UN JOUR, UN PARCOURS – Raoul WAQUET de Fontaine-le-Sec

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 19 octobre 1893, Raoul WAQUET, qui porte les prénoms de Raoul Joseph Laurent, sera aussi bien appelé Raoul que Laurent pendant toute sa vie, mais jamais Joseph, car c’est le prénom du frère né deux ans avant lui.

Raoul est le fils d’Auguste et de Maria. Auguste WAQUET n’a jamais connu sa mère. Elle est décédée en le mettant au monde, à l’automne 1857.

Même si leur couple habite à Fontaine-le-Sec, près de Oisemont, Auguste est habitué à aller travailler dans les fermes, comme ouvrier agricole. Il  arrive fréquemment à Auguste, le père de Raoul, de sortir du canton, et même de se faire employer dans les grandes exploitations de Seine-Inférieure, pendant que Maria s’occupe des enfants et de la maison.

Fontaine-le-Sec est un petit village du canton d’Oisemont qui compte un peu plus de 300 habitants au début du XXe siècle. Situé sur les hauteurs de la vallée de l’Airaines, le village est un village d’agriculteurs et de tisserands. A l’écart des grandes voies de communication et de la voie ferrée Gamaches-Longpré-les-Corps-Saints, le village vit presque en autarcie.

A Fontaine-le-Sec, il y a un boulanger, deux débitants, un cordonnier, un menuisier, un charpentier, deux forgerons. On trouve également un instituteur de la République et un curé qui s’entendent en bonne intelligence. L’abbé Cornet, qui vit avec sa sœur, Elise, est originaire de Senlis-le-Sec, lieu de l’ancienne source de la rivière Hallue, près d’Albert.  Il y a aussi Florentin, le garde-champêtre, et François Sellier, le cantonnier de la commune. Tout le monde se connaît dans le village.

L’activité professionnelle de la majorité de la population est répartie entre travail des champs et métier à tisser. L’activité de tisserand ne se pratique plus à domicile, comme au XIXe siècle. Beaucoup travaillent dans les ateliers de Forceville ou d’Oisemont.

Le rendement des terres cultivables est plutôt bon. Céréales, betteraves, plantes fourragères sont cultivées. Les fermiers produisent également de nombreuses carottes et navets qu’ils vont vendre sur les marchés d’Oisemont, de Blangy ou d’Airaines.

Pour une population de 300 humains, l’instituteur a fait le décompte des animaux. A Fontaine-le-Sec, on peut dénombrer 70 chevaux de labour, 180 bovidés dont 90 vaches laitières, 290 moutons (il y a 3 bergers), 180 porcs, 120 chèvres, 2500 poules environ, 6 à 700 pigeons et 200 lapins en moyenne. Autant dire qu’on ne manque de rien ! Si on ajoute les nombreux vergers, la fabrication du cidre local et les nombreux puits alimentés par la nappe souterraine, à 30 mètres de profondeur, les habitants n’ont que rarement besoin de quitter leur village, sauf pour y trouver une activité un peu mieux rémunérée.

Le jeune Raoul n’a pas fréquenté beaucoup les bancs de l’école de Monsieur Ségard. Comme son père, lui aussi se fait employer dans les fermes. A peine âgé de 12 ans, il travaille comme domestique chez Moïse Trancart, le meunier-boulanger de Fontaine-le-Sec. Il y est logé et nourri. Puis, approchant de l’âge adulte, il choisit alors, comme son père, de parcourir les terres du Vimeu et de Normandie pour aller chercher le travail, sans jamais s’attacher longtemps à un même environnement.

Jugé apte au service armé par le Conseil de révision d’Oisemont, Raoul WAQUET est affecté au 128e Régiment d’Infanterie d’Abbeville. Incorporé le 28 novembre 1913, c’est à la gare de Wiry-au-Mont qu’il prend le train pour rejoindre la caserne Courbet.

Il y retrouve son frère, Joseph. Ce frère, de deux ans l’aîné de Raoul, a été, lui aussi, affecté au 128e RI. Il est arrivé à la caserne début octobre. Les deux frères vont pouvoir effectuer ensemble les 3 années de service militaire qu’ils doivent à la nation française.

Joseph, le frère de Raoul, ne peut suivre l’instruction militaire. Ses pieds plats le font souffrir. Il est affecté au service auxiliaire du régiment, au « service des corvées ».  Quand la guerre est déclarée, le 3 août 1914, Raoul sait que son frère Joseph ne l’accompagnera pas s’il faut combattre.

Répondant à l’ordre de mobilisation générale, Cyrille WAQUET, le frère aîné de Joseph et de Raoul, quitte Fontaine-le-Sec le 3 août. Père de quatre enfants, il doit toutefois partir et rejoindre son régiment de Chasseurs.

Le 128e RI quitte la Somme le 5 août 1914 pour rejoindre un casernement provisoire dans la Meuse. Le 22 août, c’est l’épreuve du feu, dans le Sud du Luxembourg belge. Le 31 août, Raoul participe aux combats de Fontenois, dans les Ardennes, pendant la retraite de l’Armée française. Parmi les 130 tués parmi les hommes du 128e, il y a ses copains, Emile BRUYER et Léon DARRAS, du village voisin d’Allery, avec lesquels il a vécu les 8 derniers mois. Les rescapés continuent leur chemin de croix. Vient ensuite la Bataille de la Marne, début septembre, et les forêts de l’Argonne, de l’automne 1914.

Les conditions de vie dans les tranchées sont terribles, avant même que l’hiver ne débute. Conditions de survie, faudrait-il dire. Le 12 décembre 1914, Raoul  WAQUET est évacué du Bois de la Gruerie, pour « pieds gelés au 3e degré ». Hospitalisé, il n’y a d’autre solution que d’amputer les 5 orteils du pied droit. Cité à l’ordre du régiment pour s’être « fait remarquer par son zèle et son dévouement. A eu les pieds gelés aux tranchées », Raoul ne retournera pas au combat. Après près d’une année d’hospitalisation et de convalescence, il est définitivement réformé, et peut revenir dans son village de Fontaine-le-Sec.

Joseph, le frère de Raoul, inapte au combat pour « pieds plats douloureux » est finalement jugé apte à la fin de l’année 1914. D’abord affecté dans un escadron du Train, il rejoint ensuite l’Artillerie. Le 19 avril 1918, dans le secteur de Roye, dans la Somme, Joseph est tué.

Raoul WAQUET n’a plus jamais pu travailler dans les fermes. Embauché à la briqueterie de Neuville-au-Bois, à moins de 5 kilomètres de Fontaine-le-Sec, il s’est installé dans le village, avec son épouse, Jeanne. C’est dans cette commune que sont nés leurs enfants, Félicien et Félicienne. La famille a ensuite déménagé à Oisemont, avant de s’agrandir encore avec l’arrivée d’un petit Jean.

Raoul a survécu à la Grande Guerre, comme son frère aîné, Cyrille.

Boiteux pour toujours, mais heureux de pouvoir construire une famille et exercer une activité professionnelle comme tout le monde, ou presque, Raoul peut vivre en paix. Et si les orteils coupés lui procurent encore, de temps en temps, de douloureux fourmillements, il sait que lui a eu de la chance. Une chance que son frère, le pauvre Joseph (Elie) WAQUET, n’a pas connue. Son nom figure sur le monument aux morts de Fontaine-le-Sec.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Alain CAYEUX a réalisé la collecte de données pour la commune de Fontaine-le-Sec.

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