UN JOUR, UN PARCOURS – Rémy FACQUER, de Brailly-Cornehotte

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 4 juin 1891, Rémy FACQUER est vraiment un enfant de la commune de Brailly-Cornehotte.

Maman est originaire de Brailly, et Papa, de Cornehotte. Maman s’appelle Rose FLET. Elle est couturière. Papa s’appelle Alfred FACQUER. Il est maçon.

Les parents se marient le 16 novembre 1889 à la mairie de Brailly-Cornehotte. Les deux villages ont fusionné en une seule commune à la Révolution Française, mais les rivalités demeurent. Ce n’est pas la guerre, mais chacun reste attaché à l’identité de son village.

La commune est située au nord de Saint-Riquier, dans la Somme, à l’Est de la forêt de Crécy-en-Ponthieu. En rassemblant les 2 anciens villages, la commune ne compte guère plus de 400 habitants.

Rémy est fils unique. Quand son père meurt, Rémy, à peine sorti de l’enfance, se retrouve seul avec sa mère. Il habite au bout de la Rue de Crécy, à Brailly. La jeune veuve doit trouver un travail. Elle qui était couturière avant le mariage, a alors une idée très novatrice, surtout dans un petit village rural du Ponthieu comme l’est Brailly-Cornehotte. Elle va devenir « marchande de nouveautés ». La maison est aménagée pour y recevoir et présenter les nouveautés. Etoffes, tissus, mercerie, rubans, lingerie, on trouvera un jour de tout chez la Veuve Facquer. Rémy aide sa mère à aménager la petite boutique.  Peu à peu, la boutique, située au bord de la route, devient connue de ceux qui empruntent régulièrement la voie importante allant de Doullens à Crécy-en-Ponthieu. Les voyageurs s’arrêtent au café du Carrefour, chez les Macqueron, et dans la boutique de nouveautés.

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Devant le succès rencontré, les ambitions augmentent. Rose souhaite ne pas se limiter à cette clientèle, d’autant que les femmes sont peu nombreuses à voyager. Si les femmes ne peuvent venir à la boutique, les nouveautés iront à elles. Rémy devient alors « colporteur en nouveautés » dans toutes les communes aux alentours.

« Connu comme le loup blanc », chaque passage de Rémy est attendu, dans les plus petits des hameaux et des villages du canton, surtout par les femmes, ravies de découvrir des « nouveautés » venues de Paris ou de plus loin encore.

Malheureusement, Rémy ne peut poursuivre son activité. Il doit partir au service militaire. Le Conseil de Révision de Crécy-en-Ponthieu l’a déclaré apte et l’a affecté au 128e Régiment d’Infanterie. Il débute le 8 octobre 1912. C’est à Crécy qu’il prend le train. Sur le quai, il retrouve René Facquer, certainement un cousin éloigné de Crécy, qui lui aussi est affecté au 128e RI. Le train les emmène à 20 km, à Abbeville. En 1h20, ils sont arrivés et doivent ensuite se diriger vers la caserne Courbet !

Alors qu’il a presque terminé la première des deux années du service militaire, c’est la mauvaise surprise. La loi Barthou, adopté par le parlement, a décidé l’allongement de la durée à trois ans. Il n’est pas près de reprendre son activité de colporteur. La tension internationale est vive et les officiers commencent, dès le début de l’été 1914, à préparer leurs hommes à l’éventualité d’un conflit. Le 3 août la guerre est officiellement déclarée entre la France et l’Allemagne. Le 5 août, le 128e RI quitte Abbeville pour se diriger vers le Nord-Est de la France, dans le département frontalier de la Meuse. Frontalier du Grand-Duché du Luxembourg, de la Belgique et de l’Alsace-Moselle. Ce sont les frontières qu’il va falloir protéger, car la tentative d’invasion par les Allemands ne fait aucun doute.

Les premiers combats se déroulent, le 22 août, près de Virton. Le 128e RI est en soutien des régiments qui lancent les offensives pour reprendre aux Allemands les hauteurs de Virton, au lieu-dit Bellevue. Rémy voit tomber beaucoup de copains avec lesquels il partageait la vie de caserne depuis près de deux ans, à Abbeville.

L’hécatombe du 22 août pour l’Armée française, sur tous les champs de bataille, de Charleroi à l’Alsace, oblige l’Etat-major a décidé d’une retraite rapide.

Comme tous les régiments d’infanterie, le 128e descend dans la Marne qu’il rejoint le 5 septembre. Alors débute la deuxième grande bataille. C’est à l’occasion de cette Bataille de la Marne, à Montrupt, que Rémy est blessé au genou gauche, par balle. René Facquer, le « petit cousin » de Crécy est fait prisonnier pendant cette bataille, et emmené en captivité en Allemagne. Il ne sera rapatrié qu’en décembre 1918.

Transporté pour être évacué dans un hôpital de l’arrière, Rémy ne sait pas encore que la guerre est aussi finie pour lui. Après les soins, la convalescence est longue. Les résultats ne sont pas ceux que le jeune homme pouvait attendre. Sa jambe est définitivement raide. Il ne peut plus plier le genou. Dès le 27 janvier 1915, la Commission de réforme de Bordeaux lui accorde une pension de 65%. Il est définitivement réformé au printemps 1916 et se retire en mai à Brailly-Cornehotte. L’Armée lui a versé la somme de 639 francs.

Sa mère, Rose, habite toujours la petite maison Rue de Crécy, mais elle n’est plus « marchande de nouveautés ».  De toute façon, Rémy, avec sa jambe raide, ne pourra plus être un colporteur aussi efficace.

En 1920, il épouse une jeune veuve, originaire de Domvast, village voisin. Julia a déjà trois enfants : Jean, Jeanny et Gilberte.

Rémy et Julia n’auront pas d’enfant ensemble, mais la famille recomposée est heureuse. A présent la guerre est terminée. Plusieurs familles polonaises sont revenues pour travailler dans le village, comme avant 1914. Rémy devient fermier. Rémy est handicapé. Et son beau-fils, Jean, est encore bien jeune, pour lui apporter l’aide nécessaire. Deux ouvriers agricoles, un Belge et un Breton, sont embauchés à la ferme.  Le Belge, Jean Breut, y restera jusqu’à sa mort.

Puis la famille s’agrandit dans la ferme de la Grand Rue. Des petits enfants naissent. Et les cris, les pleurs, les chants, les rires viennent emplir la maison de Rémy et Julia. Même quand leurs parents quittent la ferme pour s’installer loin de Brailly-Cornehotte, plusieurs petits-enfants restent vivre avec leurs grands-parents. On semble si heureux dans cette ferme.

Rose, la veuve du pauvre maçon de Cornehotte, la mère de Rémy, ne viendra jamais habiter dans la ferme de son fils. Rose finira sa vie dans sa petite maison, au bout de la Rue de Crécy. Cette maison qui fut, au début du XXe siècle, celle d’une « marchande de nouveautés ».

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Brailly-Cornehotte.

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Un commentaire sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Rémy FACQUER, de Brailly-Cornehotte »

  1. L’imprimerie PAILLARD d’Abbeville avait déjà trouvé écho dans Bellefontaine, 22 août 1914  » Un samedi sanglant – Ein schrecklicher Tag  » page 245 ( René Bastin).
    Marcel CAROUGE :  » Il y a des blessés partout dans les rues, dans les maisons et dans les granges. A côté de l’église, j’ai vu sur un brancard le camarade Leroy de la classe 1911, un imprimeur de la maison Paillard d’Abbeville, mourir d’une balle en plein coeur. Je l’accompagne quelques mètres, ma main dans la sienne… c’étai un beau sous-officier. »

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