UN JOUR, UN PARCOURS – Guy de HAUTECLOCQUE de Belloy-Saint-Léonard

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 3 août 1892, Guy de HAUTECLOCQUE est le fils d’Adrien de HAUTECLOCQUE et de Marie-Thérèse de WAZIERS.

La famille de HAUTECLOCQUE est une famille de l’ancienne noblesse d’Artois, originaire du secteur de Saint-Pol-sur-Ternoise. Elle s’est également implantée dans le département limitrophe en raison de plusieurs unions avec des membres de familles aristocratiques de la Somme. Adrien, le père de Guy, est né à Amiens en 1864. Il a deux frères, Henri né également à Amiens, et Wallerand, né à Belloy-Saint-Léonard, petit village situé au Sud d’Airaines.

La famille de HAUTECLOCQUE est devenue propriétaire du château de Belloy-Saint-Léonard à la fin du XIXe siècle par héritage du baron de MORGAN, châtelain et maire du village. Adrien de HAUTECLOCQUE s’y est installé avec son épouse, Marie-Thérèse de WAZIERS, en 1890.

Guy de HAUTECLOCQUE est le premier enfant du couple. La famille s’agrandit ensuite avec l’arrivée de Françoise en 1895, Madeleine en 1897, Yvonne en 1900, Philippe en 1902 et Colette en 1906.  

Guy, Françoise, Madeleine, Yvonne, Philippe, Colette (parismuseesjuniors.paris.fr)

Adrien, comte de HAUTECLOCQUE, devient rapidement maire du village. Belloy-Saint-Léonard devient un des territoires principaux de la famille HAUTECLOCQUE.

Eloignée des voies ferrées et des grandes voies de communication, la petite commune a perdu plus du tiers de ses habitants pendant le XIXe siècle. Elle en compte 180 quand la famille d’Adrien s’installe au château. Les grandes fabriques textiles d’Allery et d’Airaines ont provoqué l’exode rural dans le village. L’activité économique est avant tout agricole. Les principaux métiers sont ceux de fermier et d’ouvrier agricole. On trouve également un boulanger, une débitante de boissons, des menuisiers et un lattier.

Comme dans tout village, il y a un garde-champêtre, un curé, l’abbé CHABERT, et un instituteur public.

Mais Guy et ses frères et sœurs ne vont pas à l’école de la République de Monsieur PAPIN. Une institutrice leur donne des cours privés au château. Originaire de Mayenne, elle se nomme Marguerite SALLIOT. Elle est employée par la famille de HAUTECLOCQUE. Parmi le personnel, il y a aussi une bonne d’enfants, une lingère et un jardinier. Il y a aussi plusieurs domestiques.

A Belloy-Saint-Léonard, de nombreux adultes du village sont également employés par Monsieur le Comte pour entretenir le domaine et cultiver les terres.

La barrière sociale qui impose une certaine distance entre la famille des châtelains et les habitants du village n’interdit pas vraiment les relations entre les jeunes enfants des deux milieux. D’autant que les garçons du même âge que Guy sont bien rares. Ils ne sont que trois. Il y a Maurice LEMAIRE, né en 1892 et Robert BARBIER né en 1895. Tous deux sont fils de fermiers dans la Grande Rue. Le troisième se nomme Fernand GROSSEMY. Son père travaille comme ouvrier agricole au château.

Cependant, alors que les 3 petits villageois commencent à travailler dans les fermes, Guy continue ses études au collège de la Providence à Amiens puis à Paris pour suivre un enseignement supérieur. Mais en attendant, le jeune enfant qu’il est, n’ayant pas de frère (Philippe naîtra dix ans après la naissance de Guy) cherche aussi la compagnie de copains de son âge.

Quelques fois dans l’année, le domaine est aussi un lieu de retrouvailles entre cousins. Il y a François et Jean, les fils de l’oncle Henri et Bernard et Xavier, les fils de l’oncle Wallerand. On y parle beaucoup de questions militaires. Henri et Wallerand sont officiers de métier.

A peine âgé de vingt ans, en septembre 1912, Guy de HAUTECLOCQUE s’engage pour huit ans dans l’armée. Il est affecté au 9e Régiment de Cuirassiers. Une année plus tard, il entre à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Le 3 août 1914, à la déclaration de guerre, Guy est affecté au 11e Régiment de Cuirassiers avec le grade de sous-lieutenant. Il va pouvoir être utile à son pays. Chez les HAUTECLOCQUE, le devoir patriotique n’est pas un vain mot. 

Adrien, le père de Guy, s’engage quelques jours après la déclaration de guerre. Son frère Henri est chef de bataillon au 37e Régiment d’Infanterie. L’autre frère, Wallerand, lieutenant-colonel, commande le 14e Régiment de Hussards.

Les cousins aussi vont remplir leur devoir en combattant l’ennemi aux frontières du pays. Bernard, le fils de Wallerand décide de rejoindre l’armée. Le 2 août 1914, en mairie d’Alençon, ville où est caserné le 14e Régiment de Hussards commandé par son père, Bernard signe un engagement. Il a à peine 18 ans. Affecté comme cavalier, il intègre les Hussards et sans aucune période d’instruction, rejoint la frontière de l’Est de la France, au nord de la Meuse.

Après quelques journées d’attente dans la région d’Etain, le 11e Régiment de Cuirassiers où est affecté Guy de HAUTECLOCQUE livre son premier combat, dans le village de Malavillers en Meurthe-et-Moselle, le 22 août 1914.

Le même jour, à moins de 30 kilomètres, le 14e Régiment de Hussards de Wallerand et du jeune Bernard connaît l’enfer près de Ethe, au Sud du Luxembourg belge. Wallerand et Bernard sont tués. Le père et le fils tués le même jour à quelques centaines de mètres l’un de l’autre.

Wallerand de Hauteclocque et son fils Bernard

Quelques mois plus tard, Henri de HAUTECLOCQUE, le frère de Wallerand et d’Adrien, meurt également. Il est tué à l’ennemi le 22 décembre 1914 à Bixchoote, en Flandre occidentale.

Malgré une blessure par éclats d’obus en juillet 1917, Guy de HAUTECLOCQUE survit à la guerre. Il revient s’installer à Belloy-Saint-Léonard. Il y retrouve son père, revenu lui aussi indemne physiquement, et son jeune frère Philippe, heureusement trop jeune pour avoir été mobilisé. Les trois seuls hommes de la famille du château de Belloy sont toujours vivants. Mais la guerre a laissé des traces indélébiles dans la famille.

Au village, même si les destinées militaires n’ont pas été aussi prestigieuses, la guerre a également fait de terribles dégâts.

Maurice LEMAIRE, affecté au 51e Régiment d’Infanterie, a été tué le 8 octobre 1915.

Le corps de Robert BARBIER, disparu le 6 septembre 1916 à Berny-en-Santerre, dans la Somme, n’a jamais été retrouvé. Il était au 120e Régiment d’Infanterie.

Seul Fernand GROSSEMY a survécu. Affecté au 19e Régiment de Chasseurs à Cheval, et même s’il n’est jamais devenu officier, ni même sous-officier, Fernand a réalisé une belle guerre. Il est cité à l’ordre du régiment pour être « allé sous le feu porter secours à son officier dont le cheval avait été tué, et l’avoir aidé à se dégager et à rentrer dans nos lignes ».   

Fernand a quitté le village de Belloy-Saint-Léonard après la guerre. Contrairement à son père, il n’a pas travaillé pour Monsieur le Comte Adrien.

Guy de HAUTECLOCQUE se marie en 1920 avec Marie-Madeleine de GARGAN. Le jeune couple s’installe au château de Belloy et y fonde une famille.

Qu’y a-t’il dans la tête du jeune Philippe de HAUTECLOCQUE, le frère cadet de Guy, quand l’Armistice est signé ? C’est du haut de ses douze ans qu’il apprend la mort de ses deux oncles paternels et de son cousin Bernard, tués à la guerre. Pendant quatre ans, il a vécu ensuite avec l’angoisse de ne jamais voir revenir son père et son seul frère, tout en se sachant trop jeune pour partir combattre. Le petit Philippe de HAUTECLOCQUE est lui aussi une victime de la Grande Guerre.

Après la guerre et une brillante scolarité, il est admis à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Philippe poursuit ensuite son parcours militaire à l’Ecole d’Application de la cavalerie de Saumur dont il sort major en 1925. Officier dans l’Armée française, il mène plusieurs missions au Maroc et devient instructeur à l’Ecole de Saint-Cyr.

Philippe de Hauteclocque (à gauche) à l’Ecole de cavalerie de Saumur (www.le-revers-de-la-medaille.fr)

Si lui est souvent absent de son domicile en raison de son activité militaire, c’est à Tailly, à quelques kilomètres de Belloy-Saint-Léonard que réside sa famille. Il a épousé Thérèse de GARGAN et six enfants sont nés au château de Tailly.  

Après les combats en mai et juin 1940, Philippe de HAUTECLOCQUE quitte la France après la capitulation française et rejoint le général de GAULLE à Londres le 25 juillet 1940. Il lui fallait un nom de code pour protéger sa famille. Il choisit celui de François LECLERC. Dans son village de Belloy-Saint-Léonard, plusieurs enfants de fermiers installés dans la Grande Rue, située en contrebas du château, portaient le patronyme « LECLERCQ ». Il y avait les frères Louis et Charles, et les sœurs Luce et Reine. A Tailly, deux frères cultivateurs portaient également le patronyme de LECLERCQ. En hommage au héros libérateur de la France, la famille de HAUTECLOCQUE accolera ce nom au sien pour devenir la famille LECLERC de HAUTECLOCQUE.

Le 26 août 1944, Philippe de HAUTECLOCQUE entre dans Paris pour libérer la capitale française de quatre années d’occupation allemande avec la 2e Division Blindée. Le char de Philippe de HAUTECLOCQUE a été baptisé « Tailly ».

Philippe LECLERC de HAUTECLOCQUE est mort tragiquement en Afrique du Nord le 28 novembre 1947 à l’âge de 45 ans.

Son frère aîné Guy, a fini ses jours au château de Belloy-Saint-Léonard. Il y est mort le 30 juin 1965.

Fernand GROSSEMY n’a pas quitté longtemps la région. Il est revenu au début des années 1930. Philippe de HAUTECLOCQUE l’a alors recruté comme régisseur de son château à Tailly.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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