UN JOUR, UN PARCOURS – Louis LION de Domart-en-Ponthieu

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 13 mai 1893, Louis LION a vu le jour Rue du Vieux Marché à Domart-en-Ponthieu.

L’accouchement a été pratiqué par le docteur BILLET, médecin de santé à Berteaucourt-les-Dames, dans la maison de Louise FAY, la jeune maman. Louis porte le nom de sa mère.

Avec l’arrivée d’Amédée LION dans la vie de Louise, et leur mariage en 1898, Louis est alors légitimé et prend le patronyme de LION.

Amédée et Louise se connaissent depuis toujours. Leurs deux familles occupent deux maisons mitoyennes de la Rue du Vieux Marché. Gustave LION, le père d’Amédée est ouvrier et Louis FAY, le père de Louise est charpentier.  Qu’Amédée épouse Louise n’est donc une surprise pour personne.

 Amédée devient ouvrier panetier, en alternant, selon les saisons, avec le métier d’ouvrier agricole et Louise est cuisinière. Louis sera le seul enfant du foyer.

Adolescent, Louis LION est embauché à Saint-Ouen, village voisin, dans l’usine de textile Saint-Frères. Visage long, nez rectiligne et lèvres épaisses, cheveux châtains et yeux gris bleu, Louis est un beau grand jeune homme de 20 ans quand vient l’heure du service militaire. Grand il l’est plus que la moyenne puisqu’il mesure 1,86m. Convoqué à la mairie de Domart, chef-lieu de canton, pour passer devant le Conseil de Révision, Louis LION est jugé apte au service armé.

Le 27 novembre 1913, il rejoint le 72e Régiment d’Infanterie à Amiens.

Le 5 août 1914, la guerre venant d’être déclarée, le 72e RI quitte la Picardie pour l’Est de la France. Le régiment participe à la Bataille des Frontières, le 22 août, près de Virton puis à plusieurs escarmouches pendant la retraite de l’Armée française, avant de connaître d’importantes pertes début septembre pendant la Bataille de la Marne. A la mi-septembre, les troupes allemandes ayant reculé, c’est en Argonne que le front s’installe pour les régiments de la 2e Région Militaire d’Amiens.

Le 16 septembre, à l’occasion d’un des tout premiers affrontements, Louis LION est blessé. Il est évacué vers l’arrière pour y être soigné.

Des éclats d’obus ont touché la région zygomatique droite. Le grand Louis ne sera plus jamais un beau jeune homme. Après de longs mois d’hôpital passés dans le Sud-Ouest de la France, Louis LION est examiné le 26 février 1916 par la commission spéciale de Bordeaux. Les médecins militaires prennent la décision d’une réforme temporaire pour « constriction très prononcée des mâchoires consécutive aux désordres internes ». Renvoyé chez ses parents, à Domart-en-Ponthieu, il doit régulièrement se soumettre aux examens pour évaluer si une possibilité de reprendre le combat est possible. La commission d’Abbeville confirme la réforme provisoire en notant une « perte de substance osseuse, projectile encore inclus au niveau du maxillaire inférieur droit, atrésie de l’orifice buccal ». Pour la première fois, les militaires reconnaissent alors une autre conséquence de cette blessure, « la défiguration ».

Défiguré, Louis LION est pour toujours, une « gueule cassée » de la Grande Guerre.

Chirurgie faciale pendant la Grande Guerre – Hippolyte MORESTIN à l’hôpital Rothschild de Paris (coll. Gwenola Balmelle)

Tout devient compliqué alors pour Louis. Le seul fait de s’alimenter devient un véritable combat permanent. Le taux de la pension accordée par l’Etat en raison des blessures de guerre ne fait qu’augmenter pour lui. Chaque compte-rendu médical met en évidence des séquelles supplémentaires. L’écartement des arcades dentaires est d’un demi-centimètre à peine. La cicatrice va de la joue droite jusqu’aux cervicales. Chaque mouvement brusque provoque des vertiges, des éblouissements, des céphalées. Les médecins notent aussi des troubles circulatoires encéphaliques consécutifs à une ligature de la carotide interne droite. Et tous indiquent à chaque fois que l’éclat d’obus est toujours présent, à l’angle du maxillaire inférieur droit.

Amédée et Louise ont retrouvé leur fils. Qu’importe s’il est handicapé, il est vivant. D’autres jeunes de l’âge de Louis LION ont disparu. Louis POIRE, Olivier GAMBIER ou Emile THUILLIER qui ont partagé les mêmes bancs d’école que Louis, eux ne reviendront jamais.

Le 28 juin 1919, à la demande du maréchal FOCH, une délégation de cinq Français « Gueules cassées » est présente à Versailles. En entrant dans la Galerie des Glaces où doit être signé le Traité de paix, le chef de la délégation française se dirige immédiatement vers les cinq mutilés de la face pour les saluer. « Vous avez souffert mais voici votre récompense » leur dit-il en montrant le traité où seront apposées bientôt les signatures des dirigeants venus du monde entier.

A Domart-en-Ponthieu, Louis LION tente de reprendre le cours d’une vie « normale ». En 1920, il LION épouse Jeanne PATTE, originaire de la commune comme lui. Le couple s’installe dans la Rue de l’Arbret, près de la Place du village. En 1922, naît Marie-Louise.

Si la loi impose que des emplois soient réservés aux mutilés de guerre, notamment dans l’Administration publique, de nombreux patrons embauchent ceux que la guerre a défigurés pour toujours.

Louis devient chauffeur d’automobile chez le fabricant de meubles Poiré, puis à l’usine Saint-Frères. Tout en portant sur le visage l’horreur de la guerre, Louis parvient à mener une vie presque comme tout le monde. Ou presque.

En 1927, l’association nationale des « Gueules cassées » lance une « souscription de la reconnaissance en faveur des gueules cassées » avec tombola, et renouvelle l’opération avec succès pendant plusieurs années. En 1933, l’Etat crée la loterie nationale au profit des anciens combattants. Les billets émis et vendus par les services de l’Etat n’étant pas accessibles au plus grand nombre, l’association des « Gueules cassées » décide alors d’acheter les billets à l’Etat et de les fractionner en dixièmes pour les revendre à un prix abordable. Le succès est immense et perdure pendant plusieurs décennies.

Aucun billet gagnant ne peut rendre à Louis LION le beau sourire qui était le sien avant la guerre. Ce sourire d’avant-guerre qui illuminait son visage et apportait du bonheur dans le coeur de Louise, sa maman. Mais pour une « Gueule cassée », il y a souvent d’autres combats à mener en plus que celui d’affronter le regard des autres. Celui de la survie. Ne pouvant s’alimenter correctement, la santé de Louis se dégrade en permanence.

Sa pension d’invalidité est portée à 70% en 1942 et à 100% en janvier 1966 ! La commission de réforme de Rouen rend ce verdict final, examinant un homme profondément malade et handicapé depuis qu’un éclat d’obus lui a arraché une partie du visage. Depuis plus de 50 ans !

« Séquelles de blessure par éclats d’obus… L’ouverture de la bouche est inférieure à 1/2 cm… Prothèse supérieure totale extrêmement difficile à poser et à enlever…. Séquelles d’arthrite traumatique temporo-malaire droite…. Séquelles de ligature de la carotide externe droite… Vertiges, céphalées, insomnies provoquées par ces troubles…. Défiguration… Troubles digestifs, diarrhée constante…. ».

Louis LION est mort à Domart-en-Ponthieu le 5 septembre 1972 à l’âge de 79 ans. Le 16 septembre 1914, en Argonne, quand la mort a laissé une trace indélébile sur son visage, Louis LION avait 23 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Ghislain FRANÇOIS a réalisé la collecte de données pour la commune de Domart-en-Ponthieu.

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