UN JOUR, UN PARCOURS – Julien COTTRELLE de Démuin

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 1er novembre 1891, Julien COTTRELLE a été plus souvent appelé Julio que Julien.

Julien est le fils d’Alice COTTRELLE.

Est-il le fils d’Emile Wable ? Peut-être. Comme Alice et Emile ne sont pas mariés, les enfants portent tous le patronyme de leur mère. Julien est l’aîné, suivi d’Octavie, d’Albertine, de Nestor et de Jules.

Emile et Alice vivent ensemble Rue de Castel, à Démuin. Emile, originaire d’Hangest-en-Santerre, est bûcheron. Alice, né à Aubercourt, village voisin de Démuin, est couseuse de bas.

Dans la commune, la fabrication des bas et des gilets de laine pour des maisons de Marcelcave, Villers-Bretonneux et Corbie occupe la majeure partie des habitants. Il y a aussi la teinture qui emploie une dizaine d’ouvriers. Démuin est un village de 690 habitants, à la fin du XIXe siècle.

Son territoire est bordé par, pas moins de neuf communes. Il y a les grandes villes que sont Villers-Bretonneux et Marcelcave, et les villages d’Aubercourt, d’Ignaucourt, de Beaucourt-en-Santerre, de Mézières, de Villers-aux-Erables, de Thennes et de Hangard. Les échanges sont nombreux entre toutes ces communes et des chemins vicinaux, pas toujours très praticables en temps de pluie, relient les habitants.

Le village de Démuin est avant tout un village agricole. Céréales, fourrages, betteraves et pommes de terre occupent la plupart des terres cultivables. On trouve également beaucoup de chenevières et de jardins. Les légumes sont vendus au marché de Villers-Bretonneux, les volailles à Amiens, et les bestiaux à Moreuil et à Corbie. Un atelier d’équarrissage, chez Lescarcelle, prépare les peaux d’environ 150 bêtes par an et transforme leur chair en engrais.

Démuin est une commune connue bien au-delà du département. Deux dresseurs de chien, le père THIBAUT, et son fils, Georges, en ont fait la célébrité. Ils envoient leurs élèves dans toute la France et même les contrées voisines. Ils habitent Rue d’En Bas.

Mais le personnage le plus célèbre de Demuin, c’est Alcius Ledieu. Il n’habite plus dans le village mais y revient souvent, car de nombreux membres de sa famille y réside, dans la Rue Cuvillier, notamment. Fils de boulanger, Alcius est devenu le Conservateur de la Bibliothèque d’Abbeville. Mais, bien qu’intellectuel reconnu dans tout le département, il reste un homme simple et aime parler en picard avec les gens de son village de naissance. Julien le croise souvent et il aime l’écouter raconter des histoires.

Dès le plus jeune âge, Julien COTTRELLE aide son père. Il préfère de loin aller dans les champs, les pâtures et les bois, plutôt que sur les bancs de l’école. Julien ne saura jamais lire et écrire, et ce n’est pas sa priorité. Il veut devenir bûcheron. Ses copains travaillent tous aussi en extérieur, essentiellement dans les fermes de Démuin, allant chercher le travail là où il se présente.

En octobre 1912, Eugène DETOISIEN, Marius FOLLY, Alexandre LEFEUVRE, Edgar MANGOT, sont, comme Julien COTTRELLE, envoyés dans l’infanterie pour y effectuer leur service militaire. Bûcherons, ouvriers agricoles, domestiques de ferme, ils ont des métiers de choix pour affronter la rudesse de l’instruction militaire dans l’infanterie. Et, en cas de guerre, leur physique leur permettra de résister plus facilement…

La guerre est arrivée en août 1914. Même si les officiers évoquaient cette possibilité depuis plusieurs semaines, les jeunes appelés n’y croyaient pas vraiment.

Julien COTTRELLE est déjà près de la frontière. Affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne, il est à Stenay, dans la Meuse, quand la guerre est déclarée. Le 120e a quitté la Somme depuis plus de dix mois.

Eugène DETOISIEN et Marius FOLLY, affectés au 51e RI, et  Alexandre LEFEUVRE et Edgar MANGOT, au 72e RI, quittent la Picardie dans les premiers jours du mois d’août pour rejoindre la Meuse.

La guerre de Julien COTTRELLE est brève. Le 22 août 1914, il est touché mortellement dans la plaine du Radan, à Bellefontaine, en Belgique, à l’âge de 22 ans.

Julio (Julien) COTTRELLE, de Démuin

Ses deux copains du 51e RI survivent à la Bataille des Frontières du mois d’août 1914, mais sont victimes des combats de la Bataille de la Marne, quelques jours plus tard. Marius FOLLY est blessé gravement à la cuisse gauche par shrapnell. Après de longs mois passés dans les hôpitaux, il est réformé en 1916. Il ne marchera plus jamais normalement. Quant à Eugène DETOISIEN, il est tué le 10 septembre, dans la même Bataille de la Marne.

C’est également dans ce secteur que le 72e RI connaît des pertes terribles. Alexandre LEFEUVRE est blessé à la cuisse droite et au bras gauche. Estropié de guerre, il est réformé et revient dans son village. Des cinq copains, seul Edgar MANGOT survit à la guerre, sans trop de dommages physiques.

Dans la famille COTTRELLE, Julien était le seul en âge d’être mobilisé. C’est déjà ça ! Nestor et Jules, nés en 1900 et 1904, échappent au pire. Ce sont eux qui reprendront plus tard l’activité de bûcheron, que Julien aimait tellement pratiquer. Mais c’est loin tout ça. C’était avant 1914 …

Si les paysans sont touchés par la guerre, ils ne sont pas les seuls. Et la célébrité ne protège pas des balles et des éclats d’obus. Georges THIBAUT, le célèbre dresseur de chiens de Demuin a été mobilisé. Georges avait 9 ans de plus Julien COTTRELLE et ses copains. Handicapé au bras gauche depuis plusieurs années, il n’a pas été mobilisé le 1er août 1914. Mais quand l’Armée française a eu besoin de rappeler les « exemptés », Georges a été convoqué. En décembre 1914, il a été affecté au 147e RI, puis au 11e Bataillon de Chasseurs à pied. En février 1917, fort de ses compétences reconnues de dresseur, il est détaché au chenil militaire. En janvier 1918, personne ne sait combien de temps va durer encore cette satanée guerre, mais les combats se poursuivent de plus belle. Georges rejoint le 17e Bataillon de Chasseurs. Les Allemands ont regroupé toutes leurs forces et ont lancé une ultime offensive pour atteindre Paris. Georges THIBAUT doit participer activement au combat pour les arrêter. Evacué pour «fatigue » en avril 1918, il revient 5 jours plus tard. C’est le 23 juin, au Bois Sénécat, sur la rive gauche de l’Avre, entre Rouvrel et Hailles, c’est-à-dire à moins de dix kilomètres de son village de Demuin, que Georges THIBAUT est blessé. Il revient toutefois au front dès le 22 juillet. Mais la blessure suivante, à Gizy, près de Laon, le 4 novembre, est beaucoup plus grave. Evacué d’urgence, il meurt le lendemain à l’ambulance militaire de Remaucourt.

Deux hommes de Démuin aux destinées qui auraient dû être si différentes : Julio COTTRELLE, le jeune bûcheron analphabète a perdu la vie dans les premiers jours de la guerre, alors que Georges THIBAUT, le riche et célèbre dresseur de chiens, est mort quelques jours avant la fin de la guerre. Deux vies brisées unies dans la mort.

Les noms de Julien COTTRELLE et de Georges THIBAUT sont inscrits sur le monument aux morts de Démuin. La liste des 19 jeunes hommes morts pendant la Grande Guerre a été partagée en deux pour répartir les noms sur les faces latérales de l’obélisque. Le nom de Julien figure sur la face Nord de l’obélisque, et celui de Georges, sur la face Sud.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Demuin.

Selon les documents consultés, le patronyme de Julien s’écrit COTTRELLE ou COTTREL.

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2 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Julien COTTRELLE de Démuin »

  1. Merci aux contributeurs pour ces 3 derniers parcours de vie très documentés et réalistes.

    Ce serait intéressant, pour les jeunes générations, de distribuer ces parcours dans les communes concernées.

    Au sein de notre communauté de communes, nous avons édité un carnet de guerre (WW1) relatant toute une série d’anecdotes qui se sont déroulées dans les différentes communes, et cet opuscule est distribué à tous les élèves de CM2.

    Bravo pour votre excellent travail de recherche,

    à bientôt et soyez vigilants,

    Philippe – Souvenons-nous – 01 novembre 2020

    Aimé par 1 personne

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