UN JOUR, UN PARCOURS – Fernand LHEUREUX de Mers-les-Bains

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 26 août 1890, Fernand LHEUREUX est le fils d’un commerçant de Namps-au-Mont, petit village de la Somme situé au Sud d’Amiens, dans le canton de Conty.

Théophile, le grand-père paternel qu’il n’a jamais connu, était charcutier. Octave, le frère de Théophile, qui a épousé sa veuve, était chiffonnier.  Le père de Fernand est épicier, ses oncles sont cordonniers ou marchands ambulants.  La bosse du commerce est dans la famille LHEUREUX.

Fernand est le fils d’Aristide LHEUREUX et de Louise DEBEAUVAIS.

Fernand se souvient à peine du village de Namps-au-Mont. La vie des adultes et le commerce l’entraînent aux quatre coins du département de la Somme, de Revelles à Roisel, d’Amiens à Rosières. L’esprit d’initiative et l’autonomie sont des qualités évidentes dans la famille. Les enfants volent rapidement de leurs propres ailes.

C’est finalement à Mers-les-Bains que Fernand LHEUREUX décide d’atterrir et de construire son avenir. La station balnéaire de la Côte Picarde est une commune en expansion où on peut facilement trouver du travail, autant pendant la saison estivale que pendant le reste de l’année. Fernand est manouvrier. Le choix de s’installer à Mers n’est pas purement professionnel. Fernand a rencontré l’amour.

Fernand LHEUREUX épouse Marthe BEAURAIN le 27 avril 1910. Ils n’ont pas encore atteint l’âge de 20 ans mais il y a urgence. Un petit Fernand ne va pas tarder à pointer le bout de son nez.

Fernand et Marthe résident Route Nationale, appelée également Avenue de Froideville.

Etre père ne dispense pas d’effectuer son service militaire. Fernand est jugé apte au service armé et affecté au 146e Régiment d’Infanterie qu’il rejoint le 10 octobre 1911. Le 146e RI est caserné à Toul, près de Nancy. Un deuxième enfant est venu au monde depuis l’incorporation de Fernand. C’est une fille prénommée Suzanne. Le 16 janvier 1912, par décision ministérielle, Fernand est muté à Abbeville, au 128e RI. Les permissions seront plus longues. Il ne faut guère plus d’une heure pour relier la gare d’Abbeville à celle du Tréport-Mers.

A la caserne Courbet, les jeunes du Vimeu sont nombreux. Fernand retrouve Henri VERDIER, un copain mersois qui habite dans le quartier du dépôt de chemin de fer, à quelques dizaines de mètres de chez lui. Les deux copains vont vivre ensemble pendant plusieurs mois puisque la durée du service militaire est fixée à deux années. En octobre 1912, deux nouveaux Mersois sont affectés au 128e RI d’Abbeville. Il s’agit de Marcel LEROY et Edgard DEMOUCHY. Pendant plus d’une année, les quatre jeunes hommes partagent de nombreux moments de camaraderie.

Le 8 novembre 1913, Fernand LHEUREUX et Henri VERDIER sont libérés de leurs obligations militaires. Ils peuvent rejoindre leur foyer. Edgard DEMOUCHY poursuit son service au 128e alors que Marcel LEROY rejoint la Section de Marche d’infirmiers du Maroc occidental.

Le 1er août 1914, Fernand et Henri font partie des premiers hommes mobilisables. Venant de terminer leur service militaire, ils sont jugés opérationnels immédiatement et rejoignent ceux qui sont encore sous les drapeaux. Ils prennent le train le 2 août en gare du Tréport-Mers pour rejoindre le 128e RI. Ils y retrouvent leur copain Edgard DEMOUCHY. Le 5 août, le régiment quitte la Somme pour gagner l’Est de la France, avec pour destination la gare de Dun-sur-Meuse près de Verdun.

Les hommes du 128e RI connaissent l’épreuve du feu près de Virton et de Meix-devant-Virton en Belgique le 22 août. Plusieurs copains y perdent la vie.

Mais le nombre de victimes est minime en comparaison de celui que le 128e connaît à Fontenois dans les Ardennes quelques jours plus tard.

Le 31 août au matin, deux des trois bataillons du régiment sont désignés pour lancer une offensive vers Saint-Pierremont où la présence de troupes allemandes a été signalée la veille. Les fantassins français s’élancent du hameau de Fontenois vers la colline surplombant le village de Saint-Pierremont pour y lancer une attaque et repousser les Allemands. Mais l’artillerie allemande est bien en place. Cinq batteries se mettent en action. En quelques minutes, il n’est plus possible de voir la lumière du soleil. Les tirs d’obus sont particulièrement meurtriers. Les Français n’ont aucune possibilité de se protéger. Morts et blessés graves se comptent par dizaines en quelques minutes seulement.

Fernand LHEUREUX et Henri VERDIER sont morts. Fernand venait d’avoir 24 ans et Henri en avait 23.

Edgard DEMOUCHY fait partie des rescapés. Des miraculés de Fontenois. Au moins 130 morts et 300 blessés en quelques heures dans ce petit hameau de Fontenois. Mais la guerre est loin d’être finie pour les rescapés comme Edgard. Quelques jours plus tard, il est gravement blessé à la cuisse par éclat d’obus à Maurupt-le-Montois dans la Marne. Il est hospitalisé à Tarbes. Edgard repart ensuite au front et est à nouveau évacué. Il a les pieds gelés. Soigné à Troyes, il combat ensuite en Argonne et près de Verdun. Il est blessé aux Eparges et évacué sur l’hôpital de Montbéliard. Après une longue mise à l’écart, il retrouve le front. Edgard DEMOUCHY est tué le 8 novembre 1916 au Fort de Vaux, près de Verdun.

Marcel LEROY, le 4e copain mersois du service militaire, a été mobilisé comme brancardier. Gravement blessé à la jambe en octobre 1916, il n’est jamais revenu au front. Il a été affecté comme ouvrier à la Compagnie des Mines de houille de Marles. Marcel LEROY est mort le 25 mars 1981 à Mers, à l’âge de 89 ans.

Le 5 avril 1915, Marthe BEAURAIN, veuve de Fernand LHEUREUX a donné naissance à un petit garçon. Elle l’a prénommé Roger. Quand le bébé a vu le jour, son père était déjà mort depuis sept mois. Marthe avait 24 ans. Elle a élevé seule ses trois enfants, remplissant les missions de mère et de père, tout en menant une vie professionnelle. Elle tenait un café-restaurant dans la Route Nationale à Mers. Cet estaminet faisait également fonction de pension de famille. Un de ses pensionnaires, employé des chemins de fer, se nommait Elisée BARRIOT. Marthe attendit que les enfants soient grands pour se remarier. Elle épousa Elisée en mai 1943, en pleine occupation allemande.

Marthe et Elisée étaient très actifs dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils furent arrêtés à plusieurs reprises. Rescapés de la Seconde Guerre mondiale, ils vécurent ensemble jusqu’à la fin de leur vie. Marthe est morte à Mers en 1968 et Elisée en 1978. Le couple est classé « Déportés et Internés de la Résistance ».

Mais l’histoire de Fernand LHEUREUX et de son épouse ne prend pas fin avec les actes de bravoure de Marthe. Leur dernier enfant, Roger, conçu quelques semaines avant la déclaration de guerre, fut aussi un Résistant très actif pendant la guerre. Dès 1940, il s’engage dans la Résistance et devient membre des Francs-Tireurs et Partisans. Il participe à de nombreuses opérations de résistance dans la Somme et en Seine-Inférieure. Le 17 février 1944, il est emprisonné à la Prison d’Amiens dans le quartier des condamnés à mort. Roger LHEUREUX perdra la vie dans le bombardement de la prison d’Amiens par les Alliés, dans le cadre de l’Opération Jéricho.

Roger LHEUREUX

Son chef, Maurice HOLLLEVILLE, surnommé le Curé de Montparnasse également interné à Amiens arrive à sortir des décombres et à s’échapper. Il emmènera dans sa fuite Marthe LHEUREUX qui était, comme son fils, retenue à la Prison d’Amiens.

Aujourd’hui, une rue de Mers-les-Bains porte le nom de Roger LHEUREUX. Nul doute que, sur cette plaque de rue, peuvent être associés à celui de Roger, les prénoms de ses parents, Fernand et Marthe. Fernand, mort pour la France en août 1914 à 24 ans et Marthe, militante de la vie et de la paix, jeune veuve et mère courage qui a vécu l’enfer des camps et qui a perdu un fils. Qui mieux qu’elle peut symboliser l’horreur des deux plus grandes guerres du XXe siècle ? Les corps de Fernand LHEUREUX et de son fils Roger n’ont jamais été retrouvés.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Sur le monument aux morts de Mers-les-Bains, la date du décès de Fernand LHEUREUX et d’Henri VERDIER a été fixée au 1er septembre 1914 – les documents consultés ne nous permettent pas de savoir s’ils sont morts pendant les combats du 31 août ou s’ils sont morts sur place, des suites de leurs blessures, le 1er septembre

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Xavier BECQUET et Jean-Claude MAISON ont réalisé la collecte de données pour la commune de Mers-les-Bains.

Plaque commémorative dans l’église Saint-Martin de Mers-les-Bains

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François BECQUET de MERS-LES-BAINS

Alfred PADE d’AULT

Maurice MAUPIN d’ALLENAY

Auguste VUE de BEAUCHAMPS

Joseph PELVILAIN d’INCHEVILLE et de DARGNIES

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