UN JOUR, UN PARCOURS – Léon VASSEUR de Rivery

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 29 novembre 1892, Léon VASSEUR a passé sa petite enfance à Amiens.

Ses parents, Alphonse et Marie-Colombe, y habitaient. Alphonse était homme d’équipe au Chemin de Fer. C’est dans la capitale picarde, dans leur petite maison de la Rue Béranger, que sont nés Andrée, Gaston, Léon, Marcel, Blanche et Georges. Léon a un peu plus de 10 ans quand la famille déménage pour s’installer Route de Corbie à Rivery.

Rivery est un petit village comptant moins de 300 habitants à l’époque où la famille VASSEUR arrive. Si la commune est bordée par les territoires de Camon et d’Allonville, les voisins des Riverains sont avant tout les Amiénois des quartiers de La Vallée et Saint-Pierre.

Même s’il n’y a aucun atelier sur place, l’activité est avant tout industrielle. Les habitants de Rivery sont des ouvriers qui travaillent presque tous à Amiens. L’agriculture a une place réduite et les terres sont essentiellement cultivées par des exploitants extérieurs à la commune. Il n’y a que trois fermiers dans le village. On trouve plusieurs maraîchers qui exploitent les 30 hectares de jardins et potagers, dans ce village où les canaux, les étangs et les marais sont nombreux.

Angélique, menthe, ricin, rhubarbe, anis, feuille de ronce, fumeterre, les abords des marais offrent de nombreux trésors naturels, sans oublier bien sûr le plus précieux pour les Riverains: la tourbe.

Léon est allé à l’école à Amiens. Quand il arrive à Rivery, village situé si loin du quartier du Sud-Ouest d’Amiens où il habitait, Léon n’a pas de copains. C’est au hasard de ses déambulations dans les chemins du village qu’il rencontre des jeunes de son âge. Il y en a peu.

Rue du Moulin habite Albert DEBUIGNY. Son père, Henri, est coupeur de chaussures chez Wargniez à Amiens. Albert vient de se faire embaucher comme doubleur en confection.

Dans la Grande Rue réside Léon THUILLIER. Son père, Eugène, est marchand forain. Il vend de la mercerie. Léon l’accompagne souvent sur les marchés de la Somme pour lui apporter une aide.

Et pas trop loin de chez lui, Léon VASSEUR a rencontré aussi un jeune homme, un peu plus âgé que lui, Georges JOBART, qui aide sa mère à tenir leur débit de boissons, au bord du Chemin de Querrieu. Georges est le petit-fils d’Achille JOBART, l’ancien maire de Rivery.

Léon VASSEUR et Léon THUILLIER se font embaucher dans les Chemins de Fer. La grande gare d’Amiens est située à moins de deux kilomètres de chez eux.

Quand ils ont 20 ans, les trois copains doivent passer devant le Conseil de Révision à Amiens. Jugés aptes tous les trois, leurs parcours vont être bien différents. Léon VASSEUR est incorporé dans l’Infanterie, au 128e RI à Amiens, tandis qu’Albert DEBUIGNY part dans l’Artillerie et Léon THUILLIER chez les Zouaves.

Georges JOBART, quant à lui, a déjà fini son service militaire. Il est tranquille. Il a passé deux années à Beauvais au 51e RI et maintenant il peut devenir garde particulier, reprenant l’emploi qu’occupait son père Ulric avant de devenir débitant de boissons.

Léon VASSEUR quitte son domicile le 9 octobre 1913 pour rejoindre la caserne amiénoise et y suivre l’instruction militaire obligatoire destinée à tous les jeunes hommes de 20 ans jugés aptes au service armé.

La guerre est déclarée le 3 août 1914 par l’Allemagne. Deux jours plus tard, le 128e RI quitte la Somme pour s’installer dans la Meuse. Les premiers combats ont lieu le 22 août près de Virton, en Belgique.

Le 128e RI et tous les régiments de la région militaire d’Amiens doivent ensuite se regrouper à proximité de Sermaize-les-Bains, dans la Marne, pour y livrer le prochain combat. Toute l’Armée française sera rassemblée sur quelques dizaines de kilomètres pour faire face à l’envahisseur et l’empêcher de progresser vers Paris. La Bataille de la Marne doit se livrer début septembre, mais, d’ici là, d’autres escarmouches peuvent se présenter. Les troupes allemandes sont lancées à la poursuite des Français. Il faut régulièrement organiser des combats d’arrière-garde pour ralentir leur course.

Le 31 août au matin, les commandants du 2e et du 3e Bataillon du 128e RI reçoivent l’ordre d’emmener leurs hommes jusqu’au petit hameau de Fontenois, dans les Ardennes, pour mener le combat contre les Allemands qui sont déjà localisés à Saint-Pierremont. En quelques heures les deux bataillons vont être décimés. Plus de 130 hommes du 128e RI perdent la vie à Fontenois, et plus de 150 y sont blessés. Léon VASSEUR est au nombre des blessés. Le bras droit a été touché par des éclats d’obus. Emmené avec les rescapés, il est soigné dans une ambulance française. Les autres blessés ne connaissent pas tous le même sort. Tous ceux qui ne peuvent être transportés restent sur place et sont faits prisonniers le lendemain par les Allemands qui organisent le transport sanitaire jusqu’en Allemagne. Plus de 150 jeunes hommes du 128e vivront toute la guerre dans une prison Outre-Rhin, dans des conditions sanitaires souvent difficiles.

La blessure de Léon VASSEUR est grave. Plusieurs mois d’hôpital et de convalescence sont nécessaires avant de pouvoir retourner au front début mars 1915. La guerre a bien changé depuis sa blessure. Les hommes se font maintenant la guerre, enterrés dans des tranchées. En septembre 1915, Léon est évacué pour bronchite. Il revient deux mois plus tard… L’Armée ne peut se passer d’aucun homme valide.

Le 13 février 1916, Léon est déclaré disparu près de Tahure, dans la Marne. La nouvelle ne parvient que plusieurs mois plus tard à sa famille : Léon a été emmené en Allemagne où il est retenu en captivité. Léon est prisonnier de guerre.

Rapatrié le 11 décembre 1918, un mois après l’Armistice, Léon peut rejoindre son village de Rivery. Même si son bras droit ne fonctionnera plus jamais comme avant, Léon a la chance de revenir vivant. Il retrouve un emploi au Chemin de Fer. Il se marie en 1921 avec l’ambition de fonder une belle famille.

Pour les copains de Rivery, tout est fini ! Léon THUILLIER a été tué dès le mois d’août 1914, dans les Ardennes, et Albert DEBUIGNY, le 1er septembre 1917, près de Verdun, dans l’enfer des combats qui ont détruit à tout jamais le village de Fleury.

Georges JOBART a été mobilisé le 2 août 1914. Il a vécu toute la guerre sous l’uniforme. Une guerre difficile avec plusieurs évacuations pour blessures ou maladies, puis une guerre sur l’autre front, à partir de mai 1917, avec l’Armée d’Orient. Georges n’est rentré qu’en janvier 1919, année où lui aussi s’est marié.

Les frères de Léon THUILLIER, Gaston et Marcel, sont revenus aussi, même si les conséquences de la guerre n’ont pas pris fin avec l’Armistice. Gaston a toujours eu une santé fragile suite aux maladies contractées au front et Marcel, blessé par éclats d’obus, a maintenant une jambe bien raide.

C’est à Amiens, dans le quartier de La Neuville, près de la gare où il travaillait, que Léon THUILLIER a vécu avec la famille qu’il a constituée. Né à Amiens 71 années plus tôt, c’est dans cette même ville qu’il meurt le 8 octobre 1964.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Rivery.

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