UN JOUR, UN PARCOURS – Gabriel CERF d’Hombleux

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 23 février 1893, Gabriel CERF est le fils des boulangers du village.

Adèle DELATTRE sa maman, avait épousé en premières noces Philogène GOGUET, le boulanger de la Rue du Calvaire à Hombleux. Malheureusement, Philogène est décédé alors qu’il avait à peine 34 ans. Adèle s’est remariée avec Raymond, le fils de Cléos CERF, cultivateur à Bacquencourt, hameau d’Hombleux. Raymond est alors devenu le nouveau boulanger du village.

En 1891 est née Raymonde, puis Gabriel en 1893 et Madeleine en 1899. 

Hombleux est un bourg du canton de Nesle qui compte près de 1 000 habitants à la fin du XIXe siècle. Il y a plus d’habitants dans les hameaux que dans le chef-lieu. Les deux principaux sont Canisy et Bacquencourt. Une majorité des habitants est occupée par l’agriculture l’été et par la fabrique de sucre l’hiver. Sur le territoire de la commune on trouve très peu d’élevage, hormis pour sa consommation personnelle. Les terres cultivables sont… cultivées, et c’est la betterave à sucre qui en occupe la plus grande partie.

La commune est particulièrement bien desservie par le chemin de fer puisqu’il y a une halte dans le chef-lieu de commune sur la ligne d’Amiens à Tergnier, un arrêt à Canisy sur la ligne d’Albert à Ham et un arrêt proche de Bacquencourt sur la ligne de Noyon à Nesle. La boulangerie de Raymond et d’Adèle CERF se trouve sur la Route nationale qui relie Rouen à La Capelle.  Le travail ne manque pas et l’aide d’un ouvrier boulanger, venu d’Ercheu le village voisin, leur est fort utile. 

Les enfants, Raymonde comme Gabriel, apportent rapidement de l’aide, notamment en effectuant des livraisons dans le village. Et peu à peu Gabriel, tout en étant porteur de pain, s’initie au métier de boulanger. Un jour, ce sera lui le boulanger d’Hombleux…

A 20 ans, Gabriel passe devant le Conseil de Révision à Nesle. Il est jugé apte et rejoint le 8e Bataillon de Chasseurs à Pied le 27 novembre 1913. Nombreux sont ceux qui partent le même jour que lui. Tous les jeunes de la classe 1913 sont convoqués en même temps, une année avant la date prévue pour leur incorporation. La loi des 3 ans a été votée pendant l’été 1913 malgré une forte opposition des socialistes, et l’âge d’incorporation est maintenant de 20 ans et non plus de 21 ans.

Quand Gabriel a été jugé apte au service armé, le 8e BCP était encore caserné à Amiens. Cette affectation dans le département de la Somme lui convenait très bien. Mais, le 8e BCP a quitté Amiens le 30 septembre pour s’installer à Etain, près de Verdun. Le 8e BCP comme d’autres régiments de la 2e Région militaire d’Amiens fait partie des unités choisies pour aller renforcer les frontières de l’Est de la France. La guerre menace.

Gabriel fait le voyage avec Louis DAUDRE du village voisin d’Esmery-Hallon. Arrivés à la caserne, à Dun-sur-Meuse, ils retrouvent plusieurs jeunes du secteur : Marceau NORMAND, Joseph OBRY et Georges NOGENT d’Hombleux, Georges CALTEAUX et Orphila CORNE d’Esmery-Halon. Le canton de Nesle est bien représenté au 8e BCP !

Plus les mois passent et plus la tension devient vive. La guerre avec l’Allemagne semble inévitable. Les hommes du 8e BCP savent qu’ils seront les premiers à prendre des risques dès que le conflit sera déclaré. Chargés des missions de reconnaissance, à pied, à cheval ou à bicyclette, ils devront s’aventurer dans des contrées certainement inconnues.

Alors que le 1er août 1914 la mobilisation générale est décrétée sur tout le territoire français, Gabriel CERF est transporté d’urgence à l’hôpital d’Etain. La crise d’appendicite est violente.

Le 2 août, Raymond, le père de Gabriel prend le train pour Péronne. Malgré ses 46 ans, il est mobilisé. Il n’ira pas combattre mais doit remplir, comme beaucoup d’hommes de son âge, des missions d’intendance à la caserne. La préparation du matériel pour les hommes qui vont partir au combat nécessite beaucoup de main d’œuvre.

Après avoir envahi la veille le Grand-Duché du Luxembourg, sans aucun préavis, et lancé un ultimatum à la Belgique, l’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août à six heures du soir.

Gabriel CERF est déjà mort. La crise d’appendicite l’a emporté sans qu’on sache précisément à quelle heure il a rendu son dernier souffle.

Il ne sera jamais considéré comme « Mort pour la France » contrairement aux six copains qui étaient avec lui au moment du service militaire.

Joseph OBRY a été tué à l’ennemi fin juin 1915 dans la Marne. Marceau CALTEAUX est mort des suites de blessures de guerre à l’hôpital auxiliaire 213 de Paris en août 1915. Louis DAUDRE, Georges NOGENT et Marceau NORMAND ont été tués, tous les trois, fin septembre 1915 à Auberive-sur-Suippes dans la Marne. Quant au rescapé Orphila CORNE d’Esmery-Hallon, il est mort au combat en avril 1918 dans le Nord de la France.

Après la fin de la guerre, quand il a fallu établir les listes des morts pour les inscrire sur les monuments aux morts, aucune loi n’a imposé de n’y inscrire que les soldats reconnus « Morts pour la France ». A Hombleux, le nom du porteur de pain Gabriel CERF, le fils des boulangers, a été gravé. Qu’importe les conditions du décès, c’est bien parce qu’une guerre allait éclater qu’il s’est retrouvé si loin de chez lui, de ses parents et de ses sœurs.

Raymond son père, rappelé le 1er août 1914 a été renvoyé dans ses foyers le 26 août une fois sa mission terminée. Il était placé en sursis d’appel en tant que boulanger. Quelques jours plus tard, le village d’Hombleux a été occupé par les Allemands. Ils ne l’ont quitté qu’au printemps 1917 après l’avoir en partie détruit.

Après la reconstruction, le village a retrouvé sa boulangerie dans la rue principale, reprise par la famille DAMELINCOURT, puis quelques années plus tard par la famille LECLERCQ.

Gabriel CERF, le petit gars qui portait le pain dans les rues d’Hombleux est un des premiers morts de la Grande Guerre. Mort peut-être même quelques heures avant qu’elle ne soit officiellement déclarée.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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