UN JOUR, UN PARCOURS – Gaston DERAMBURE

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 5 mai 1893, Gaston DERAMBURE était serrurier. Rien d’étonnant puisqu’il habitait Béthencourt-sur-Mer, près de Tully,  au cœur d’une région où la serrurerie constituait encore, au début du XXe siècle,  la source principale de revenus  pour la plupart des familles, comme depuis deux siècles.

Les ateliers de serrurerie familiaux, à domicile, avaient peu à peu disparu dans le Vimeu, pour être remplacés par de grandes manufactures, dont celles de Bethencourt-sur-Mer et celles de Tully étaient parmi les plus importantes.

A l’état-civil, il a été déclaré Alexandre Désiré Gaston, mais son prénom usuel est Gaston. Il est le seul garçon de la fratrie. Il a trois sœurs. Très jeune, il a perdu l’annulaire de la main gauche, sans doute happé par une machine-outil.

A 20 ans, Gaston doit effectuer son service militaire. Il part le 27 novembre 1913 pour rejoindre le 120e régiment d’infanterie de Péronne.

16 jeunes hommes de Béthencourt partent ensemble, en cette fin novembre. Charles CAILLET, ouvrier agricole, et Eugène DELETTRE, polisseur, sont également incorporés au 120e R.I.

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Ce n’est pas à Péronne qu’ils se rendent, mais beaucoup plus loin. A Stenay. En raison de la situation internationale devenant explosive, le 120e RI a quitté Péronne pour aller caserner dans la Meuse, à quelques kilomètres de la frontière belge.

Après avoir livré les premiers combats meurtriers  de la Grande guerre, à  Bellefontaine – en Belgique (le 22 août) et à Sermaize-les-Bains – dans la Marne (du 6 au 10 septembre),  Gaston se retrouve dans le bourbier de l’Argonne, puis dans le secteur de Mort-Homme, au Nord de Verdun.

Après une séance de vaccination contre la fièvre typhoïde, les hommes du 120e RI repartent à l’assaut des tranchées allemandes.

Fait prisonnier le 24 octobre 1914, à Réville-aux-Bois (Meuse), Gaston est emmené en captivité à Werben, au Sud-Est de Berlin, puis transféré à Lansdorf, près de Stuttgart, où il tombe gravement malade.

En juillet 1918, Gaston DERAMBURE est transporté en Suisse pour y être soigné dans un hôpital du Valais. Rapatrié après l’Armistice, il revient dans son village et s’y marie en février 1919, avec Clémence, une Parisienne. Il ne s’est jamais remis de la maladie contractée en captivité. La tuberculose. En juillet 1919, il est démobilisé définitivement  par la commission de réforme d’Amiens, pour insuffisance respiratoire, avec une pension de 40%. Il occupe toutefois, ensuite, un emploi de limeur aux établissements Roger, à Friville, dans la robinetterie.  En juin 1945, l’Armée le dégage de toutes obligations militaires pour cause de tuberculose.

Quand il a été fait prisonnier par les Allemands, le 24 octobre 1914, il était loin de s’imaginer que la guerre durerait encore plus de 4 ans. Il devait penser retrouver un jour ses copains du 120e.. Ses copains de Béthencourt.

Eugène DELETTRE est mort à Vienne-le-Château, dix jours plus tard. Et Charles CAILLET a été gravement blessé dans les mêmes combats, le 4 novembre 1914, Sur les quinze copains qui attendaient le train, comme lui, le 27 novembre 1913, pour se rendre au service militaire, 5 ne sont jamais revenus, et plusieurs sont revenus estropiés.

On ne sait pas s’il y a des gens, dans le village, qui estimaient que Gaston avait eu la chance d’être emmené en captivité, dès le début de la guerre. Certains ont même peut-être proféré des propos ambigus, en sa présence ? Propos auxquels il n’y avait, de toute façon, rien à répondre.

Gaston n’a pas choisi son sort.  Il est, lui aussi, victime. Meurtri dans ses poumons et dans son cœur. Jamais guéri vraiment, Gaston est pourtant officiellement compté parmi les survivants. Les rescapés de la Grande Guerre, dont le nom ne sera jamais inscrit sur le monument aux morts du village.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Béthencourt-sur-Mer.

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