UN JOUR, UN PARCOURS – Georges DEVILLE de Friville-Escarbotin

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 24 novembre 1893, Georges DEVILLE est le fils d’Acheul et de Marie.

Acheul est originaire de Belloy, section de la commune de Friville-Escarbotin.  Il est serrurier à domicile Impasse du Château, comme l’était son père. Marie, son épouse, est née dans la région de Valenciennes, dans le département du Nord. L’industrialisation récente du Vimeu a attiré de nombreux étrangers à la région cherchant un emploi souvent qualifié.

Belloy est un hameau d’environ 300 habitants, dans une commune qui en compte près de 3 000 à la fin du XIXe siècle. Mais loin d’être un simple quartier d’une grande ville, Belloy est un village, avec son église et son école publique. Il y a également un château. D’abord la propriété de Pierre Alexandre BISSON de la ROCQUE, issu d’une célèbre famille aristocrate de Bourseville, commune voisine, le château appartient depuis quelques années aux LAPERCHE. René LAPERCHE est le châtelain de Belloy. Il y vit avec son épouse, ses fils, ainsi que plusieurs domestiques, valet de chambre, cuisinière, femme de chambre, femme de basse-cour, cocher et jardinier.

Chez les DEVILLE, Georges le deuxième garçon, est le dernier enfant de la fratrie. Son frère aîné, Emile, est né en 1883. La famille aurait dû être plus grande, mais hélas les deux sœurs mises au monde entre les deux garçons n’ont pas survécu. La mortalité infantile est importante pour les familles modestes. Les deux sœurs sont décédées avant l’âge de 4 ans.

Dans l’Impasse du Château, on trouve essentiellement des ouvriers d’usine. Emile DEVILLE se fait embaucher chez Imbert comme mouleur et quelques années plus tard, Georges, à douze ans, devient  fondeur.

Paul LAPERCHE, le fils aîné du châtelain, né en 1880, a effectué son service militaire au 128e Régiment d’Infanterie d’Abbeville avant de poursuivre ses études de droit à Paris.

Il revient ensuite s’installer à Belloy  et y épouse Cécile FLEURY. Avec la Révolution industrielle, les grands patrons de la serrurerie sont devenus les nouveaux nobles dans ce secteur du Vimeu. Et tout comme dans l’aristocratie, les mariages peuvent augmenter les patrimoines. L’usine DEPOILLY est devenue DEPOILLY-FLEURY suite à l’association de Joseph DEPOILLY avec son gendre. Puis quelques années plus tard, un accord entre Paul FLEURY le nouveau patron et son gendre Paul LAPERCHE, aboutit à la création d’une entité encore plus grande nommée FLEURY, DEPOILLY et LAPERCHE. Les ateliers occupent une surface d’environ 2 000 m2 et ceux de cuivrerie plus de 800 m2. L’entreprise est agréée comme fournisseur par la Marine Nationale, le Ministère de la Guerre, les Postes et Télégraphe ainsi que par les compagnies de Chemin de Fer.

Emile DEVILLE, né en 1883 et exempté pour faiblesse générale n’a pas effectué son service militaire. Georges son frère cadet est, quant à lui, jugé apte au service armé  par le Conseil de Révision réuni à la mairie de Friville. Affecté au 120e Régiment d’Infanterie, il quitte sa commune le 27 novembre 1913 pour rejoindre Stenay dans la Meuse. Ils sont près d’une vingtaine à prendre le train en gare de Friville-Escarbotin en direction d’Abbeville. Parmi eux, Bernard DELAHAYE et Laurent DERAMBURE sont incorporés comme Georges DEVILLE, au 120e RI. Bernard est clerc de notaire et Laurent est tourneur en cuivre.

Le 120e RI, caserné à proximité de la frontière avec la Belgique, est engagé dans la grande offensive du 22 août 1914. Les combats ont lieu à Bellefontaine, dans le Sud du Luxembourg belge. C’est l’épreuve du feu pour Georges et ses copains. C’est surtout l’épreuve de l’horreur. Près de 1 000 hommes du régiment sont hors combat dont plusieurs copains du Vimeu. Arcole CARON, de Béthencourt-sur-Mer, a été tué. Il exerçait le même métier que Georges avec lequel il avait souvent discuté à la caserne. Il avait été noyauteur chez Imbert puis mouleur chez Haudiquer.

Après la retraite de l’Armée française jusqu’à la Marne, les combats se poursuivent, avant de s’enterrer, pour le 120e RI, en forêt d’Argonne. 

A Mesnil-les-Hurlus, dans la Marne, début mars 1915, Georges DEVILLE est évacué pour blessure à la fesse droite par éclat d’obus. La blessure est grave et l’hospitalisation à l’arrière est longue. Au début de l’année 1916, la Commission de Réforme l’estime inapte à l’infanterie pour « atrophie de la cuisse et boiterie ». Il rejoint le 42e Régiment d’Artillerie en mai 1916. Il y devient deuxième canonnier. En septembre 1917, il est intoxiqué par gaz au Ravin du Prêtre, dans la Meuse, et retrouve son régiment deux mois plus tard pour devenir maître-pointeur.

Georges DEVILLE, démobilisé le 16 août 1919, revient à Belloy où il retrouve ses parents dans leur petite maison de l’Impasse du Château.

Beaucoup de copains de Friville, d’Escarbotin et de Belloy ne sont pas revenus. Laurent DERAMBURE et Bernard DELAHAYE étaient partis au service militaire le même jour que Georges, avec lequel ils avaient rejoint leur régiment à Stenay. Pour eux deux, la guerre a pris fin le 13 avril 1915 à Maizeray, dans la Meuse. Bernard DELAHAYE, blessé à la cuisse droite par shrapnel, n’a jamais retrouvé l’usage de sa jambe droite. Le même jour, Laurent DERAMBURE a été tué.

Dans la maison de l’Impasse du château, la famille est au complet. Bernard DEVILLE a survécu à la guerre, comme son frère. Maintenu exempté pour combattre, ses compétences ont été utilisées comme mécanicien dans l’aviation, puis il a été détaché près de chez lui, dans une usine réquisitionnée pour y fabriquer de l’armement.

La guerre étant finie, les deux frères ont repris leur activité d’ouvrier d’usine, se faisant embaucher ensemble chez Chuchu-Decayeux.

Au château de Belloy, les fils aussi sont revenus vivants. Bernard LAPERCHE, le dernier de la fratrie, a fait une « belle guerre ». Affecté à la mobilisation générale au 128e Régiment d’Infanterie, il est passé en octobre 1914 au 28e Dragons pour y devenir sous-officier, terminant la guerre comme sous-lieutenant.

Paul LAPERCHE, le fils aîné, mobilisé comme son frère, le 1er août 1914, a été classé dans le service auxiliaire pour « insuffisance de la paroi abdominale pour mauvaise cicatrice après opération d’appendicite et entérite chronique ». Passé à la 20e Section de Secrétaires d’Etat-major et du recrutement fin décembre 1915, il est ensuite nommé interprète stagiaire et affecté, à la fin de l’année 1917, au Grand Quartier Général. Cette nomination effectuée grâce à ses relations, mais aussi en raison de sa parfaite connaissance de la langue allemande, lui a valu de prendre une place tout à fait particulière dans l’Histoire de France. Pendant ses études supérieures, Paul LAPERCHE, après avoir obtenu le Premier prix au Concours général de Latin, Grec et Allemand, avait poursuivi ses études d’Allemand à l’université de Göttingen.

Paul LAPERCHE, à droite

Paul LAPERCHE, nommé par le maréchal FOCH interprète unique pour la signature de l’Armistice, a été un acteur privilégié de ce moment historique mettant fin, par la capitulation allemande, aux combats en Europe de l’Ouest.

Le 5e en partant de la gauche est Paul LAPERCHE

Le 11 novembre 1918 à 5h du matin, à Rethondes, quand les signatures ont été apposées en bas du texte d’Armistice, seuls dix hommes étaient présents dans le wagon. Cinq membres pour la délégation allemande, quatre pour celle des Alliés dirigée par le Maréchal FOCH. Le dixième homme était le seul interprète désigné pour faire le lien entre les deux délégations. Il s’appelait Paul LAPERCHE.

Revenu vivre au château de Belloy, Paul LAPERCHE a repris la direction de son usine, devenant une référence internationale pour les clés et les serrures de sûreté. Il est décédé accidentellement le 12 décembre 1946.

Georges DEVILLE, son voisin de l’Impasse du Château, a poursuivi son activité d’ouvrier aux établissements Chuchu-Decayeux. Il est mort le 18 décembre 1968 à Belloy, section de la commune de Friville-Escarbotin.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Alain CAYEUX a réalisé la collecte de données pour la commune de Friville-Escarbotin.

Pour découvrir, au plus près des acteurs de ce moment historique, les conditions de la signature de l’Armistice, nous vous conseillons de lire :

« Le journal inédit de l’Armistice 14-18 par l’interprète du Maréchal Foch » Edition Demucher – 2018.

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