UN JOUR, UN PARCOURS – Marcel BOUTTÉ, de Tully

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 25 juillet 1893, Marcel BOUTTÉ a un menton à fossette.

C’est à Tully, Rue de Martaigneville, qu’il voit le jour. Son père se prénomme Adrien et sa mère, Louise. Adrien est originaire de la commune et Louise, du bourg voisin d’Escarbotin. A la fin du XIXe siècle, Tully est une commune fortement industrialisée. Moins de 10% de la population vit de l’agriculture. Le petit village qui comptait 350 habitants en 1860 a vu sa population doubler en moins de 40 ans. Les usines Buiret, Cacqueret ou Hurtel emploient presque la moitié des habitants de la commune. Chez Hurtel, on y fabrique des vis et des boulons, chez Buiret, de la cuivrerie, et chez Cacqueret, on y travaille la fonte malléable. Des cités ouvrières ont été construites pour loger ce personnel venu du Vimeu, mais aussi de la proche Seine-Inférieure.

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Adrien ne travaille pas à l’usine. Adrien est menuisier à Tully, comme l’était avant lui, Irénée, son père.

Marcel est le fils aîné, et s’apprêtant à prendre la succession de son père, il devient apprenti menuisier dès qu’il peut arrêter les cours de Monsieur Degroiselle, l’instituteur public.

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Un frère, Charles, de quatre ans son cadet, vient compléter la famille en 1897, suivi de Thérèse, deux ans plus tard.

A la maison, vit aussi Joseph Grandsire, le frère de Louise, et il n’est pas rare qu’un ouvrier menuisier profite aussi du gîte et du couvert, comme c’est le cas de Vulphy Deletalle, venu de Noyelles-sur-Mer.

Charles, le frère de Marcel, n’est pas tenté par la menuiserie. Il devient apprenti bourrelier chez Barbe, à Bourseville. Mais Charles est de santé fragile, et une opération chirurgicale, laissant une large cicatrice sur le sein gauche, est nécessaire pour lui permettre de continuer à vivre.

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A 20 ans, Marcel est convoqué à Ault, le chef-lieu de canton, pour passer devant le Conseil de Révision. Pour y aller, il profite du tramway. Tully, Béthencourt-Allenay, Friaucourt-Saint-Saint-Quentin-Lamotte, Ault, il ne faut pas être pressé pour effectuer les 5 km qui séparent les deux gares, et, même si ce tramway  n’est pas vraiment une réussite économique pour les investisseurs, il permet d’aller jusqu’à la mer, ou presque, sans user ses chaussures. La gare du tramway, à Ault, est situé dans le haut du bourg. Personne n’a tenté de le faire poursuivre sa course vers le bas de la cité, car la dénivellation est tellement forte, qu’il ne pourrait jamais remonter la pente.

Habile de ses mains, Marcel est affecté dans l’Artillerie. Il est incorporé le 28 novembre 1913, au 42e Régiment d’Artillerie de la Fère, dans l’Aisne. Mais en cette fin d’année 1913, le régiment n’est plus dans l’Aisne. Il a été déplacé à Stenay, dans la Meuse, où il caserne dans le centre de la ville. Fin mars, quand suite à une réorganisation, le 17e Régiment d’Artillerie installe une partie de ses effectifs à Abbeville, Marcel a la chance d’y être affecté, lui permettant de revenir près des siens. Marcel suit l’entraînement pour devenir un bon canonnier.

Quand la guerre est déclarée, en août 1914, le 17e RA rejoint le Nord-Est de la France, près des frontières de la Belgique et de l’Alsace-Moselle. Il vient en soutien aux régiments d’infanterie qui mènent la grande offensive du 22 août en Belgique, puis, pendant la Bataille de la Marne, début septembre. Les batteries du 17e RA se déplacent ensuite, au gré des combats et des stratégies de l’état-major. Argonne, Verdun et les Hauts de Meuse, la Somme, l’Aisne…

Le 3 mai 1917, à Sapigneul-Brimont, dans la Marne, Marcel BOUTTÉ est tué. Il a 23 ans.

Son frère Charles, ajourné pour faiblesse en 1915, est finalement jugé apte à combattre l’année suivante. Il est affecté, comme l’a été son frère, dans l’Artillerie. Incorporé en septembre 1916 pour y être formé, il part au combat avec le 235e Régiment d’Artillerie, à partir du 1er avril 1917.

Charles survit à la guerre. Démobilisé en septembre 1919, il revient dans le Vimeu. D’abord à Tully, chez ses parents, on le retrouve ensuite à Allenay puis à Friville-Escarbotin. Il a définitivement choisi sa voie. Il est cultivateur.

Adrien BOUTTÉ a continué d’exercer son métier de menuisier, à Tully, jusqu’au bout de sa vie. Marcel n’était plus là pour prendre la suite. Adrien est décédé en février 1950, à l’âge de 81 ans. 32 ans depuis la terrible nouvelle, et toujours la même douleur ! Adrien ne passera jamais le relais à Marcel. Son fils.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Alain CAYEUX a réalisé la collecte de données pour la commune de Tully.

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