UN JOUR, UN PARCOURS – Hector HODENT d’Heucourt-Croquoison

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 10 septembre 1891, Hector HODENT est le fils de Louis HODENT et de Zalida GAVELLE.

Louis est originaire d’Heucourt-Croquoison et Zalida de Maisnières, à côté de Gamaches.

Heucourt est le chef-lieu de la commune avec une population de 200 habitants et Croquoison un hameau qui en compte une quarantaine. Situé dans le canton d’Oisemont, le territoire de la commune est limitrophe de ceux d’Allery, de Métigny, d’Etrejust, d’Epaumesnil et de Vergies.

Si l’industrie de la toile n’est plus aussi  prospère que jadis, il reste de nombreux tisserands à domicile à la fin du XIXe siècle. C’est l’activité qu’exercent Louis et Zalida HODENT.

Le couple s’est installé à Heucourt à l’angle de la Rue Bacquet et de la Rue d’Airaines. Deux jeunes couples habitent dans les maisons voisines de la Rue du Bacquet. Il y a les époux DEFECQUE et les époux FOURÉ.

En cinq années, Louis et Zalida ont quatre enfants. Trois filles prénommées Valentine, Ilda et Emeline et un garçon appelé Raymond. Zalida arrête son activité de tisseuse pour s’occuper des enfants.

A peine mariés, Louis DELIENNE, un garçon du village, vient s’installer avec son épouse à côté de la maison des HODENT, à l’angle de la Rue d’Airaines. La solidarité est grande entre les quatre familles et les enfants deviennent entre eux beaucoup plus que des voisins.

En 1884 naît un deuxième garçon chez les HODENT. Louis Théodore portera le surnom d’Alire. Sept ans plus tard, à l’automne 1891, un troisième garçon arrive. Hector HODENT est le dernier de la fratrie.

A quelques mois d’intervalle seulement, un garçon naît dans chacune des quatre familles, Erode FOURE, suivi par Julien DELIENNE, Hector HODENT et Albert DEFECQUE. Les quatre garçons deviennent bien sûr inséparables. De l’école de Monsieur DUFOUR à l’église de l’Abbé BREILLY, en passant par les champs, les pâtures et les chemins vallonnés d’Heucourt, il est rare de ne pas voir les quatre copains ensemble.

On trouve tout à Heucourt, ou presque. Il y a deux épiceries qui servent aussi de débit de boissons, un charcutier et un boulanger. Quand on va au marché, c’est plus souvent pour vendre que pour acheter. A Airaines, à Liomer, à Oisemont et à Molliens-Vidame, on y vend le bétail. Les produits de basse-cour, les légumes et les fruits sont vendus plutôt sur le marché d’Airaines. Le train passe à quatre kilomètres d’Heucourt, mais c’est souvent en charrette ou à pied que se font les déplacements.

A Heucourt, il y a aussi une petite fanfare. Hector HODENT en est un membre actif. Il joue du bugle.

Dans les familles de la Rue Bacquet, seul Louis DELIENNE, le père de Julien, est encore tisserand au début du XXe siècle. L’activité de tissage est en nette diminution. Louis HODENT, le père d’Hector et Nicolas DEFECQUE, le père d’Albert, travaillent au château pour Monsieur DANZEL d’AUMONT. Quant à Théophane FOURÉ, le père d’Erode, il est lattier pendant que son épouse Herménégilde s’occupe de leur petite ferme.

Julien et Erode devaient être les deux premiers à partir au service militaire. Julien DELIENNE est exempté pour acuité visuelle inférieure à un quart. Difficile d’envisager de servir la patrie quand on y voit si peu. Erode est affecté au 128e Régiment d’Infanterie d’Abbeville, mais ses problèmes intestinaux récurrents l’empêchent de pouvoir participer à l’instruction militaire. Moins d’un mois après son arrivée à la Caserne Courbet d’Abbeville, Erode FOURÉ est jugé inapte par une commission médicale et réformé temporairement.

Un an plus tard, le Conseil de Révision de Oisemont juge Hector HODENT apte au service armé. Il rejoint le 128e RI à Abbeville le 9 octobre 1912. Après une année d’instruction militaire pour apprendre à combattre, son talent d’instrumentiste lui vaut d’être nommé  dans la formation musicale du régiment. La fin du service militaire va être beaucoup plus agréable pour lui.

Albert DEFECQUE, le quatrième copain de la Rue Bacquet, vient d’être affecté au 18e Bataillon de Chasseurs à Pied. S’il ne connaît pas la musique, Joseph connaît bien les chevaux. L’affectation lui convient donc également car dans les Chasseurs à Pied, s’il y a des cyclistes et des piétons, il y a aussi des cavaliers.

Le 3 août 1914, alors qu’Hector et Joseph sont encore sous les drapeaux, la guerre est déclarée. Le 128e RI quitte la Somme le 5 août et rejoint l’Est de la France. Le 18e BCP de Joseph, y est déjà depuis plusieurs mois. C’est dans l’Est, près des frontières de la Belgique et de l’Alsace, que vont débuter les combats.

Après quelques semaines de guerre de mouvement, entre le Sud de la Belgique et le département de la Marne, la guerre change. Elle devient une guerre de position. Une guerre de tranchées. Hector HODENT et Albert DEFECQUE combattent en Argonne.

Le 25 janvier 1915, Hector est évacué pour maladie. Après deux mois de soins et de convalescence, il revient au front et rejoint son régiment. Il est à nouveau nommé soldat-musicien dès son retour. Loin d’être éloigné du front, Hector participe, comme les autres soldats, aux longues journées et nuits d’attente dans la boue des tranchées. Et quand l’offensive est lancée, la musique accompagne les hommes.

Le 24 août 1917, Hector HODENT est blessé par des éclats d’obus à la cuisse droite. Les blessures sont superficielles. Il a eu de la chance.

En février 1918, il quitte une nouvelle fois le front pour être soigné à l’arrière. Les organismes sont fatigués. La guerre n’en finit pas. De retour le 25 mai, toujours au 128e RI, il retrouve immédiatement sa place de musicien. Le joueur de bugle n’est pas que musicien. Il remplit aussi le rôle de brancardier. La manière dont il mène cette mission, en juillet 1918, avec courage et sang-froid, lui vaut une citation à l’ordre du régiment.

Hector HODENT est démobilisé définitivement le 21 juillet 1919. Il rentre à Heucourt.

Si la Commission de réforme a renouvelé à plusieurs reprises l’exemption d’Erode FOURÉ, pour entérite chronique puis pour des problèmes pulmonaires, Julien DELIENNE a finalement été jugé apte le 17 mars 1917. L’Armée française s’apprêtait à lancer la grande offensive du Chemin des Dames et tous les hommes, plus ou moins en état de combattre, étaient les bienvenus. Mais Julien n’était pas en état de combattre. Affecté au service auxiliaire du 39e RI, il est jugé inapte au combat mais n’est pas réformé définitivement. Il est détaché à l’Escadrille 485 à la Ville d’Eu. Le 14 mars 1918, pendant une permission de sept jours qui lui avait été accordée, il meurt au domicile de ses parents.

Albert DEFECQUE a fait toute la guerre.  Après son affectation au 18e BCP, il a été muté au 116e Régiment de Chasseurs Alpins et termine la guerre comme fantassin. Il est blessé pour la première fois en octobre 1918. Touché à l’épaule par un éclat d’obus, il perd de la mobilité dans le bras droit. Evacué le 3 octobre, il rejoint son régiment le 13 novembre 1918. L’Armistice avait été signé. Peu de temps après la fin de la guerre, il rencontra de nombreux problèmes cardiaques. La guerre avait peut-être laissé d’autres blessures… Albert DEFECQUE est mort en 1921.

Tombe familiale DEFECQUE-BOITEL – cimetière communal d’Heucourt

Si Hector a survécu, le nom d’HODENT a quand même été inscrit sur le monument aux morts du village. Alire, son frère aîné, mobilisé le 1er août a été tué le 10 septembre 1914 dans la Marne.

Le nom de Julien DELIENNE aussi est inscrit sur le monument. Même s’il n’a jamais été reconnu officiellement Mort pour la France, il n’est pas impossible de penser que la guerre n’est pas étrangère à la dégradation de son état de santé. En tout cas, ce fut l’avis du maire d’Heucourt.

Hector HODENT est resté à Heucourt, après la guerre, habitant la maison de ses parents Rue Bacquet. Il a épousé Maria MACRET, une fille de Belloy-sur-Somme, avec qui il a eu un fils prénommé François.

Hector a continué à jouer de la musique, devenant un musicien réputé dans le secteur. Il a intégré la fanfare d’Airaines et en est devenu le sous-directeur puis la fanfare d’Allery dont il a pris la direction. Son fils, François, est devenu un des meilleurs trompettistes du secteur.

Hector HODENT et Maria MACRET – plaque émaillée – cimetière communal d’Heucourt

Hector HODENT est décédé en 1955, la même année que son copain Erode FOURÉ.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Rue Bacquet à Heucourt, où habitaient les familles Hodent, Defecque et Fouré (photo: 2021)

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Didier BOURRY a réalisé la collecte de données pour la commune d’ Heucourt-Croquoison.

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André BULLY de LALEU

Olivier MIANNAY d’ALLERY

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Maurice BOULANGER d’OISEMONT

Raoul WAQUET de FONTAINE-LE-SEC

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3 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Hector HODENT d’Heucourt-Croquoison »

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