre 1913… en même temps que son frère cadet, Gustave.

René est incorporé au 87e Régiment d’Infanterie de Saint-Quentin, dans l’Aisne, et Gustave, au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens, dont la caserne, Avenue Foy, est proche du premier domicile familial.

Les premiers mois sont assez agréables. Ils ont pu, l’un et l’autre, retrouver de nombreux jeunes d’Harbonnières et des villages aux alentours. Beaucoup de jeunes du secteur sont affectés, soit au 72e, soit au 120e de Péronne, soit au 87e de Saint-Quentin.

Dèbut août 1914, avec la guerre qui se prépare, le régiment de René, le 87e RI, se rapproche de la frontière belge. Le 20 août, un bataillon du régiment est complètement décimé, envoyé en appui d’une mission de reconnaissance, et rencontrant une vive opposition allemande à Neufchâteau. Heureusement, René n’avait pas été affecté dans ce bataillon. Le 22 août, il combat à proximité de Virton. A Hourdrigny, plus précisément. Les pertes sont encore importantes, mais la chance lui sourit encore.

Par contre, pendant la retraite de l’Armée française vers la Marne, à Rancourt-sur-Ornon, dans la Meuse, le 87e a ordre d’arrêter la progression allemande. René est blessé à la main droite, par balle, et doit être évacué.

La guerre n’a pas débuté depuis un mois, en ce 28 août, et René RABACHE est déjà mis hors service. Car la blessure est grave et René ne retrouvera jamais l’usage de cette main droite qui lui était tellement indispensable.

Il change plusieurs fois d’hôpital et de centres de convalescence, mais rien n’y fait. Sa main est définitivement « morte ». Il est réformé temporairement en août 1916. Réforme confirmée l’année suivante, il rentre dans ses foyers,  dans un secteur du département de la Somme qui vient juste d’être abandonné par l’occupant allemand.

C’est à Harbonnières qu’il vit à la fin de la guerre. En civil. En handicapé de la Grande Guerre. Une pension définitive de 65% lui est attribuée pour « impotence fonctionnelle de la main droite, avec paralysie et douleurs irradiées dans tout le membre ».

Le 23 août 1920, arrive par l’intermédiaire de Monsieur Miseron, le maire, la nouvelle que René et sa mère, Angèle, redoutaient tant. Gustave est officiellement considéré comme mort. Il a été tué le 4 mai 1917 à La Neuville, dans la Marne. Angèle est effondrée. Après avoir perdu son mari, son père, et vu revenir son fils aîné handicapé, elle pleure maintenant son deuxième fils. En quelques années, le ciel s’est effondré sur les frêles épaules d’Angèle.

René ne peut la quitter. Il habite, avec elle, chez Aimée, la grand-mère, Rue de Morcourt.

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Quelques années plus tard, René, déclaré mutilé, est locataire chez Alphonse Dellatre, garde particulier, et son épouse. Toujours dans la Rue de Morcourt, à quelques mètres de la maison de sa grand-mère et de sa mère.

Toujours sans emploi,  dans les années 1930, il occupe seul un logement, dans la Rue de Morcourt, avec Marie, sa bonne. Sa maigre retraite de mutilé ne suffit pas pour vivre dignement. Alors il loge un couple employé à l’ancienne usine Bouly, devenue une usine de produits chimiques.

Il a suffi d’une balle pour que la vie de René soit gâchée. Une seule balle. Dans cette ville d’Harbonnières, où l’activité économique était florissante pendant la première moitié du XXe siècle, il n’aurait pas eu de difficulté à trouver un bon emploi dans l’industrie. Encore fallait-il pouvoir se servir des deux mains ? Tous les appareillages, même les plus modernes, n’ont pas remplacés tous les membres perdus…

Heureusement, René ne finira pas seul cette triste vie de mutilé. A 50 ans passés, il trouve enfin l’âme sœur, et épouse Jeanne, à Harbonnières, en 1943.

Il peut alors prendre conscience de la chance qui est la sienne. Celle d’avoir échappé à la mort le 28 août 1914. A quelques centimètres près, tout aurait pu prendre fin. Même mutilé, il peut vivre vieux et être heureux avec Jeanne. 64 jeunes hommes d’Harbonnières n’ont pas eu cette chance. Ils n’ont pas survécu à la Grande Guerre. Ils ne vieilliront pas.

Parmi les 64, il y a Gustave, son jeune frère, dont le nom est inscrit sur le monument aux morts d’Harbonnières. Depuis ce funeste jour du 4 mai 1917, Gustave a 24 ans pour toujours.

Six jours avant que René ne reçoive cette balle dans la main droite, au tout début de la guerre, deux de ses copains d’Harbonnières avaient déjà été fauchés par les mitrailleuses allemandes, dans la plaine du Radan, à Bellefontaine. Pour Henri FRIANT et Henri DELAROZEE, tout a définitivement pris fin le 22 août 1914, à l’âge de 22 et de 23 ans.

René RABACHE est mort le 9 novembre 1957.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune d’Amiens et Didier BOURRY la collecte pour la commune d’Harbonnières.

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