UN JOUR, UN PARCOURS – Léon GAUDET de Brouchy

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 29 janvier 1894, Léon GAUDET est le fils d’Arthur GAUDET et de Marthe DOMINIQUE. Prénommé Albert Gaston pour l’état-civil, le petit GAUDET portera toute sa vie le surnom de Léon.

La famille GAUDET est bien implantée dans le canton de Ham, secteur de la Somme situé à l’extrême Est, en frontière des départements de l’Aisne et de l’Oise. C’est de l’Oise que vient la famille de Marthe. Elle est originaire de la proche commune de Villeselve.

Léon est le premier enfant du couple qui s’est installé à Brouchy, dans la rue Dumetz.

Brouchy est un village dont l’activité est essentiellement tournée vers l’agriculture. Aucune route importante ne passe sur son territoire et les commerces sont rares. Pour les produits de première nécessité, on trouve une petite épicerie, une boulangerie et un débit de boissons. La ligne de chemin de fer passe sur le territoire de la commune, apportant quelques emplois avec elle, comme garde-barrière ou garde-sémaphore. Mais il n’y a aucune activité industrielle, aucun atelier et très peu d’artisans dans le village. Quand on veut vendre les produits de sa basse-cour ou chercher du travail, tout se passe dans la grande ville voisine de Ham.

Les familles de Brouchy vivent de la culture, de l’élevage et de l’exploitation du bois. Arthur, le père de Léon GAUDET, est bucheron.

Le village compte un peu plus de 500 habitants. Tous les enfants se connaissent et la bande des garçons se constitue rapidement et sans calcul. Monsieur DUPONT, l’instituteur, est chargé de leur inculquer le savoir. Lire et écrire leur permettront peut-être de trouver plus facilement un emploi à Ham ou à Saint-Quentin ?

Une seule année sépare Léon de son frère cadet, Lucien. Les autres membres de la fratrie sont arrivés bien plus tard. Yvonne, cinq ans plus tard, puis Noémie, Marcel et Madeleine. Les deux frères GAUDET, Léon et Lucien, sont inséparables.

Leurs copains se nomment Emile TABARY, Emile LALOY et Alfred LEFEVRE.

Le père d’Emile TABARY est berger, celui d’Emile LALOY est cultivateur et le père d’Alfred LEFEVRE est domestique de culture. 

A l’adolescence, Léon GAUDET devient, comme son frère Lucien, ouvrier agricole. Emile TABARY est berger avec son père, Emile LALOY travaille dans la ferme familiale et Alfred LEFEVRE est domestique de culture. Le destin des jeunes hommes de Brouchy semble tout tracé. Ils travailleront dans l’agriculture.

Emile TABARY est le premier de la bande devant effectuer son service militaire. Le 9 octobre 1912, il est affecté à la 19e Section d’Infirmiers. Il n’a aucune compétence particulière en médecine, mais sait conduire les engins à moteur qui commencent à être utilisés dans les campagnes. Ses compétences de chauffeur pourront être utiles.

En octobre 1913, c’est au tour d’Emile LALOY. Il est affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne.

Léon GAUDET et Alfred LEFEVRE, nés en 1894, doivent normalement partir dans l’année de leurs vingt ans. La nouvelle loi de l’été 1913 a fixé la durée du service dans l’armée active à trois années et a abaissé l’âge de conscription à vingt ans au lieu de vingt-et-un.

La déclaration de guerre de l’Allemagne, le 3 août 1914, sème l’angoisse dans la population. Tous les hommes de moins de 40 ans sont mobilisés. Ceux qui ont fini récemment leur service militaire rejoignent immédiatement les casernes pour participer, avec les appelés du service militaire comme Emile TABARY et Emile LALOY aux premiers combats en Belgique et dans l’Est de la France. Les plus âgés rejoignent les dépôts progressivement. Quant aux jeunes qui viennent d’avoir 20 ans, ils attendent avec angoisse la convocation qui doit arriver d’un jour à l’autre. Ils ne finiront pas les moissons. Ça c’est certain.

Léon GAUDET et Alfred LEFEVRE reçoivent leur ordre de mobilisation juste avant que les troupes allemandes n’occupent l’Est du département de la Somme. Ils doivent se rendre à Ancenis, au dépôt du 120e RI où ils viennent d’être affectés. Le dépôt du 120e a quitté Péronne pour s’éloigner de la Zone des Armées. Les jeunes recrues vont recevoir plusieurs semaines d’instruction militaire avant d’être envoyées sur le Front. Léon et Alfred arrivent à Ancenis le 3 septembre 1914.

Le 10 novembre, ils sont jugés aptes et rejoignent les hommes du 120e dans l’enfer du Bois de la Gruerie. Ils y retrouvent leur copain Emile LALOY. Il fait partie des rares rescapés qui ont débuté la guerre avec le 120e. Depuis deux mois, la mort a déjà frappé à de nombreuses reprises. Pour quelques mètres de terrain gagné, et reperdu le lendemain, des dizaines d’hommes perdent la vie chaque jour.

Le 22 novembre, Léon GAUDET est tué. Il avait 20 ans.

Plaque émaillée au cimetière communal de Brouchy (photo: Fabienne Leclercq)

Pour les survivants, les conditions de vie sont insupportables. L’humidité et le froid fatiguent les organismes. Emile LALOY tombe malade. Evacué dans un hôpital du Sud de la France, à Mende, il meurt le 2 janvier 1915. Il avait 22 ans.

Alfred LEFEVRE meurt près de Verdun le 15 avril 1916, à l’âge de 21 ans.

Les trois copains du 120e RI ne reverront jamais Brouchy.

Emile TABARY a vécu un début de guerre éloigné des champs de bataille. Même si le risque était présent, son rôle de chauffeur pour les véhicules médicaux lui a permis de ne pas vivre l’enfer vécu par ses copains fantassins. En septembre 1916, Emile a été muté au 9e Régiment de Zouaves. Blessé en juin 1918, il est évacué quelques semaines, avant de revenir pour mener l’offensive finale et repousser définitivement les Allemands hors du territoire national. Emile TABARY a été tué le 4 octobre 1918 à Berry-au-Bac dans l’Aisne. Il avait 27 ans.

Lucien, le frère cadet de Léon GAUDET, n’a pas été mobilisé pendant la guerre. Trop jeune pour être incorporé au début de la guerre, il a suivi sa mère et ses frères et sœurs, réfugiés à Chatelier Saint-Florent, dans le Cher. « Non recensé en temps utile, pour cas de force majeure », il a échappé à la guerre. Après la guerre, il a rejoint le 22e Régiment colonial et a participé au maintien de l’ordre en Allemagne. Démobilisé en septembre 1919, il est revenu s’installer à Brouchy. Il a épousé Edwige qui lui a donné deux beaux enfants, René et Lucette. Avec la nécessaire reconstruction des villages détruits dans l’Est de la Somme, les métiers du bâtiment devenaient tout aussi importants que ceux de l’agriculture. Lucien est devenu plâtrier.

Les noms de Léon GAUDET, Alfred LEFEVRE, Emile LALOY et Emile TABARY sont inscrits sur le monument aux morts de Brouchy. Les dépouilles de trois de quatre copains ont été réunies pour toujours dans le même caveau au cimetière communal de Brouchy. Le corps d’Alfred LEFEVRE n’a jamais été retrouvé.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Brouchy.

Retrouvez les parcours d’autres jeunes hommes ayant vécu près de  BROUCHY :

Marceau FLORIMOND de HAM

Gabriel CERF d’HOMBLEUX

Eugène LEROY de MATIGNY

Albert CACHELIEVRE de NESLE

Et tous les autres articles  « UN JOUR, UN PARCOURS » publiés sur notre site

Publié par

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s