UN JOUR, UN PARCOURS – Eugène GUEUDRÉ de Bernaville

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 12 novembre 1892, Eugène GUEUDRÉ est le premier enfant d’Alphonse et de Jeanne.

Alphonse est manouvrier. Jeanne est couturière. Ils ont 24 et 22 ans, viennent de se marier, et ont toute la vie devant eux !

Ce sont les deux facteurs ruraux, Henri Macron et Henri Farcy, qui font office de témoins quand Alphonse vient déclarer la naissance d’Eugène, à la mairie.

Alphonse et Jeanne habitent Rue du Puits Choquet, à Bernaville.

Après Eugène, deux garçons viennent agrandir la famille. Ils se prénomment Georges, né en 1900, et Michel, né en 1902. La différence d’âge est trop grande pour que les joies d’enfance soient partagées entre Eugène et ses frères. Heureusement, il y a les voisins. Les copains d’Eugène sont Léonce QUINEJURE et Edgard de SAINT-RIQUIER. Il est également très proche de son cousin Albert, le fils de son oncle Eugène, qui habite à La Vacquerie, hameau dépendant de Bernaville.

Commune d’un peu moins de 1 000 habitants quand naît Eugène, Bernaville est surtout connue pour ses fabriques de boutons de nacre. L’entreprise Petit-Crépin, Rue de Domart, compte de nombreux ouvriers qui habitent dans la Rue du Puits Choquet. Les pères de Léonce et d’Edgar sont ouvriers boutonniers chez Victorien Petit, dans l’entreprise qu’il dirige avec l’aide de sa fille Jeanne, épouse Crépin.

Le père d’Eugène GUEUDRÉ ne fait pas ce choix. Alphonse GUEUDRÉ devient cantonnier, comme l’est également son frère cadet prénommé Eugène. Les chemins vicinaux et la route nationale Le Havre – Lille traversant la commune demandent beaucoup d’entretien. Des carrières de calcaire sont utilisées uniquement à cet effet.

Les GUEUDRÉ quittent rarement le village. Dans la Rue du Puits Choquet, on trouve plusieurs commerces dont quelques épiceries comme celles de Jules Dufetel ou de Victorice Hermant. Il y a même un médecin, le docteur Sallé. Le bon docteur, aux origines modestes, est un médecin du peuple. Son père était menuisier et sa mère cabaretière dans la commune voisine de Ribeaucourt.

Dès qu’il quitte l’école, c’est chez le docteur Sallé qu’Eugène se fait embaucher comme domestique. Le médecin vit avec son épouse, Valentine, son fils Henry, né en 1901. Tout comme Eugène, Clémence, la vieille domestique, loge également dans la maison du docteur Sallé. Léonce QUINEJURE et Edgard de SAINT-RIQUIER travaillent, eux, comme leurs pères, comme ouvriers boutonniers.

Le jeune Eugène découvre l’univers du médecin de campagne. Sachant à peine lire et écrire, il sait bien qu’il ne pourra jamais exercer la profession de médecin, mais ce monde de progrès l’intéresse. Aider le bon docteur Sallé lui donne une certaine importance. Dans tous les cas, il ne regrette nullement de ne pas travailler à la fabrique de boutons comme ses copains.

En octobre 1912, Léonce QUINEJURE part au service militaire. Ses copains, légèrement plus jeunes, savent qu’un an plus tard ce sera leur tour. Léonce est au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens.

Début octobre 1913, Léonce est toujours au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens, alors qu’Eugène GUEUDRÉ est affecté au 120e RI de Péronne et que son cousin, Albert GUEUDRÉ, rejoint le 128e RI à Abbeville. Quant à Edgard de SAINT-RIQUIER, il est provisoirement exempté par le Conseil de Révision.

Le train ne passe pas sur le territoire du bourg. La plus proche station de la ligne de chemin de fer reliant Frévent à Gamaches est située entre Fienvillers et Candas, à 7 km de Bernaville. C’est donc par l’omnibus qui fait la liaison entre Bernaville et Candas, que les copains se rendent à la gare pour y prendre le train.

Les 3 régiments d’infanterie dans lesquels ont été affectés les jeunes Bernavillois pour le service militaire constituent un véritable échantillon de la population des jeunes hommes de 20 ans du territoire de la Somme. Même si le 72e RI est caserné à Amiens, le 120e à Péronne, et le 128e divisé entre Abbeville et Amiens,  l’affectation ne se fait pas obligatoirement vers le régiment le plus proche du domicile. Eugène GUEUDRÉ, Léonce QUINEJURE et Albert GUEUDRÉ partagent pendant plusieurs mois le quotidien de jeunes hommes de leur âge venant des « quatre coins » du département de la Somme. Malgré la rigueur de la discipline militaire et la difficulté que peuvent présenter certains aspects de l’instruction militaire, ce moment de service militaire est un bon moment de partage et de camaraderie. On se connaît tous, ou presque, et on s’appelle par le nom de sa commune ou par un « surpitchet » en picard comme on le parle tous. « Chés beudelès éde Villers » (les boueux de Villers-Bocage), « Chés codins d’Grattepanche » (les dindons) ; « Chés carimaros d’Hangard » (les sorciers) ou « Chés ahuris ed Candas »…

Quand la guerre éclate, le 3 août 1914, l’heure n’est plus à la plaisanterie pour ces jeunes hommes. Depuis plusieurs semaines, les hommes placés sous les drapeaux se préparent au pire. Le 120e RI d’Eugène GUEUDRÉ est caserné, depuis 10 mois, à Stenay, dans la Meuse, près de la frontière belge.

La guerre d’Eugène est courte. Le 22 août 1914, les pertes du 120e RI sont terribles. Sur le territoire du petit village belge de Bellefontaine, près de mille hommes sont mis hors combat. Près de 200 jeunes hommes de la Somme sont tués. Eugène GUEUDRE n’ira pas plus loin. Il avait 21 ans.

Edgard de SAINT-RIQUIER, jugé finalement apte, rejoint le 120e RI, le 9 septembre 1914, pensant y retrouver son copain. Il apprend qu’Eugène est considéré comme disparu, sans que les survivants du 22 août ne puissent lui dire s’il est mort ou prisonnier. Il faudra attendre plus de quatre ans pour avoir officiellement la confirmation de sa mort.

Albert GUEUDRÉ, le cousin d’Eugène, est mort le 15 décembre 1914 dans le Bois de la Gruerie.

Léonce QUINEJURE, est blessé grièvement, quelques jours plus tard, dans le même sinistre bois. Blessé par éclat d’obus à l’abdomen, il est évacué pour être soigné à l’arrière. Examiné par un médecin en 1942, la « longue cicatrice transversale de la région abdominale inférieure s’étendant d’une épine iliaque à l’autre » est toujours bien visible. Jusqu’à la fin de sa vie, Léonce a souffert de troubles digestifs et de constipation.

Edgard de SAINT-RIQUIER a été blessé à plusieurs reprises, en mars 1915, en mars 1916, en février et en mai 1918. Survivant, mais estropié de guerre, les traces des blessures étaient nombreuses, sur le genou gauche, sur la cuisse droite, sur le bras droit…

Après la guerre, Alphonse, le père d’Eugène GUEUDRÉ a changé de métier. Il est devenu cultivateur. Ses fils, Georges et Michel, ont travaillé longtemps avec lui dans la ferme, puis, quand il est devenu trop vieux, il a laissé la ferme à Georges. Logé chez son fils, il a alors vu grandir ses petites filles, Jeanne et Geneviève.

Un plaisir qu’Eugène GUEUDRÉ, et son cousin Albert, n’auront jamais pu avoir.

Les noms d’Eugène et d’Albert GUEUDRÉ sont inscrits sur le monument aux morts de Bernaville.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Brigitte et Francis DANEZ ont réalisé la collecte de données pour la commune de Bernaville.

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