UN JOUR, UN PARCOURS – André MANCHELIN de Friaucourt

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 7 novembre 1892, André MANCHELIN est le fils d’Adolphe MANCHELIN, notaire à Friaucourt.

Louise Maria, la grand-mère paternelle d’André est le fruit de l’union de deux grandes familles aristocratiques bien connues dans le Vimeu maritime. Son père est Adolphe de Biville de Rocquigny et sa mère Marie Octavie de Ponthieu.

Louise Maria a épousé Pierre MANCHELIN, fils d’un riche propriétaire terrien. Pierre, le grand-père est devenu notaire. Un notaire réputé dans toute la région, installé dans un petit village de 360 habitants. Son fils, Adolphe, a pris la succession. Et tout naturellement, André, aîné de la fratrie, est, dès son plus jeune âge, destiné à reprendre l’étude notariale.

Les enfants d’Adolphe et de Marie, son épouse, sont André, né en 1892, Louis, né en 1894, et Magdeleine, en 1897. Ils sont tous nés au « château », comme les habitants nomment la riche demeure du notaire.

Friaucourt est un petit village situé sur le plateau calcaire du Vimeu, sur les hauteurs de la cité maritime d’Ault, à dix kilomètres du Tréport. L’activité de la commune est partagée, comme elle l’est depuis deux siècles dans les communes du secteur, entre l’agriculture et la serrurerie. On trouve de nombreux tourneurs ou mouleurs sur cuivre travaillant dans les usines de Béthencourt ou de Tully. Il reste également quelques artisans serruriers à domicile.

Il y a, bien sûr, plusieurs fermes sur le territoire de la commune. La particularité du village, par rapport à ses voisins, est de disposer d’une grande briqueterie, celle de Jules Lecat, rue d’Allenay. Cette fabrique donne du travail à de nombreux habitants de Friaucourt.

Trois débits de boissons, dont celui de M Delettre qui est aussi charcutier, et une grande épicerie, celle de la Veuve Danel, permettent aux villageois de subvenir aux besoins alimentaires essentiels.

Le notaire, Maître MANCHELIN, est installé au centre du village, sur la place, comme l’église et la mairie.

La grand-mère, Marie Louise, loge dans une aile du château, avec son domestique, Alfred Becquet, originaire du village voisin d’Allenay.

Tout naturellement, André MANCHELIN, comme son frère cadet, Louis, est envoyé en pension pour y suivre des études supérieures. Il quitte ensuite la région pour obtenir les compétences nécessaires à l’exercice du métier de notaire. Il part à la faculté de Droit.

Il y retrouve d’autres jeunes hommes de la Somme parmi lesquels Louis CAZIER, d’Abbeville ; André SOUFFLET, de Domart-sur-la-Luce ; André FOURNIER, de Monchy-Lagache et Pierre COUSIN, de Péronne. Ils ont tous l’ambition de devenir notaire ou avocat. Ce sont tous de brillants élèves et l’avenir s’annonce radieux pour eux.

Depuis 1905, plus personne ne peut échapper au service militaire, sauf contraintes médicales. Les jeunes étudiants en droit doivent donc passer devant le Conseil de Révision.

C’est à Ault, chef-lieu de canton, qu’André MANCHELIN est jugé apte au service armé. Il rejoint, en octobre 1913, le 128e Régiment d’Infanterie d’Abbeville. Son copain, Louis CAZIER, l’y retrouve quelques jours plus tard.

André n’est nullement étonné par la situation quand l’Allemagne déclare la guerre à la France, le 3 août 1914. Il lit quotidiennement les journaux et cette issue lui semblait inévitable depuis plusieurs semaines. Le 5 août, le 128e RI quitte la Somme pour rejoindre la Meuse.

Le premier combat a lieu près de Virton, dans le Sud du Luxembourg belge, puis le 31 août, c’est la Bataille de Fontenois dans laquelle deux bataillons du 128e, dont le 3e celui d’Abbeville, sont décimés. Les copains sont toujours vivants quand débute la Bataille de la Marne, le 6 septembre. Le 128e RI est positionné dans le secteur de Maurupt-le-Montois. Les combats y sont particulièrement meurtriers. Après avoir pris le commandement d’une section dont le chef venait d’être tué, Louis CAZIER, le copain étudiant d’André, est grièvement blessé. Evacué vers la Charente-Maritime pour y être hospitalisé, il est définitivement réformé pour « lésion organique du cœur ».

Contrairement à André SOUFFLET de Domart-sur-la-Luce et  à André FOURNIER de Monchy-Lagache, qui tous deux progressent dans la hiérarchie militaire pendant le conflit, le terminant l’un et l’autre officiers, André MANCHELIN reste un homme de rang.  Avec les camarades de tranchées, il vit l’horreur du quotidien dans les tranchées boueuses de l’Argonne. En février 1915, il en est évacué pour maladie. Après une période d’hospitalisation, il revient au front. Le 128e est maintenant près de Verdun. En décembre 1915, André MANCHELIN est à nouveau évacué vers l’arrière. Le séjour de convalescence est très long, et son état de santé ne lui permet pas de retourner se battre. Rentré au dépôt le 1er mai 1916, il est finalement réformé définitivement en septembre 1916 pour « tachycardie avec crises angineuses ». Pour André MANCHELIN, la guerre est terminée.

En décembre 1916, il épouse Marguerite Crosnier, à Amiens, et l’année suivante, naît Geneviève.

Pour les 3 autres copains étudiants, la guerre ira jusqu’à son terme.

André FOURNIER, affecté au 120e RI de Péronne, lui aussi blessé gravement, a toutefois pu poursuivre la guerre. Elève aspirant, il est devenu Lieutenant dès décembre 1917.

André SOUFFLET, affecté au 72e RI d’Amiens, blessé gravement à deux reprises, est promu sous-lieutenant en avril 1918. Il finit la guerre comme élève pilote au 1er groupe d’aviation.

Quant à Pierre COUSIN, en raison de sa « faiblesse musculaire » il n’a jamais connu le front. Il a été affecté à la 20e Section des Secrétaires d’Etat-Major et de Recrutement.

Les 5 copains, dont le niveau d’instruction avait été évalué à 5 sur 5 par les Conseils de Révision, ont tous survécu à la Grande Guerre, et ont pu débuter ensuite, des brillantes carrières.

Pierre COUSIN s’est installé à Paris, puis dans le centre-ville de Grenoble. C’est dans l’Isère qu’il est mort en mars 1967.

André SOUFFLET, devenu capitaine de réserve, s’est installé à Amiens où il avait pignon sur rue. Il y est décédé en novembre 1980.

Pour le lieutenant André FOURNIER, tout s’est arrêté en octobre 1919. Lui qui avait survécu à l’horreur de la guerre est mort, chez lui, à Monchy-Lagache, en temps de paix, dans un accident.

Louis CAZIER, réformé en octobre 1914 pour lésion organique du cœur, en est mort. Il a fermé les yeux dans le Nord, en mai 1927, à l’âge de 33 ans.

André MANCHELIN est devenu, tout naturellement, notaire. Il a repris l’étude de Friaucourt, puis s’est installé à la Ville d’Eu, centre économique assez important situé dans la Vallée de la Bresle. La famille s’est agrandie avec l’arrivée de Christiane et de Colette. Dans l’entre-deux guerres, les MANCHELIN se sont parfaitement intégrés dans la société bourgeoise de la cité royale.

En 1942, leur maison située sur les hauteurs du Mont Vitôt a été réquisitionnée par les Allemands et en partie investie d’officiers. La famille MANCHELIN a alors résisté à l’occupant, sauvant même un parachutiste américain.

Après avoir survécu à la Première, André MANCHELIN a survécu également à la Seconde Guerre mondiale. Le fils du notaire de Friaucourt, petit fils d’aristocrates du Vimeu, est mort le 26 juin 1949, à l’âge de 56 ans. L’étude changea alors de nom, prenant celui de Pierre Allard, l’époux de sa fille Colette née MANCHELIN.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Friaucourt.

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