ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Benjamin HECQUET de Fontaine-sur-Maye

Né le 23 septembre 1892, Benjamin HECQUET est le fils d’Eugène HECQUET et d’Athénaïse TRAVET.

Eugène est né à Maison-Roland et Athénaïse à Fontaine-sur-Maye. C’est dans le village de l’épouse que s’installe le jeune couple en 1881. Eugène et Athénaïse résident dans la Rue de Crécy.

Ce petit village du Ponthieu est situé dans le canton de Crécy, à 17km au Nord d’Abbeville. Son territoire est bordé par les communes d’Estrées-les-Crécy, Marcheville, Froyelles, Brailly-Cornehotte et par le chef-lieu de canton.

Le village porte son nom de La Maye, petit fleuve côtier de 37 km qui prend sa source dans la commune de Fontaine et qui se jette dans l’estuaire de la Somme entre les communes de Saint-Quentin-en-Tourmont et Le Crotoy après avoir traversée la commune de Rue. La source reste parfois souterraine au niveau du village de Fontaine. Il arrive que le fleuve ne commence à couler qu’après la sortie du village en direction de Crécy.

Fontaine-sur-Maye compte environ 260 habitants. Hormis un atelier de couture et quelques artisans en maçonnerie, en tonnellerie, en douvellerie et en charpente, l’activité est essentiellement agricole dans la commune.

Eugène HECQUET et Athénaïse TRAVET sont issus de familles très modestes. Les parents d’Athénaïse sont journaliers agricoles à Fontaine-sur-Maye. Eugène, qui survit en travaillant de ferme en ferme, n’a jamais connu son père. Il a été élevé par sa mère seule. Elevé sans père, Eugène vient de perdre sa mère. Le mariage constitue un nouveau départ pour le jeune homme que la vie a déjà bien abîmé.

Le premier enfant du couple naît l’année suivante. C’est un garçon prénommé Zénobe. Puis arrivent ensuite Estelle, Marie, Juliette et Rachel. Quand Benjamin naît en 1892, il est accueilli par un frère et quatre sœur aînées. Les garçons seront largement minoritaires dans la grande fratrie des HECQUET de la Rue de Crécy. Si Patrice est le suivant à venir au monde, Athénaïse n’aura plus que des filles : Jeanne, Marcelle, Louise, Lucienne, Yvonne. Trois garçons et neuf filles, telle est la descendance d’Eugène et d’Athénaïse HECQUET de Fontaine-sur-Maye.

Victoire HECQUET, nièce d’Eugène, épouse Gaston DERCOURT, fermier à Fontaine-sur-Maye. Cette ferme située à quelques mètres du logement de la famille HECQUET va devenir le lieu de travail principal des garçons et des filles. Benjamin y est presque tout le temps. Sauf quand il y a classe. Même si la vie est difficile, Eugène et Athénaïse tiennent à ce que leurs enfants aillent à l’école du village avec assiduité. Les enfants apprennent à lire et à écrire avec une certaine réussite.

Benjamin travaille ensuite pour Gaston DERCOURT comme son père et ses frères. Il y dort et y mange le plus souvent.

Zénobe, le frère aîné, ne part pas au service militaire. En 1902, l’armée l’en dispense comme frère aîné d’une famille qui compte, à l’époque, huit enfants. Zénobe habite toujours avec ses parents dans la maison de la Rue de Crécy et vit de petits travaux dans le village ou dans les communes aux alentours. L’état de santé de Zénobe n’est pas bon. En 1905, l’armée le réforme définitivement pour tuberculose pulmonaire. Zénobe HECQUET meurt le cette maladie le 6 mars 1906 à l’âge de 24 ans.

Benjamin et Patrice deviennent alors les deux seuls garçons de la fratrie HECQUET.

A 20 ans, Benjamin est jugé apte au service armé par le Conseil de révision de Crécy. Le 9 octobre 1913, il rejoint le 120e Régiment d’Infanterie à Stenay. Cette unité qui était casernée à Péronne depuis de nombreuses années vient d’être transférée dans la Meuse.

Dix mois plus tard, le 2 août 1914, la guerre est déclarée par l’Allemagne à la France et à ses alliés. La Belgique qui a refusé, par la voix de son roi, Albert 1er, de laisser les troupes allemandes traverser son territoire sans résister, est maintenant également considérée comme un ennemi par le Kaiser Guillaume II. Elle va le payer cher. A la moindre résistance ou suite à tout acte pouvant être interprété comme une attaque vis à vis des soldats de l’Empire allemand dans un village traversé, des civils sont tués. Plus de 5 000 civils belges seront exécutés pendant le mois d’août 1914 dans les régions de Liège, de Namur, du Hainaut et en Luxembourg belge.

Le 16 août, le général Joffre établit les bases de la Grande offensive visant à franchir les frontières belge, luxembourgeoise et celles régions annexées d’Alsace-Moselle pour repousser les Allemands et les combattre « partout où ils se trouvent ». Que l’Allemand ne mette pas le pied sur le territoire français est l’objectif principal de l’état-major français. La date de l’offensive est fixée au 22 août.

Le 20 août, le 120e reçoit l’ordre, comme tous les régiments de la 2e Région militaire d’Amiens, de se rapprocher de la frontière, au Nord de Montmédy, pour rejoindre le secteur frontalier belge près de Virton.

Le 21 août, il franchit la frontière et s’engage dans la vallée vers Meix-devant-Virton où les hommes vont enfin pouvoir se reposer pendant quelques heures. Les dizaines de kilomètres de marche des dernières 48 heures ont laissé d’importantes traces de fatigue dans les organismes. La forte chaleur n’arrange rien. Pendant la nuit, un orage éclate. Le court sommeil n’est pas complètement réparateur. A 5 heures, l’ordre est donné de se mettre en marche. Le brouillard est épais. L’humidité rend les uniformes et les sacs encore plus lourds à porter.

Les 3 000 hommes du 120e ouvrent la marche suivis par ceux des 9e et 18e Bataillons de Chasseurs à Pied. Ils s’engagent dans le chemin forestier qui monte vers Lahage et Bellefontaine. A raison de 2 à 3 soldats par ligne, le long cortège semble interminable. L’état-major français s’attend à ce que les premiers combats interviennent beaucoup plus loin, au-delà de Tintigny et de la rivière Semois. L’objectif fixé aux troupes est de rallier le village de Lahage à une vingtaine de kilomètres avant la fin de la journée.

Vers 7h30, alors que le brouillard n’est pas encore totalement levé, les hommes s’engagent dans la plaine du Radan de Bellefontaine. Des soldats allemands les y attendent cachés dans les bois. La surprise est totale. L’artillerie française ne peut se mettre en place immédiatement.

Les fantassins au pantalon rouge tombent les uns après les autres. Aucun n’atteindra la Semois…

Benjamin HECQUET, le domestique de ferme de Fontaine-sur-Maye est mort. Il avait 21 ans.

Le 120e RI perd plus de 1 000 hommes en quelques heures de combat. Le département de la Somme est fortement touché. Sur les 550 morts français, près de 200 sont originaires de la Somme. Parmi eux, deux jeunes hommes de Crécy-en-Ponthieu qui effectuaient, comme Benjamin, leur service militaire dans la caserne Chanzy de Stenay. Deux jeunes hommes qui avaient attendu le même train que Benjamin HECQUET, le 9 octobre 1913, dans la petite gare de Crécy pour rejoindre la frontière de l’Est de la France. A l’époque, la France était encore en paix.

Comme Benjamin, Gaston CARPENTIER et Georges DOUALLE ont perdu la vie le 22 août 1914 à Bellefontaine. Ils avaient 22 et 21 ans.

L’information sur la mort de Benjamin ne parvient pas à sa famille. S’il est comptabilisé dans les pertes, le commandement du régiment est incapable de savoir s’il a été tué ou s’il est aux mains des Allemands. Le village de Bellefontaine a été abandonné par les Français le soir même des combats. Les blessés les plus graves sont restés sur place. Ils seront emmenés en captivité en Allemagne quelques jours plus tard. Avec l’aide de la Croix Rouge, il sera souvent possible de retrouver les noms des prisonniers et de transmettre la « bonne » nouvelle aux familles concernées. Ne pas être recensé par la Croix Rouge ne veut pas dire qu’il est mort. Toutes les familles s’accrochent à cet espoir, si mince soit-il…

Patrice HECQUET, le frère cadet de Benjamin, est mobilisé le 11 avril 1915. Par chance, il est affecté au 120e Régiment d’Infanterie. Envoyé vers le dépôt du régiment à Landerneau en Bretagne pour y suivre l’instruction militaire obligatoire, Patrice n’a de cesse que de tenter de trouver des informations sur son frère auprès des personnels administratifs ou de quelques officiers. Quelques rescapés des combats de Bellefontaine passés provisoirement par le dépôt pour convalescence lui laissent peu d’espoir. A la sortie de sa formation militaire, Patrice est transféré au 77e Régiment d’Infanterie avec lequel il découvre le front début décembre 1915 dans le Nord puis le Pas-de-Calais. Le 16 avril 1916, il quitte ces champs de bataille pour rejoindre le 411e RI dans la Marne. Moins d’une semaine plus tard, au Ravin du Marson près de Mesnil-les-Hurlus, Patrice HECQUET est mortellement blessé. Il n’avait pas encore fêté ses 20 ans.

Eugène et Athénaïse HECQUET n’ont plus de fils. Estelle, Marie, Juliette, Rachel Jeanne, Marcelle, Louise, Lucienne et Yvonne ont perdu leurs 3 frères. Trois jeunes adultes qui avaient la vie devant eux. Trois jeunes hommes de 24, 21 et 19 ans que la maladie et la folie des hommes ont emportés.

Quelques années après la fin de la guerre, la famille HECQUET a quitté Fontaine-sur-Maye. Les noms de Benjamin et de Patrice HECQUET sont inscrits pour toujours sur le monument aux morts du village.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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