UN JOUR, UN PARCOURS – Gaston MABILLE de Bourseville

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 6 décembre 1893, Gaston MABILLE est le fils de Spérat et de Marie.

Quand Spérat s’est marié, il avait 37 ans. Il vivait dans la ferme familiale des MABILLE, Rue de Vaudricourt à Bourseville, avec sa mère et sa sœur, Isoline.

Comment a-t-il rencontré la jeune Marie, de 14 ans sa cadette ? Peut-être à l’occasion d’une foire agricole ou d’un marché aux bestiaux à Abbeville ? Marie était une fille de cultivateurs de Moyenneville.

Après le mariage célébré dans le village de la jeune fille, comme le veut la coutume, les jeunes mariés sont venus s’installer dans la ferme de Bourseville. Yvonne et Lucienne sont nées en 1887 et 1890, puis Gaston, le seul garçon, en 1893.

La fratrie est très unie, et comme la ferme a besoin de bras, qu’ils soient de femme ou d’homme, les trois enfants ne cherchent pas à trouver des petits travaux ailleurs. D’autant plus qu’avec la disparition de Spérat, leur père, alors qu’ils sont encore adolescents, Gaston et ses sœurs doivent aider Marie, leur mère, à poursuivre l’exploitation de la ferme de la Rue de Vaudricourt. Il ne reste alors plus beaucoup de temps pour les jeux et les promenades entre copains. Ni même pour les amourettes. C’est le travail qui emplit la vie de la famille MABILLE de Bourseville.

Quand Gaston est convoqué devant le Conseil de Révision d’Ault, le chef-lieu du canton, Marie espère secrètement que son fils soit inapte. Mais il n’en est rien. Le jeune homme d’1,70m au nez tordu et au menton à fossette est apte pour le service. Toutefois, en raison d’une « mauvaise conformation des pieds », il est affecté à la 2e Section d’Administration militaire basée à Amiens. Ses solides bras vont manquer à la ferme pendant les trois années que doit durer son service militaire !

N’étant peut-être pas la recrue espérée – Gaston sachant à peine lire et écrire – le jeune homme est affecté au 51e Régiment d’Infanterie en juin 1914. Placé dans les services annexes, il suit toutefois le régiment quand il quitte Beauvais le 5 août 1914. La guerre est maintenant déclarée et le 51e doit gagner le département de la Meuse.

Gaston n’est pas envoyé au combat, ni le 22 août en Belgique, ni le 31 août à Fontenois dans les Ardennes, ni début septembre près de Maurupt-le-Montois dans la Marne. Pourtant, lui aussi souffre. Recenser les absents, considérés par l’état-major au titre des « pertes », en mettant un visage sur chacun des noms cités est particulièrement douloureux. Douloureux et culpabilisant pour ceux qui sont provisoirement éloignés des combats.

Joseph FRETE, tué à Fontenois, le 31 août et Pierre VALLERY, tué au Bois de la Gruerie mi-septembre, il les connaissait bien. Ils étaient tous les deux de Bourseville. Gaston avait passé des heures à leurs côtés sur les bancs de l’école du village. Ils habitaient tous les deux dans le hameau de Martaigneville. Avant de partir au service militaire, Joseph travaillait dans la ferme de son père et Pierre était ouvrier à la briqueterie.

Alfred PRIEZ de Béthencourt-sur-Mer et  Louis HURTEL d’Ault, communes voisines, il les connaissait aussi, avant même le service militaire. Ils sont tous les deux déclarés disparus dans les combats qu’a mené le 128e RI dans les Ardennes et dans la Marne. Alors que le mois de septembre 1914 n’est pas encore terminé, des dizaines de jeunes copains du 128e RI sont déjà hors combat.

Le 25 novembre 1915, Gaston MABILLE est déclaré apte au service armé par la Commission de Réforme de Château-Thierry. Cette décision, motivée par la nécessité de compléter les régiments décimés, est presque un soulagement pour Gaston. Le sentiment de culpabilité d’être protégé à l’arrière va enfin l’abandonner.

Gaston passe au 110e Régiment Territorial d’Infanterie et monte au front en mars 1916 dans le secteur de Douaumont, près de Verdun. Moins de trois mois plus tard, Gaston MABILLE est blessé à la main et au côté gauche par éclats d’obus. Quand il revient, après plusieurs mois d’hospitalisation, la commission de réforme de Reims, le jugeant inapte au combat pour « conformation vicieuse des orteils » l’envoie dans l’Artillerie Lourde à tracteurs, au 82e R.A.L.

Gaston MABILLE est démobilisé en août 1919. Il revient à Bourseville dans la ferme de sa mère. Ses sœurs, Yvonne et Lucienne, sont toujours présentes pour aider leur mère. Les 6 années sans l’homme de la famille ont été bien longues pour Marie et ses filles. Elles ont fait appel à Théotime, un journalier du village, pour les aider. Trop vieux pour être mobilisé, il n’est pas parti au combat et a pu travailler comme ouvrier agricole dans la ferme MABILLE.

La fratrie recomposée, la vie a continué, après le décès de leur maman, avec comme univers celui de la ferme de la Rue de Vaudricourt. Gaston et ses sœurs vivant au rythme des semis et des récoltes.

Quelques années plus tard, Gaston a épousé Adèle, une fille de Meneslies. Après le mariage, Adèle est venue rejoindre son mari dans la ferme de Bourseville. Elle y a vécu avec Gaston et les sœurs de son mari. Il n’y eut pas d’enfant.

Gaston reçut une petite pension pour « cicatrice de l’hémithorax gauche avec murmure vésiculaire et névralgies intercostales suite blessure de guerre ».

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean-Claude MAISON a réalisé la collecte de données pour la commune de Bourseville.

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