UN JOUR, UN PARCOURS – Albert CACHELIEVRE, de Nesle

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 21 juin 1892, Théophile Jean Albert CACHELIEVRE aura comme prénom usuel Albert, pendant toute sa vie.

Albert est originaire de Nesle, comme Claire LEFEVRE, sa mère. Les LEFEVRE tiennent une boucherie, dans la Rue de la Monnaie, à Nesle.  Les parents, le frère, le beau-frère. La boucherie, c’est une affaire de famille !

Narcisse, le père d’Albert n’est pas boucher. Il est cordonnier. Originaire de Biarre, village de la Somme, entre Roye et Nesle, il est venu chercher du travail à Nesle, et s’est installé, après avoir épousé Claire, dans le Faubourg Saint-Léonard.

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Nesle est une ville importante du département de la Somme. A la fin du XIXe siècle, la ville compte près de 2 500 habitants.

 On y trouve une distillerie, une brasserie et une briqueterie.  Située sur le plateau du Santerre, les terres sont favorables aux cultures de céréales et de betteraves à sucre. Les agriculteurs et ouvriers agricoles sont nombreux.  Mais Nesle est avant tout une ville commerçante.  Bien desservie par le train, la commune attire des acheteurs de toute la région. Il y a la grande  ligne de chemin de fer, entre Amiens et Tergnier, qui passe à Nesle, mais la gare est également le terminus de deux lignes à voie étroite allant, l’une jusqu’à Ercheu, et l’autre à Offoy.

Chaque vendredi, les wagons sont remplis de gens des campagnes venant faire leur marché. Et le premier vendredi de chaque mois, pour le « franc-marché », c’est la grande affluence. Entre les « nouveautés » et les bestiaux, on trouve de tout, à Nesle, en cette fin de XIXe siècle !

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Narcisse et Claire, avec leur fils, Albert, déménagent pour s’installer Rue Canteraine. Un autre garçon, prénommé Fernand, voit le jour en 1899.

Narcisse a beaucoup de travail. Il embauche un ouvrier cordonnier, Eugène Harleaux, originaire de Moyencourt, qui loge avec la famille, Rue Canteraine. Albert, et son frère, Fernand, apportent également leur aide dans l’entreprise familiale.

Après le décès de leur maman, les deux garçons, restent avec leur père. Si Albert est déjà un adolescent, Fernand n’est encore qu’un enfant.  Albert ne souhaite pas devenir cordonnier. On le voit souvent, chez ses oncles, dans la boucherie de la Rue de la Monnaie.

En 1912, Albert passe devant le Conseil de Révision, dans une salle de la mairie de Nesle. Il est incorporé au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied. Son service militaire débute en octobre 1913, quelques mois seulement avant le début de la guerre. C’est dans le Nord-Est de la France que le 8e BCP va caserner, avant de se livrer à d’importantes missions de reconnaissance en Belgique, pour localiser les troupes ennemies.

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Après la meurtrière Bataille des Frontières, dans laquelle plus de 25 000 Français perdent la vie, le 8e BCP est chargé, les 23 et 24 août, de protéger la retraite des troupes françaises passant à proximité d’Arrancy, dans la Meuse, pour rejoindre la Marne.

La mission du 8e BCP est un succès, mais, malheureusement, l’affrontement avec les troupes allemandes entraîne de nombreuses pertes. Albert est blessé par une balle dans les reins. Il est évacué sur Bordeaux pour y être soigné. Sorti de l’hôpital fin octobre, il retourne au front quelques semaines plus tard.

Le 30 juin 1915, à Bagatelle, en Argonne, Albert est blessé à la tête par un éclat de bombe.  Encore l’hôpital ! Les soins. La convalescence. Et le retour dans l’enfer des tranchées…

19 février 1917, nouvelle évacuation. Albert doit être soigné à l’ambulance de Plivot, dans la Marne, avant de repartir, quelques jours plus tard, pour le Chemin des Dames…

20 avril 1917, Albert est blessé à la main gauche par un éclat de grenade.

La guerre n’est pas finie. Combien de temps Albert va-t-il pouvoir tenir ? L’angoisse de repartir est à chaque fois plus grande…

Albert ne subira pas d’autres blessures, et comme tous les autres, malgré la signature de l’Armistice, il lui faudra attendre de longs mois avant de revenir dans sa commune. Il n’est démobilisé que le 8 août 1919.

La ville de Nesle, sous occupation allemande de septembre 1914 à mars 1917, a été partiellement détruite. Mais déjà, dès l’été 1919, la reconstruction débute. Albert retrouve son père.

Fernand, son jeune frère, a été appelé à la mobilisation le 20 avril 1918. Il n’a, bien sûr, pas pu répondre à l’appel puisqu’il était détenu prisonnier civil, en Allemagne. Après son rapatriement, le 18 décembre, il a rejoint l’armée française. Mais, heureusement pour lui, la guerre était finie. En tout cas, elle avait bien pris fin sur le territoire français.

Fernand, le frère cadet, devient ensuite cordonnier, comme son père. Et Albert, devient boucher, comme ses oncles.

Même s’il se marie en novembre 1921, avec une jeune femme de Nesle, prénommée Rose, la vie est plutôt grise pour Albert. Il n’est pas guéri. Si les blessures physiques n’ont pas laissé de traces handicapantes, les blessures morales rendent insupportable la vie pour Albert.

Le 8 février 1924, une commission de réforme, à Amiens, est chargée d’examiner Albert pour évaluer son aptitude à rester mobilisable dans l’armée de réserve, dans l’éventualité d’un nouveau conflit. Son rapport est sans équivoque : « présence de troubles mentaux en rapport avec un état démental psychasthénique, idées de suicide ».

Quelques mois plus tard, c’en est fini pour Albert ! Il est décédé le 22 août 1924, à Nesle. Presque dix ans, jour pour jour, après la première de ses blessures de guerre.

Le nom de Théophile Jean Albert CACHELIEVRE n’est pas inscrit sur le monument aux morts de Nesle. C’est certainement la guerre qui l’a tué, mais, trop tard pour qu’il soit reconnu « Mort pour la France ».

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune de Nesle.

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