UN JOUR, UN PARCOURS – Edmond TOURBIER de Morlancourt

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 3 décembre 1893, Edmond TOURBIER est le fils de Florent et Adolphine.

Morlancourt est un village du canton de Bray-sur-Somme, établi dans une vallée sèche. Les habitations du chef-lieu de la commune sont plutôt réparties entre les versants Nord et Est, alors que celles de l’ancien village de Villers-le-Vert sont dans le creux de la vallée. Morlancourt et Villers-le-Vert, qui possèdent chacun leur église, sont parfois séparés au moment des grandes pluies ou de la fonte des neiges par un fossé assez large qui détache pour ainsi dire le chef-lieu de l’ancien village. Quand Edmond vient au monde, il y a environ 220 habitants dans le hameau et un peu moins de 400 dans le chef-lieu.

Un des noms les plus utilisés dans la commune est celui de TOURBIER. Ce nom a toujours existé dans la commune, du moins aux dires des anciens du village. Les TOURBIER étaient localisés plutôt à Villers-le-Vert, où se trouve d’ailleurs une rue qui porte le nom de TOURBIER depuis les années 1870. Après quelques décennies d’amour et de mariages, on les trouve aussi bien à Villers qu’à Morlancourt en cette fin de XIXe siècle.

Edmond TOURBIER est né Rue des Près à Morlancourt. Son père est ouvrier agricole.

L’agriculture est l’activité principale de la commune. Les bonnes terres du plateau offre un rendement satisfaisant pour les céréales et la betterave à sucre.

Il n’y a pas de cours d’eau qui traverse le village. La culture maraîchère est donc assez rare et l’élevage assez peu développé. Beaucoup d’habitations disposent d’une citerne pour récupérer l’eau de pluie servant à l’alimentation. Quant à celle puisée dans les rares puits du village, on dit qu’elle n’est pas vraiment potable et qu’elle serait à l’origine de cas de fièvre typhoïde. Alors on lui préfère souvent le cidre.

La population espérait l’arrivée d’une sucrerie sur le territoire de la commune, mais il n’en a rien été. A Morlancourt, en cette fin du XIXe siècle, il y a quelques ouvriers employés au four à tuiles, d’autres à la carrière et au four à chaux, quelques artisans et commerçants, et presque tous les autres habitants travaillent dans l’agriculture. L’exode rural frappe le village qui a perdu plus de 200 habitants en quelques années, préférant s’installer à Albert ou à Amiens où les usines sont nombreuses.

Trois garçons portant le patronyme de TOURBIER sont nés dans le village à quelques mois d’intervalle. Victor TOURBIER est né en juillet 1893, Henri en août et Edmond en décembre. Même s’ils n’ont aucun grand-père TOURBIER en commun, ils se disent souvent petits cousins sans bien savoir à combien de générations il faut remonter pour retrouver l’origine de leur lien de parenté. Mais qu’importe, ce sont avant tout des TOURBIER de Morlancourt ! Ils ont pratiqué les mêmes jeux, ont fréquenté les mêmes bancs d’école, les mêmes bancs d’église. Et, quand ils auront 20 ans,  ils partiront ensemble pour faire leur service militaire.

Henri TOURBIER et Victor TOURBIER habitent la rue principale du hameau de Villers-le-Vert, appelée tout simplement Rue de Villers. Ils sont voisins. Henri TOURBIER est le fils naturel de Rosalie et le petit-fils de Pascal TOURBIER, ouvrier agricole. Victor TOURBIER est élevé par son père, Armand, et son grand-père maternel, Hippolyte Vignon, tous les deux également ouvriers agricoles. La vie a déjà bousculé les deux garçons, Henri né d’un père inconnu, et Victor, orphelin de sa mère.

Adolescent Victor travaille dans l’agriculture avec son grand-père, alors qu’Edmond devient maçon et Henri, verrier.

A 20 ans, les 3 jeunes hommes sont convoqués ensemble à Bray-sur-Somme pour passer devant le Conseil de Révision. Edmond reçoit le numéro de matricule 175, Henri le 176 et Victor le 177. Si Henri et Victor sont affectés au 72e RI, Edmond doit rejoindre le 19e Régiment de Chasseurs à Cheval. A défaut d’être dans la même unité, les trois TOURBIER de Morlancourt effectueront, tous les trois, leur service militaire à Amiens. Ils auront certainement l’occasion de se rencontrer à de nombreuses reprises.

Le 27 novembre 1913, les trois garçons se rendent à pied à la halte de Buire-sur-Ancre, à trois kilomètres de chez eux, pour y prendre le train en direction d’Amiens. 

En avril 1914, Edmond TOURBIER part pour la ville de La Fère dans l’Aisne. Les escadrons du 19e d’Abbeville et d’Amiens doivent quitter leur casernement pour libérer des locaux pour l’infanterie. Même si la guerre peut encore être évitée, l’Armée française s’organise pour être prête en cas de conflit.

Début juillet, l’état-major militaire estime finalement qu’Henri TOURBIER, l’ouvrier verrier, sera plus utile au 2e Escadron de Train des équipages militaires. Tout en restant à Amiens, il doit toutefois quitter le 72e RI et son copain Victor.

Le 31 juillet, le 19e RCC reçoit l’ordre de se rapprocher de la frontière belge. Le train du lendemain, en gare de Fargniers, emmène les Chasseurs et leurs chevaux vers Dun-sur-Meuse et Stenay.

Après la déclaration officielle de guerre, le 3 août 1914, le 72e RI quitte la caserne Friant d’Amiens pour se rendre dans le département de la Meuse où seront rassemblés tous les régiments de l’Armée Active de la 2e région militaire. C’est dans le Sud de la Province du Luxembourg belge que les soldats picards vont devoir se préparer au combat.

La guerre de Victor TOURBIER est courte. Le 10 septembre 1914, à Maurupt-le-Montois, à l’occasion de la Bataille de la Marne, il est tué à l’ennemi. Tout d’abord déclaré disparu, il est considéré comme décédé quelques jours plus tard.

Henri TOURBIER a vécu toute la guerre dans les Escadrons de Train, changeant d’unité à plusieurs reprises, et étant même envoyé dans le Sud des Balkans avec l’Armée d’Orient en 1917. Démobilisé en août 1919, il a quitté Morlancourt pour reprendre son activité de verrier en Seine-Inférieure.

C’est également hors de France que s’est déroulée une partie importante de la guerre d’Edmond TOURBIER. Après avoir connu les meurtriers fronts d’Argonne et de Verdun avec le 19e RCC, Edmond a été affecté au 4e Régiment de Chasseurs d’Afrique. Parti pour Tunis, il y est tombé malade et a été hospitalisé sur place. Deux mois plus tard, remis sur pied, c’est, comme Henri, à l’Armée d’Orient qu’il a été muté. Il est resté loin de France pendant presque trois années. Après un retour nécessitant plusieurs jours en mer, il est revenu en avril 1919 sur le territoire national, pour n’être définitivement démobilisé qu’en août 1919, comme Henri.

Le retour n’a pas été simple pour Edmond. Ayant quitté son village pendant près de six ans, quand il revient tant de choses ont changé, pour lui comme pour les autres. La guerre a détruit les villages autour d’Albert et Bray-sur-Somme. Son village a souffert. Les dommages sont très importants et les paysages sont méconnaissables. Villers-le-Vert a perdu son église.

Son état de santé détérioré vaut à Edmond une petite pension versée par l’Etat français. Sa campagne d’Orient lui vaut une médaille commémorative de Roumanie.

Edmond TOURBIER a quitté Morlancourt et s’est installé dans le village voisin de Méaulte.

Victor n’est pas le seul « TOURBIER de Morlancourt » mort pendant la Grande Guerre. Fernand TOURBIER, lointain cousin des 3 jeunes, était leur aîné de 5 ans. Mécanicien dans le civil, il avait été placé à disposition des Chemins de fer au début de la guerre. Fin février 1916, il a été affecté au 24e Régiment d’Infanterie pour combattre près de Verdun. Trois mois plus tard, il était mort.

A Morlancourt, une rue porte encore aujourd’hui le nom de TOURBIER et sur le monument aux morts du village, inauguré seulement en août 1936, ce patronyme est inscrit à plusieurs reprises. Les guerres n’ont pas épargné les « TOURBIER de Morlancourt ».

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Régis BALLOY a réalisé la collecte de données pour la commune de Morlancourt.

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