UN JOUR, UN PARCOURS – Julien LÉTURGIE de Warvillers et Beaufort-en-Santerre

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 10 février 1891, Julien est le fils naturel d’Apolline LETURGIE. De père inconnu, Julien porte le nom de sa mère. Apolline vit dans la ferme de ses parents Aimé et Elisa, avec ses deux sœurs Zelmire et Marie. La petite exploitation familiale est située Rue de Lihons à Warvillers.

Warvillers est une commune située sur le plateau du Santerre près de Rosières. Le territoire du petit village de 200 habitants est absolument plat. Il est entouré de ceux des communes de Vrely, de Rouvroy-en-Santerre et de Beaufort-en-Santerre. Les derniers métiers à tisser les bas et les tricots ont quitté les maisons de Warvillers. A la fin du XIXe siècle, quand Julien vient au monde, la seule activité du village est l’agriculture. La route à grande circulation qui relie Amiens à Roye et les stations de chemin de fer sur les lignes Amiens-Tergnier et Albert-Montdidier situées à moins de quatre kilomètres du village, offrent la possibilité d’écouler facilement les produits de la ferme et de la basse-cour sur les marchés des plus grandes villes du Santerre.

Sa grand-mère meurt alors que Julien vient d’avoir 10 ans La présence du garçon devient complètement nécessaire pour assurer l’exploitation de la ferme avec l’aide de sa mère et de ses tantes. Aimé, le grand-père est devenu trop vieux pour certaines tâches. L’école n’est vraiment pas une priorité et Julien ne saura jamais vraiment bien lire et écrire. Il veut devenir fermier…

Quelques mois après le décès d’Elisa, sa grand-mère, Julien perd sa mère. Lui qui n’avait pas de père n’a plus de mère. L’enfant unique d’Appoline portera à jamais le patronyme de sa mère.

Julien travaille dans la ferme. La petite maison d’habitation est devenue bien vide. Julien vit avec son grand-père Aimé  et sa tante Pauline.

Quand Aimé disparaît quelques mois plus tard, Julien doit quitter la ferme. Contrairement à sa tante, il n’est pas majeur et un tuteur doit être désigné pour s’occuper de lui. Heureusement, Marie LETURGIE, la seconde soeur d’Apolline n’habite pas loin. Elle tient une ferme avec son mari Edouard TURCQ. Julien rejoint la famille de sa tante à Beaufort-en-Santerre. Edouard TURCQ, le mari de Marie, est officiellement le tuteur de Julien.

Pour quelque temps, le petit orphelin de Warvillers découvre le bonheur de la famille. Une famille dans laquelle il y a un père, une mère et un enfant. Ce cousin, de quatre ans son cadet, se prénomme Albert. Il y a un autre frère, Emile, beaucoup plus âgé qui a déjà quitté la maison depuis plusieurs années. Il vit aussi à Beaufort-en-Santerre. La petite ferme d’Edouard et Marie TURCQ, dans la Rue du Riez, devient en ces années d’adolescence, un havre de paix pour le jeune Julien LETURGIE. Est-ce donc la fin de ses malheurs d’enfance ?

A 20 ans, Julien est convoqué devant le Conseil de Révision de Rosières. Il est affecté au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied d’Amiens qu’il rejoint le 10 octobre 1912. A l’automne 1913, son unité quitte la Somme pour s’installer à Longuyon en Meurthe-et-Moselle. La réorganisation de l’Armée française impose l’augmentation des effectifs à proximité des frontières de l’Est. Le 8e BCP quitte Amiens. Les missions de reconnaissance menées par les Chasseurs à pied, à cheval ou à bicyclette vont prendre une importance particulière si l’ennemi approche des frontières.

Le 3 août 1914, quand la guerre est déclarée, les hommes du 8e BCP sont déjà prêts depuis longtemps. S’ils échappent aux terribles combats meurtriers du 22 août le long de la frontière avec la Belgique, ils subissent de nombreuses pertes les 23 et 24 août en assurant la protection des fantassins qui quittent la Belgique et battent en retraite vers la Marne.

C’est dans la Marne, le 10 septembre, que Julien est blessé pour la première fois. Un éclat d’obus lui abime l’épaule droite. Evacué vers l’arrière et soigné pendant plusieurs semaines, il revient au front. En juin 1915, en Argonne, il est blessé au genou gauche par balle puis en octobre 1915, dans la Marne, c’est son pied gauche qui est atteint par un éclat d’obus. Mais après une nouvelle période d’hospitalisation, il revient combattre. A la fin du printemps 1916, le 8e BCP se déplace dans la Somme. Une grande offensive doit y être menée par les Alliés pour repousser le front allemand au-delà des limites du département.

C’est à quelques kilomètres de chez lui que Julien ferme les yeux définitivement. Le 20 septembre 1916, il est tué à l’ennemi à Rancourt. Il avait 25 ans.

Son cousin Albert TURCQ, trop jeune pour être mobilisé le 2 août 1914 au début de la guerre, a été appelé le 16 décembre 1914. Comme son cousin, il a été affecté dans un bataillon de Chasseurs à Pied, le 9e BCP. Après plusieurs mois d’instruction, Albert est parti au front le 7 mai 1915 dans le secteur des Eparges, près de la Tranchée de Calonne. C’est là qu’il est mort quelques jours plus tard. Albert TURCQ a été considéré comme disparu le 24 juin. Il avait 19 ans.

L’autre cousin, Emile TURCQ, a survécu à la guerre. Gravement blessé en mars 1916 à Douaumont, il n’est jamais retourné au front. Il a perdu l’usage de son pied droit. En 1919, Emile TURCQ est revenu à Beaufort-en-Santerre, village détruit presque en totalité en 1918 comme tous ceux du secteur. Il a participé à la reconstruction et s’est installé, avec son épouse Marie BREUCQ, dans la rue de Riez où habitaient ses parents avant la guerre. Emile et Marie ont tenu un débit de boissons qui faisait également office d’épicerie.

Les parents d’Emile ne sont jamais revenus vivre à Beaufort. La guerre leur avait volé leur fils cadet et leur neveu. Un neveu orphelin qu’ils considéraient comme un fils.

Albert TURCQ ayant été considéré comme « disparu », il a fallu attendre le 3 mars 1921 qu’un jugement de tribunal de Montdidier vienne officialiser sa mort et le reconnaisse « Mort pour la France ». Son frère aîné n’avait plus aucun espoir depuis longtemps de le revoir vivant mais l’administration ne le considérait pas encore comme mort. En 1919 et en 1920, Albert TURCQ était encore inscrit sur les listes électorales de son village de Beaufort-en-Santerre.

Les noms de Julien LETURGIE et de son cousin Albert TURCQ sont inscrits sur le monument aux morts de Beaufort-en-Santerre.

Croquis du projet de monument aux morts de Beaufort-en-Santerre (Archives départementales de la Somme)

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Alors que dans tous les documents d’archives consultés, le nom de Julien est orthographié LÉTURGIE sans qu’il puisse y avoir confusion, c’est LESTURGIES qui a été gravé sur le monument de sa commune d’adoption…

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour les communes de Warvillers et Beaufort-en-Santerre.

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Léon DORIGNY de ROSIERES-EN-SANTERRE

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