Le 24 mai 1916, cinq samariens du 350ème Régiment d’Infanterie

Issus de villages différents, mais tous de la Somme, ils se sont rencontrés au 350ème  Régiment d’Infanterie, un régiment de réserve créé en aout 1914 : Auguste MANOT, Albert MOUQUET, Albert PARENT, Gaston THOREL et Henri WARGNIER, samariens des années 1880, ils sont tous les cinq décédés dans le secteur de Verdun le 24 mai 1916, il y a 110 ans aujourd’hui.

Paul Auguste MANOT est né le 16 février 1886 à Franvillers de Benjamin MANOT un cultivateur âgé de 31 ans et d’Adèle BERTOUX avec ses 29 ans. Il s’est marié le 28 avril 1913 à Franvillers avec Jeanne Léonie ANDRIEUX, originaire du même village.

Avant Paul étaient nés six autres enfants dont deux n’ont pas vécu. Après lui, il y aura Ernest, né en 1888, qui fera toute la guerre et décédera en 1927. En 1896, un dernier enfant verra le jour, Marcel Léonce Clotaire, qui combattra avec le 128ème  R.I. et décèdera en septembre 1918 à Margival dans l’Aisne. Il est inhumé à la Nécropole Nationale du Bois Roger à Ambleny dans l’Aisne.  

Paul MANOT
Tombe de Marcel MANOT

Adèle, la mère, décède en 1896, un mois après la naissance de Marcel. Benjamin MANOT ayant des enfants en bas âge se remarie un an plus tard avec Alfredine GUYON avec qui il aura trois enfants. Ils résident toujours à Franvillers.

Paul est appelé pour effectuer son service militaire en novembre 1906. Mobilisé en août 1914, il passera dans un régiment de réserve. A 30 ans il est affecté au 350ème Régiment d’Infanterie à la 17ème Compagnie. Puis c’est la bataille de Verdun qui va durer du 21 février au 18 décembre 1916, mais le 24 mai, Paul est tué à l’ennemi  à Louvemont près de Verdun.

Le 2 aout 1916, l’avis de décès est transmis à Franvillers.

Louvemont (Image Défense)

Edmond François Albert MOUQUET nait le 20 novembre 1886 à Le Quesne, Son père Albert, journalier de 30 ans, est originaire de Le Quesne et sa mère Julienne DUTITRE, 25 ans, de Beaucamp-le-Vieux. Ils se sont unis le 28 février 1883 dans ce village. Deux petites sœurs complèteront la famille, Antoinette en 1890 et Agathine en 1896. 

Edmond se marie le 28 mars 1910 à Beaucamp-le-Vieux avec Andréa BLONDEL où ils résideront. Deux filles naitront de cette union, Denise en 1910 et Andréa en 1912.

Classe 1906 au bureau de recrutement d’Amiens, Edmond ouvrier d’usine, est mobilisé suite à la déclaration de la guerre le 2 aout. En 1916, il a 30 ans et passe dans la réserve au 350ème  R.I. dans la Compagnie Hors Rang (CHR). Il est tué le 24 mai 1916 à Verdun. L’avis de décès est transmis à Beaucamp-le-Vieux en mars 1917.

Edmond laisse une veuve et deux fillettes de six et quatre ans.

Albert Augustin PARENT est né le 8 mai 1886 à Doullens, son père se nomme Joseph Alexandre, concierge, il a 37 ans et sa mère Mélanie Adeline CRIGNY a 39 ans. Leur mariage a eu lieu à Authieule en 1869, une fille Isabelle a vu le jour cette même année. En 1895 le père, Alexandre, décède. Mélanie vivra à Doullens avec sa fille Isabelle qui est mariée et a quatre enfants. Albert lui est parti sur Lens pour travailler comme ouvrier mineur.

Le 7 octobre 1907, il effectue son service militaire au 87ème Régiment d’Infanterie jusqu’en septembre 1908. 

Albert, le 18 juillet 1908, épouse Jeanne Louise DESMARET, originaire du Pas-de-Calais.

Le 1er aout 1914, il est rappelé pour combattre et rejoint le 150ème Régiment d’Infanterie. Blessé le 7 septembre au poignet à Etrepilly (Seine-et-Marne), il passe au 350ème R.I. à la 8ème compagnie en septembre 1915.

Tombé sur le champ de bataille de Baleycourt (Meuse), devant Verdun, le 24 mai 1916, Albert est cité à l’ordre du régiment le 1er  juin 1916, huit jours après son décès, « A soutenu un combat acharné à la grenade pour la défense de la tranchée », il est décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze.

Albert est inhumé dans la Nécropole Nationale de Chattancourt (Meuse), tombe 1486.

La transcription de son décès a été faite à Paris (1er arrondissement).

Abel Gaston THOREL est né le 5 aout 1887 à Arry, canton de Rue. Son père Théodore , originaire de Vironchaux (Somme) est berger, il a 23 ans et sa mère Elise JOURNE de Crécy-en-Ponthieu, a 25 ans. Mariés en 1883, un premier fils, Oscar, est né à Machy en 1884.

En 1906, à Arry, toute la famille est présente, mais en 1911 le père, Théodore, décédé, Elise vit avec son fils ainé Oscar rue Neuve.

Gaston, parti à Monneville, près de Chaumont-en-Vexin dans l’Oise comme ouvrier agricole, effectue son service militaire dès le 6 octobre 1908. Affecté au 87ème Régiment d’Infanterie, comme Albert PARENT, puis libéré en octobre 1910, il se marie le 2 décembre 1911 à Villers-sous-Authie avec Eugénie BIZET.

Mobilisé en aout 1914, il rejoint le 150ème R.I. Comme PARENT, il est blessé à la main droite par éclat d’obus le 7 septembre à Etrepilly. En mai 1915, il est cité à l’ordre du régiment « A donné l’exemple du courage à ses camarades en tirant posément sous une pluie d’explosifs de toutes sortes sur les Allemands qui essayaient de franchir le barrage dont il avait la garde…». La Croix de guerre avec étoile de vermeil lui sera attribuée. Il passe au 350ème R.I. dans la réserve à la 20ème compagnie.

Albert est porté disparu le 24 mai devant Verdun.

Son épouse Eugénie se remariera en 1921 et vivra jusqu’en 1968.

Henri WARGNIER est né à Béthencourt-sur-Somme le 28 juillet 1883, d’Ernest et de son épouse, Florentine TRICOTET, tous deux originaires d’Ercheu. Ernest est journalier agricole, il travaillait à Bethencourt quand son premier fils, Henri, est né. Peu de temps après ils sont partis à Licourt. Ernest et son fils Henri y travaillent chez Léon Grain, un cultivateur.

En 1903 Henri passe le Conseil de révision, effectue son service militaire et en rentrant au village se marie en octobre 1906 avec Marie Hélène CASTEL. Il travaillera alors à la scierie Octave Castel. En 1911 le couple a deux filles et vit toujours à Licourt, Place communale.

Son père Ernest travaille à la distillerie de Mesnil-Saint-Nicaise.

Le 1 aout 1914, Henri part à la guerre, vers l’âge de 30 ans il est versé au 350ème  R.I., le régiment de réserve. Après différentes batailles, il se trouve vers Verdun en mai 1916 où il est tué le 24 mai. La transcription de son décès a été faite à Licourt en avril 1921.

En 1921 sa femme Hélène réside encore à Licourt avec cinq enfants nés en 1908, 1910, 1912 et 1914, un dernier fils, Josué, va naitre en janvier 1917 à Damery dans la Marne, et décèdera en avril 2011 à Albert.

Ces cinq trentenaires samariens sont tombés le même jour dans le secteur de Verdun, ils appartenaient au même Régiment.

Le 350ème Régiment d’Infanterie arrive sur Verdun dès le 14 mai 1916, la compagnie des mitrailleuses le 19. Les échanges de tir commencent le 22 mai. Le jour suivant le 5ème  Bataillon est soumis à un violent bombardement d’artillerie lourde. Une attaque de l’ennemi repoussée, les Allemands continuent leur canonnade qui détruit complètement les tranchées et ensevelit beaucoup d’hommes. Des officiers sont tués ainsi que plusieurs soldats, on dénombre plus de 35 blessés. Dans le courant de la nuit, les compagnies remettent les tranchées en  état, celle des Caurettes est occupée.

Le 24 mai 1916, vers 16h30, un très violent bombardement est suivi d’une attaque  à la grenade à l’Est de la tranchée des Caurettes. La Compagnie Chapuis dont la plupart des fusils ont été enfouis ne peut arrêter les allemands qui pénètrent dans cette tranchée et progressent vers la tranchée Balfourier. La Compagnie Piérron fait construire un barrage où se trouvait la liaison avec la compagnie Chapuis. Ces compagnies ont été fortement éprouvées, il n’est pas possible d’effectuer une contre attaque et l’ordre est donné de résister au maximum.

A 19 heures la résistance dans la tranchée Balfourier est devenue impossible, car il ne reste qu’une douzaine d’hommes. Le 361ème R.I. vient à leur secours. La tranchée des Caurettes est reprise, et les soldats passent la nuit à la remettre en état. 

Une trentaine de soldats, dont MANOT et MOUQUET, est tuée. Parmi les 90 blessés, il y a PARENT mais qui décèdera peu après. Près d’une trentaine ont disparu dont THOREL.

Tous ont leurs noms inscrits sur un Monument aux Morts :

MANOT Paul sur celui de Franvillers 

MOUQUET Albert à Beaucamp-le-Vieux ; 

PARENT Albert  à Lens sur le Monument de la Compagnie des mines ; 

THOREL Gaston à Arry et WARGNIER Henri à Licourt.  

Cinq jeunes qui ne se seraient pas connus sans cette guerre et qui sont décédés ce 24 mai 1916, il y a 110 ans.

Didier Boury – Danièle Remy

N.B. De nombreuses fiches matricules de la classe 1906 sont indisponibles.

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