UN JOUR, UN PARCOURS – Jacques VELLIET d’Amiens

Né le 4 juillet 1893, Jacques VELLIET est le fils de Charles VELLIET et d’Adolphine RAYEZ.

Charles et Adolphine sont Amiénois. 

Les parents de Charles, Augustin et Jeanne VELLIET résident dans le bas de la Rue Saint-Louis. Ceux d’Adolphine, Charles et Anna RAYEZ dans la Rue de Noyon. Augustin VELLIET est constructeur en chaudronnerie et Charles RAYEZ est négociant. Florimond COZETTE, adjoint du maire Frédéric PETIT, déclare leurs enfants unis par les liens du mariage le 8 juin 1892 à l’hôtel de ville d’Amiens. Cette union est celle de deux familles bourgeoises du centre-ville mais aussi et surtout celle de deux jeunes adultes qui s’aiment.

Maison bourgeoise Rue Saint-Louis à Amiens

Treize mois plus tard, leur premier enfant vient au monde. C’est un garçon que ses parents prénomment Jacques. Il est suivi trois ans plus tard par un autre garçon, Maurice. La famille VELLIET habite dans la Rue Saint-Dominique, rue où résident, à quelques mètres d’eux, de célèbres artistes amiénois comme les ANSART et les DUTHOIT.

Jacques et Maurice VELLIET sont destinés à entrer un jour dans l’entreprise familiale de fabrication de machines à vapeur et de chaudières. La dynastie VELLIET a débuté avec l’arrivée dans la Somme de Charles VELLIET, arrière-grand-père des deux jeunes garçons, au début du XIXe siècle. Originaire du Cantal, Charles était chaudronnier. Ses deux fils ont poursuivi et développé l’activité de construction de machines à vapeur. Leur activité locale est directement liée au développement de la mécanisation dans les usines textiles.

En 1873, Eugène COSSERAT, le manufacturier de velours amiénois, souhaitant installer une nouvelle machine à vapeur plus puissante pour son tissage de toile, fait naturellement appel à l’entreprise VELLIET. En 1889, ce sont les frères VELLIET, associés à LESCURE, qui sont choisis pour fabriquer et installer la chaudière équipant le tout nouveau Cirque Municipal voulu par l’écrivain Jules VERNE, également conseiller municipal de la ville d’Amiens. Le nom de VELLIET est connu dans de nombreuses régions au sein du monde industriel en pleine expansion à la fin du XIXe siècle.

Cirque municipal d’Amiens – croquis projet d’Emile Riquier, architecte (AD Somme)

La vie de la famille de Jacques et Maurice VELLIET est confortable.  A la maison, les employés de maison, au nombre de trois, s’occupent des tâches ménagères. Les garçons doivent surtout se consacrer à la réussite de leurs études, ce qu’ils font très bien.

Jacques entre au Collège de la Providence à Amiens en octobre 1902 et en sort, ses études terminées, fin juillet 1910. Il peut alors enfin se consacrer au métier qui sera le sien, celui d’industriel. Le grand-père, Augustin VELLIET est décédé en 1903. Ainsi, quand leur père et leur oncle Eugène passeront la main, Jacques et Maurice, les deux seuls garçons de la dynastie VELLIET, devront être prêts à prendre le relais. 

Une des nombreuses chaudières Velliet installées en France (ici, la conserverie de Kernio en Bretagne)

Mais avant de défendre la cause de l’industrie, il faut défendre le pays. La loi Barthou sur le service militaire, applicable dès la Classe 1913, ayant été votée à l’été 1913, Jacques VELLIET sait que pour lui, le service militaire va durer trois ans. Jugé apte au service armé, il est affecté au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens. De la caserne Friant à la Rue Saint-Dominique, le chemin n’est pas bien long. Jacques va pouvoir retrouver régulièrement ses parents et son frère cadet.

Le 27 novembre 1913, à l’entrée dans la caserne, il retrouve des camarades qui ont vécu leur scolarité en même temps que lui au Collège de la Providence, comme Paul MARTIN et Pierre MAILLARD.

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Les troupes du Kaiser Guillaume II pénètrent sur le territoire de la Belgique et du Grand-Duché du Luxembourg avant d’atteindre les frontières françaises.

Le 5 août à 5 heures du matin, les hommes du  72e RI arrivent sur l’esplanade Saint-Roch. La musique et l’état-major du régiment sont présents. Amis et membres des familles sont venus accompagner les jeunes hommes jusqu’au quai de la gare Saint-Roch, avant que le commandant du régiment, le colonel Toulorge, ne lance ce commandement « 72e, pour la France, en avant ! ». Après un long trajet en train, passant par Tergnier, Laon, Charleville, Mézières, Sedan et Stenay, les 3 000 hommes du régiment arrivent en gare de Dun-sur-Meuse à 22 heures.

Après plusieurs jours de cantonnement à Lissey, à proximité de la frontière, le 72e RI entre en Belgique le 22 août. Placé en arrière garde, il subit peu de pertes. Moins que le 128e RI positionné à ses côtés entre Villers-la-Loue et Virton et beaucoup moins que le 120e RI décimé à quelques kilomètres de là, sur le plateau de Bellefontaine. Jacques VELLIET connaît plusieurs camarades amiénois incorporés dans ces deux régiments constitués en grande partie de jeunes appelés de la Somme.

Pendant la Retraite de l’Armée française, le 72e RI doit livrer des combats assez meurtriers, tout particulièrement dans le secteur de Cesse, près de Stenay. Plusieurs copains de la caserne Friant sont tués. L’Amiénois Gaston DUPEND est au nombre des victimes.

Sous la chaleur accablante de cette fin août 1914, les hommes du 72e RI traversent à pied le département des Ardennes, à raison de 20 à 30 kilomètres par jour. Le 5 septembre, ils arrivent dans le secteur Nord de Vitry-le-François, dans la Marne. L’ordre parvient alors à tous les chefs des Corps d’Armée d’arrêter le recul. C’est dans le secteur de Pargny-sur-Saulx et Maurupt-le-Montois que le 72e va tenter d’arrêter les Allemands. « Défense absolue de reculer d’un pouce, tant qu’il restera un homme ! » L’ordre qui est transmis aux jeunes hommes est on ne peut plus clair. Le 72e et le 128e RI reçoivent comme mission d’assurer la défense des ponts sur la Saulx, l’Ornain et le canal de la Marne.

Sur un front de plus de 200 kilomètres, du Nord de Paris à Verdun, la résistance des Français est héroïque. A l’exception de certaines poches, les victoires françaises se succèdent. Dans le saillant de Maurupt-le-Montois, les hommes du 72e et du 128e RI sont en grande difficulté. Loin de pouvoir lancer la contre-offensive, ils résistent. Ils doivent absolument éviter qu’une trouée s’opère dans le front à leur niveau. Les jeunes hommes des deux régiments sont massacrés. Ils résistent pendant quatre longues journées… « tant qu’il restera un homme »…

Jacques VELLIET

Jacques VELLIET est tué le 8 septembre. Son copain du Collège de la Providence, Paul MARTIN meurt le même jour, non loin de lui. Les morts et les blessés se comptent par centaines. A la fin de la Bataille de la Marne, mi-septembre 1914, soit quelques semaines seulement après le début de la guerre, le 72e RI d’Amiens a perdu plus de deux tiers de ses effectifs. Sur les 3 000 jeunes hommes qui ont pris le train, le 5 août, en gare d’Amiens, moins de 1 000 sont encore en état de poursuivre les combats.

Pierre MAILLARD, l’autre camarade du collège de la Providence d’Amiens, fait partie des rescapés. Il sera tué dix mois plus tard dans la Meuse.

A Pargny-sur-Saulx et à Maurupt-le-Montois, les centaines de morts sont inhumés. Nombre d’entre eux ne seront jamais identifiés. Quand la tragique nouvelle de la disparition de leur fils parvient à Amiens, la famille VELLIET est désespérée. Jacques, ce jeune homme aimé de 21 ans dont l’avenir semblait radieux, a disparu à tout jamais.

Le 3 septembre 1917, Maurice VELLIET est mobilisé. L’angoisse des parents est à son comble, ne diminuant qu’après la signature de l’Armistice, quinze mois plus tard. Le seul fils qui leur reste, Maurice, revient vivant de la terrible épreuve.

En 1921, Maurice se marie avec Elisabeth COSSERAT, arrière-petite-fille de Pierre COSSERAT, Vosgien venu s’installer à Amiens à la fin du XVIIIe siècle pour faire de la capitale picarde la place forte mondiale du velours. Des milliers d’hommes et de femmes ont travaillé dans les usines textiles COSSERAT pendant près de deux siècles, à Amiens et à Saleux.

Pendant la Grande Guerre, Elisabeth a perdu son cousin germain, Jean COSSERAT. Pour rendre hommage à leur fils et neveu, Maurice et Pierre COSSERAT, dirigeant des usines textiles entre les deux guerres, font ériger un monument aux morts dans la cour de l’usine à Amiens. On y trouve le nom de Jean COSSERAT, mort à 20 ans, ainsi que ceux de tous les ouvriers de l’usine tués pendant la guerre.

Monument aux morts dans l’enceinte de l’ancienne usine COSSERAT, Rue Maberly à Amiens

Après le soulagement qu’a procuré le retour de leur fils Maurice, le moment est venu, chez les VELLIET, de rendre hommage au disparu. Il est important qu’un hommage exceptionnel soit rendu à leur fils. Les parents souhaitent associer à cet hommage les compagnons de Jacques qui ont connu la même tragique destinée que lui. Plutôt que dans l’enceinte de l’usine de chaudronnerie, c’est le lieu même de la mort de leur fils que les parents choisissent. Charles et Adolphine VELLIET décident de financer un imposant monument commémoratif à Maurupt-le-Montois, dans la nécropole militaire où reposent plusieurs centaines de corps, identifiés ou non, dont celui de leur fils.  

Ni le corps de Jacques VEILLIET, ni le corps de Jean COSSERAT n’ont été rapatriés à Amiens. Leurs corps n’ont d’ailleurs jamais été identifiés. Jacques repose dans la terre de Marne et Jean dans celle des Eparges, dans la Meuse. Mais dans la Somme, dans chacune des deux sépultures familiales, si leur corps est absent, leur souvenir n’a jamais été oublié. Celui de deux jeunes hommes disparus à l’âge de 21 et de 20 ans. Deux jeunes soldats qui avaient tout pour devenir un jour, à Amiens, deux grands capitaines d’industrie.    

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Les deux chapelles funéraires de la famille VELLIET au cimetière de Saint-Acheul à Amiens. Charles VELLIET (1783-1860), à l’origine de l’implantation des VELLIET à Amiens, repose dans son village natal de Saint-Cirgues de Malbert (Cantal)
Tombeau monument en hommage à Jean COSSERAT au cimetière de La Madeleine à Amiens (Epitaphe: au champ de bataille des Eparges repose le corps de Jean Cosserat, sergent au 72e RI, mort pour la France le 26 avril 1915 à l’âge de 20 ans…)

Précisions sur le nom des rues à Amiens: la Rue Saint-Louis est devenue la Rue Delpech et la Rue Saint-Dominique est aujourd’hui la Rue Emile Zola

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