UN JOUR, UN PARCOURS – Léon MEAUX, de Méneslies

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 20 mai 1893, Léon MEAUX est un enfant du Vimeu. C’est à Méneslies, petit village agricole dominant la Vallée de la Bresle, sur le plateau du Vimeu, qu’il a vu le jour. Léon est le fils de Joseph, agriculteur dans la commune. Sa mère s’appelle Marie. Elle est issue de la famille HENIN, une famille bien connue à Méneslies.

Il y a cinq enfants à la maison. C’est Adèle l’aînée, puis Marie est arrivée, suivie de Léon, Victor et Joseph.  Léon est bien calé, en 3e place, entre ses deux sœurs, et ses deux frères. Une position assez confortable finalement. La jeunesse est somme toute assez agréable dans ce petit coin tranquille de Picardie.

La famille habite une ferme située Grande Rue. Elle y héberge Emile, un frère de Joseph. Il n’y a jamais trop de bras pour les travaux des champs.  Méneslies, c’est un village typique du Vimeu où l’agriculture et la serrurerie font vivre presque tous les ménages. Beaucoup d’hommes exercent d’ailleurs les deux métiers : cultivateur l’été, et serrurier à domicile l’hiver.

Pour les loisirs, il y a les débits de boissons et les fêtes du village, mais surtout, on joue à la balle au tamis. Méneslies dispose d’une bonne équipe, et les rencontres contre le voisin d’Yzengremer sont quelques fois bien animées. Léon y participe souvent avec son cousin Joseph, de deux ans son aîné.

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Avant la guerre, il n’y a plus que trois enfants à la maison. Adèle s’est mariée et Victor est déjà parti gagner sa vie. Léon, lui, travaille dans la ferme avec son père et son oncle.

Léon va passer devant le Conseil de Révision à Ault, chef-lieu de canton. Il n’y a pas de gare à Méneslies. Il lui faut marcher pendant deux kilomètres pour prendre le train à Béthencourt-sur-Mer. Ce n’est pas une grande contrainte. A la campagne, on en fait des kilomètres à pied dans une journée !

Jugé apte, il prend le train le 27 novembre 1913, pour rejoindre le 21e Régiment de Dragons.

Ils sont 21 à attendre sur le quai de la gare de Béthencourt-Allenay ! 21 jeunes hommes qui partent au service militaire, sans savoir que l’horreur de la guerre va les envelopper dans quelques mois.

Il y a tous les gars de Béthencourt, bien sûr. Comme lui, ils ont tous 20 ans. Tout le monde se connaît dans ce petit coin du canton.  Eugène DELETTRE, Albert DUFRIEN, Georges GOSSET, Alfred HEDE, Arcade PARMENTIER sont là. Ce sont tous des ouvriers d’usine, des serruriers.  On trouve aussi des copains d’Allenay, Maurice MAUPIN, cultivateur comme lui, et puis il y a aussi quelques gars d’Yzengremer. C’est avec Louis HOLLEVILLE, de Méneslies, que Léon est allé à la gare. Louis travaille à l’usine. Il est mouleur en cuivre chez Haudiquet.

Tous ne sont pas incorporés dans le même régiment, mais tous vont prendre le même train, vers Abbeville. Ceux affectés au 128e RI s’arrêteront à Abbeville, puis ceux du 72e RI descendront à Amiens, et ainsi de suite jusqu’à Paris. Nombreux sont ceux qui continueront vers l’Est pour rejoindre les régiments déjà casernés aux frontières belges et alsaciennes, dans l’hypothèse d’un conflit possible.

Léon ne va pas si loin que ça. Il est incorporé au 21e Régiment de Dragons, à Noyon, dans l’Oise. Le régime militaire ne lui convient pas forcément, mais la présence des chevaux, dans ce régiment de cavaliers, lui rappelle son village et sa ferme.

Dès le 1er août 1914, le régiment quitte Noyon pour se rendre à Aubenton, dans l’Aisne, près de la frontière belge. Les Dragons franchissent la Sambre, le 21 août, à Binche, et participent à la couverture des troupes de fantassins français qui battent en retraite. La Bataille des frontières a été une véritable hécatombe pour l’Armée française.  Après avoir reculé jusqu’à Versailles le 5 septembre, c’est la bataille de la Marne. Les Dragons sont présents ensuite sur de nombreux champs de bataille, dans la Somme, dans les Flandres, dans les plaines d’Artois. Vivre, ou plutôt survivre, dans une guerre de position est un véritable calvaire pour ces cavaliers qui voient, quelquefois, leurs chevaux mourir debout, d’épuisement, les  sabots englués dans la boue des tranchées. Pour les hommes qui survivent, comme Léon, les épreuves continuent. La Bataille de la Somme, puis le Chemin des Dames. Les Dragons sont de moins en moins des cavaliers. Que peuvent donc faire les pauvres chevaux dans cet univers de tranchées et de barbelés ? Quand est signé l’Armistice, Léon est dans l’Est, près de Nancy. La guerre n’est pas finie pour lui. Le régiment est envoyé alors en Allemagne pour « occuper » la région du Palatinat. La démobilisation n’intervient qu’en août 1919.

Léon se sent miraculé. Après cinq années à côtoyer la mort et la souffrance, il revient indemne. Pourquoi ?

De retour dans son village, il apprend, peu à peu, les noms de ceux qui ne reviendront jamais.

Il se souvient du quai de la gare de Béthencourt,  le 27 novembre 1913, avec  ces 21 jeunes hommes souriants et confiants dans l’avenir. Des jeunes de 20 ans avec des projets plein la tête. 7 d’entre eux ne reviendront jamais et 5 ont été gravement blessés.

A Méneslies, chaque rue, chaque maison, lui évoque des  visages de copains disparus. Dans sa génération, le vide est maintenant immense. Ils étaient 9 du village à faire leur service militaire avant que la guerre n’éclate. 5 ne reviendront pas, dont le cousin Joseph. Il est mort à la fin de l’année 1914 dans un hôpital militaire.

Pour 3 autres, par contre, l’avis officiel de décès n’est toujours pas arrivé à la mairie en cette fin d’année 1919, mais Léon sait bien qu’il n’y a plus d’espoir. C’est le cas du mouleur de cuivre, Louis HOLLEVILLE, avec qui il est allé prendre le train, le 27 novembre 1913. Il ne retournera jamais travailler chez Haudiquet. Il est considéré comme disparu dans la Meuse depuis septembre 1917.  Il n’y a même plus l’espoir qu’ils soient encore prisonniers en Allemagne. Tous les prisonniers, comme son copain Louis HORVILLE, ont maintenant été rapatriés. Il est revenu le 29 décembre 1918 du camp de Merseburg. Blessé à la hanche, il boitera certainement bien longtemps…

Et puis, il y a les rescapés,comme lui, Léon, pas trop blessés, juste un peu cabossés dans leurs corps et leur âme, et ceux comme Alfred THERON qui reviennent avec un bout en moins. Alfred n’a plus qu’une jambe. Pour lui qui est cultivateur, la vie va être beaucoup plus compliquée maintenant.

Léon se sait chanceux, même s’il est difficile de croiser, dans le village, les regards des parents de ceux qui n’ont pas eu sa chance.

La vie reprend peu à peu sa place. Léon rencontre Charlotte, une fille de Tully. Il l’épouse, et avec elle, fonde une famille. Léon reprend son activité de cultivateur loin de Méneslies. Même si la petite ville de Tully n’est qu’à 5 km, pour Léon, les fantômes de la Grande guerre sont moins présents que dans son village natal.

 Charlotte donne naissance à 6 enfants, et, en 1936, Léon est dégagé de toutes obligations militaires comme père de famille nombreuse. Léon n’ira donc plus faire la guerre.

Avec cette démobilisation définitive, la guerre est-elle  pour autant moins présente dans les nuits de Léon ?

L.J et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Marie-Hélène CABOT a réalisé la collecte de données pour la commune de Méneslies.

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Un commentaire sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Léon MEAUX, de Méneslies »

  1. Louis HORVILLE

    Il était au 128 RI 12 Cie. Son statut de prisonnier fut communiqué par les Allemands à Melle Emilienne DEGUERVILLE -Yzengremer par Woincourt (Somme).
    Interné à Merseburg il aurait été soigné à Erfüt 3e cie pour blessure à la hanche (Rücken).
    Le 29-12-1918 il est rapatrié -convoi de prisonniers français ( Über nach der Heimat – vers la Patrie)

    R.B.

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