UN JOUR, UN PARCOURS – Eugène LEROY de Matigny

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 5 décembre 1891, Eugène LEROY est le fils d’Oscar et de Marie. Il a vu le jour à Matigny.

A la fin du XIXe siècle, Matigny est un village assez important de l’Est du département de la Somme dans le canton de Ham. Installé sur la Route Nationale qui relie Béthune à Château-Thierry, et sur la voie de chemin de fer entre Albert et Ham, le territoire de Matigny est une terre de betteraves. La culture des betteraves à sucre est tellement répandue qu’elle a permis la construction de deux fabriques de sucre sur le territoire communal.

Eugène habite avec ses parents une petite maison au bord de la Route Nationale. Eugène est fils unique. Oscar est paveur et Marie est ouvrière agricole.

Pas besoin d’aller bien loin pour trouver des garçons qui ont l’âge d’Eugène. Les voisins immédiats sont les CAILLEUX, une grande famille de Matigny. Marceau CAILLEUX est le fils aîné d’une grande fratrie. Quelques maisons plus loin, il y a les RONDEAU. Julien RONDEAU a le même âge qu’Eugène, mais lui n’est pas fils unique. Alfred, son frère aîné, est né en 1887, Alfred en 1889, Georges en 1890 et Raymond le suit de deux années à peine. Eugène est donc copain avec les cinq frères RONDEAU.

Le père de Marceau CAILLEUX est charpentier et celui des frères RONDEAU est maréchal-ferrant. Au bord de la grande route, maréchal-ferrant et charron sont des métiers assez courants, mais bien moins fréquents que les débitants de boissons ou les épiciers. Au bord de la longue Route Nationale on trouve également de nombreux ouvriers de sucrerie. A l’adolescence, leurs enfants deviennent souvent manouvriers dans la fabrique pendant la saison des betteraves, et ouvriers agricoles pendant le reste de l’année.

Eugène LEROY ne travaille pas à la sucrerie. Il est garçon-boulanger, métier également bien utile dans une commune où il y a près de 1 000 bouches à nourrir.

A 20 ans, et après être passé devant le Conseil de Révision de Ham, Eugène LEROY est affecté au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens pour y effectuer son service militaire. Il prend le train dans la station du village, le 9 octobre 1913, avec plusieurs jeunes hommes du village, dont André ACQUAIRE de la Rue de Berny affecté, comme lui, au 72e d’Amiens.  Quelques semaines plus tard, le cadet des frères RONDEAU, Raymond, les rejoint. Même s’ils n’ont pas été affectés dans la même Compagnie, les jeunes hommes de Matigny trouvent toujours moyen de se retrouver dans l’enceinte de la grande caserne Friant d’Amiens.

La guerre est déclarée le 3 août, et dès le 5, le 72e RI embarque dans un train de la Gare du Nord pour rejoindre les autres régiments de la Région militaire d’Amiens dont certains sont déjà positionnés autour de Stenay, dans le département de la Meuse. Le 22 août, à l’occasion de la grande offensive française dans le Sud de la Belgique, les hommes du 72e RI, placés plus en retrait que ceux  du 120e et du 128e, régiments constitués majoritairement de jeunes hommes de la Somme,  subissent des pertes assez faibles. Par contre, quelques jours plus tard, dans la Marne, le 72e est décimé. André ACQUAIRE, celui qui a partagé le quotidien de soldat d’Eugène, depuis plus de 18 mois, tombe le 10 septembre 1914. Il avait 22 ans.

Pour Raymond RONDEAU, c’est la première blessure. Il y en aura beaucoup d’autres. Il est touché à la main droite par balle. Après avoir été soigné, il revient dans le bourbier de la forêt d’Argonne. Eclats d’obus, pieds gelés, son calvaire continue. Muté au 4e Régiment de Zouaves en juin 1915, il rejoint l’Armée d’Orient. En juillet, il est blessé aux Dardanelles par balle à la jambe gauche, puis au Maroc par éclats d’obus, avant que la pleurésie ne vienne l’atteindre. Raymond RONDEAU n’est pas réformé et il n’est démobilisé qu’en août 1919. La maladie pulmonaire ne le quittera plus jamais. Considéré par les commissions médicales de l’Armée comme handicapé à 100% en 1931 pour tuberculose pulmonaire, il meurt en 1934.

Comme Raymond RONDEAU, Eugène LEROY a rapidement quitté le 72e RI. Après avoir été affecté au 45e RIT en mars 1915, la commission de réforme de Nantes propose un changement d’Arme en septembre 1915. Les pieds plats vont lui permettre de devenir artilleur ! Il est affecté au 29e Régiment d’Artillerie, puis au 42e RA. C’est derrière une batterie du 42e qu’Eugène est tué dans la Somme, au cours des combats du 11 août 1916 près de Flaucourt, à moins de 20 kilomètres de son village de Matigny. Il avait 24 ans.

Son voisin, Marceau CAILLEUX, ne reviendra pas non plus à Matigny. Il a été tué en avril 1916 au Mort-Homme, près de Verdun, à l’âge de 22 ans.

Les cinq frères RONDEAU ont tous été mobilisés. Peut-on s’imaginer l’angoisse d’Elisabeth, leur mère, déjà veuve, de voir partir cinq de ses six fils ? Elisabeth reste avec ses trois filles, Marie, Marguerite et Victoria, et le petit René, né en 1901, heureusement trop jeune pour être enrôlé.

Fernand RONDEAU, l’aîné des frères, est tué le 19 septembre 1914 dans la Marne. Alfred et Georges, les deux suivants, ont survécu à la guerre sans blessures physiques, mais avec une santé assez fragile. Alfred est mort en 1926.

Julien RONDEAU qui n’avait pas été affecté au 72e RI pour le service militaire comme son copain Eugène LEROY, a tout de suite été placé dans l’artillerie. Incorporé au 17e RA, il s’en est relativement bien sorti, jusqu’à ce que la bronchite arrive en mars 1918. Hospitalisé à Clermont-Ferrand, le diagnostic mit en évidence une bronchite aigüe généralisée bi-latérale. Julien n’est pas reparti au front. Démobilisé en juillet 1919, il s’est retiré dans la Marne, où il est devenu manœuvre aux ateliers d’Epernay. Au fil des années, son handicap respiratoire s’est développé justifiant une pension de l’Etat français passant de 10% en 1927 à 100% en 1934. Julien n’est pas mort à la guerre, mais comme beaucoup, Julien est mort de la guerre.

Les noms d’André ACQUAIRE et de son frère Jean-Baptiste, de Marceau CAILLEUX et son cousin Henri, d’Eugène LEROY et de Julien RONDEAU sont inscrits sur le monument aux morts de Matigny.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Didier BOURRY a réalisé la collecte de données pour la commune de Matigny.

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