UN JOUR, UN PARCOURS – Cyrille FAUCHEZ de Crécy-en-Ponthieu

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 25 septembre 1892, Cyrille FAUCHEZ a toujours vécu à Crécy. Il est pourtant né dans le Pas-de-Calais, à Bonningues-les-Ardres, à l’Est de Boulogne-sur-Mer. Ses parents, mariés à Crécy en 1877, ont vécu pendant quelques années dans ce village situé à proximité de la forêt de Tournehem. Paul, le père de Cyrille, est garde forestier.

Cyrille et son frère aîné se prénommant Paul, comme leur père, sont nés dans le Pas-de-Calais. Puis la famille est revenue s’installer à Crécy, dans la Grande Rue.

Crécy est un chef-lieu de canton très dynamique en cette fin de XIXe siècle. Au-delà des 1 500 habitants, c’est surtout un vrai centre économique dans la partie Nord-Ouest du département de la Somme. C’est un lieu de passage incontournable dans beaucoup de cas. On compte 5 routes de grande communication et 5 chemins vicinaux.

Crécy c’est aussi et surtout la forêt. Les 3 800 hectares de la forêt qui sont sur le territoire de Crécy, en font la commune la plus étendue dans le département de la Somme.

Aucune grande ligne de chemin de fer ne passe par Crécy, mais, heureusement, la ligne économique qui part de Dompierre-sur-Authie, permet de rallier Abbeville, et la ligne Paris-Boulogne, assez facilement.

Cyrille FAUCHEZ est le fils de Paul et d’Aglaé, tous les deux nés à Crécy, les pères, journaliers dans la forêt et dans les champs, et les mères étant fileuses.

Il y a deux fois plus de moutons que d’habitants à Crécy ! On compte cinq gros troupeaux dans la commune. A la foire de la Saint-Louis, fin août, la vente des ovins est l’activité principale. Certaines années, on dit qu’on pouvait y trouver plus de 20 000 moutons ! Crécy-en-Ponthieu est une ville commerçante.

Les exportations sont nombreuses vers les villes d’Abbeville et d’Amiens, mais aussi vers d’autres destinations beaucoup plus éloignées. Cinq grandes allées forestières, bien droites et régulièrement ré-empierrées, facilitent les coupes et le transport du bois, source de travail pour une partie importante de la population locale. On expédie du bois de construction, du bois chauffage, de la douvelle, du bois scié pour ébénisterie. La vannerie, le cuir, le savon vert sont également des produits d’exportation. On extrait également le phosphate dans les carrières, transporté ensuite vers Abbeville par les wagons de la petite ligne de Dompierre.

Même si leur père, retenu par ses occupations professionnelles dans d’autres forêts que celle de Crécy, n’est pas toujours à la maison, la jeunesse de Paul et de Cyrille est plutôt agréable. Dans la Grande Rue, il y a une sacrée bande de copains. Il y a quelques moments de l’année importants dans la vie des enfants. Un des plus marquants se passe pendant les trois jours de la Semaine sainte qui précède Pâques, les enfants vont crier devant chaque épicerie : « La boutique est ruinée. La boutique est ruinée » jusqu’à ce que le commerçant leur jette des pruneaux. Quand ils sont un peu plus vieux, ils peuvent aussi participer au jeu de la chole. C’est le Mercredi des Cendres. Une espèce de ballon, lancée au pied, et dont la possession finale est vivement disputée par les jeunes de Crécy et des villages voisins. Et il y a aussi, à la Mi-Carême, le tir du gay. Avec un arc et une flèche, on tire sur un oiseau. Le prix est un chapeau.

Mais ces scènes de rire et de fêtes ne doivent pas faire oublier la difficulté de vivre pour les hommes et les femmes du début du XXe siècle. Paul et Cyrille partent, dès que l’âge le permet, se faire embaucher dans l’usine Loiseau-Stemler, de Sailly-Flibeaucourt. C’est une des plus grandes et plus modernes usines du Ponthieu. On y fabrique des serrures et de la quincaillerie.

Paul, l’aîné, est le premier à partir au service militaire. Comme beaucoup d’ouvriers serruriers, il est affecté dans l’Artillerie.

Au retour de son frère, Cyrille FAUCHEZ sait qu’il va certainement suivre le même chemin. Affecté au 12e Régiment d’Artillerie, il part, en octobre 1913, pour Saint-Dié, dans les Vosges. Si les forêts sont nombreuses dans les montagnes environnantes, la sienne lui manque. Celle de Crécy.

Cyrille vient à peine de terminer son instruction militaire quand la guerre éclate. Le canonnier FAUCHEZ va être fortement sollicité. Les batteries d’artillerie doivent venir appuyer les mouvements des troupes d’infanterie, et quand la guerre s’immobilise, à partir de la fin septembre 1914, elles prennent un rôle déterminant pour surprendre l’ennemi, terré dans ses tranchées.

Cyrille est évacué en janvier 1916 pour maladie, et revient fin mars. Puis la guerre continue, avec son lot de peur et de sang. Le 1er juin 1918, Cyrille est gravement blessé au bras droit et à la poitrine par éclats d’obus, dans le secteur de Château-Thierry. Evacué, il ne retourne pas au combat. Il reste longtemps hospitalisé et ne retourne à Crécy qu’en juin 1919. Il a perdu son bras. Amputé au tiers supérieur, il souffre également de difficultés respiratoires. Les gaz sont passés par là.

Son frère, Paul, a été rappelé à la Mobilisation générale du 1er août 1914. Blessé dans l’Oise dans les derniers mois de la guerre, comme Cyrille, il est décédé en juin 1918 à l’ambulance de Compiègne, des suites de ses blessures.

Paul laisse une épouse et un orphelin. Au retour du service militaire, Paul s’était marié avec Marguerite. Un garçon, prénommé Paul, comme son père, est né de cette union, quelques mois avant la déclaration de guerre.

Quand Cyrille est revenu, handicapé mais vivant, à Crécy, Marguerite vivait seule avec le petit Paul. En 1920, Cyrille a épousé Marguerite, la veuve de son frère. Ensemble, ils ont eu plusieurs enfants – Henri, Micheline, Rosa, Cyrille – dans leur petite maison de la Rue de Ligescourt, à Crécy, qui ont partagé la jeunesse du petit Paul. Cyrille, bénéficiant des mesures d’emplois réservés pour les estropiés de guerre, est entré dans l’administration des PTT. Il est devenu facteur. A Crécy, tout le monde le connaissait.

Cyrille a élevé le petit Paul comme s’il était son propre fils. Il était, de toute façon, beaucoup plus qu’un neveu ou qu’un beau-fils.

La guerre lui avait pris son frère ainsi que plusieurs cousins, dont les noms sont inscrits sur le monument aux morts de Crécy. La guerre lui avait pris son bras. Mais, la vie lui avait donné la chance de fonder une belle famille.

Tout ce qu’aurait certainement souhaité réaliser son frère.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Crécy-en-Ponthieu.

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