UN JOUR, UN PARCOURS – Raymond PONCET, d’Amiens

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 24 juillet 1891, Raymond PONCET a vu le jour dans le quartier des employés de chemin de fer, à Amiens.

Le père de Raymond se prénomme Jean. Il est originaire d’Amiens. Employé très jeune à la Compagnie des Chemins de fer du Nord, il a épousé Thérèse, une fille de Oisemont, et est venu s’installer, tout naturellement, dans le quartier où logent les employés du chemin de fer et des tramways. Ils résident Rue Rabouille, appelée également Rue des Moines, une voie située entre l’Avenue de Londres et la Rue Saint-Acheul, dans le Sud-Est d’Amiens.

La construction de ce quartier, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, est directement liée à l’arrivée du train à Amiens, en 1846. Le quartier Saint-Acheul est situé entre les voies de chemin de fer qui desservent la gare, et la Chaussée du Périgord, la principale route pour se rendre vers l’Est du pays. Le matin, une véritable marée humaine se déverse, quittant le quartier et longeant les voies jusqu’aux locaux de prise de service. Les façades des maisons à l’architecture britannique le font appeler quartier « anglais », mais en réalité, quand né Raymond, il s’agit bien d’un quartier de cheminots.

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Jean est employé de chemin de fer. Thérèse est ménagère. Puis la famille s’agrandissant, la mère arrête d’aller travailler chez les autres. Elle a suffisamment de travail à la maison. Raymond est l’aîné de la fratrie, suivi par Denise, Raoul, Germaine, Blanche, les jumeaux Paul et Gaston, et Georges. Cinq garçons et trois filles : une jolie famille !

L’enfance est heureuse pour Raymond et ses frères et sœurs. La vie est dure et le salaire de Jean ne permet pas de vivre avec aisance, mais le quartier est un vrai lieu de vie. Beaucoup de jeunes couples sont venus s’installer ici et, dans les rues, les enfants trouvent très facilement des copains de leur âge.

Raymond fréquente l’école et l’église Saint-Acheul. Le bedeau, Arthur Ducrocq, est un voisin de la famille. Il a un fils, Georges, légèrement plus jeune que Raymond.

Mais Raymond PONCET est le fils aîné d’une grande fratrie, presque soutien de famille. Dès l’âge de douze ans, il cherche donc du travail et est employé comme garçon de magasin dans le quartier.

Puis, pendant que sa sœur Denise travaille dans une bijouterie, Raymond, comme l’a fait son père, « rentre au Chemin de fer ».

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Pour le service militaire, Raymond est affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne. D’Amiens à Longueau vers Albert, pour prendre le train de Lille jusqu’à Albert, puis d’Albert à Péronne, par la ligne économique via Fricourt. Raymond n’a aucun problème pour préparer le voyage dans sa tête. Il arrive à la caserne Foy de Péronne le 8 octobre 1912.

Les compétences acquises pendant la formation au Chemin de fer lui permettent d’évoluer rapidement dans la hiérarchie. Caporal le 18 avril 1913, il devient sergent le 10 octobre 1913. Il reçoit sa promotion en arrivant à Stenay, dans la caserne Chanzy. Le 120e RI a quitté Péronne pour le département de la Meuse. La guerre contre l’Allemagne semble imminente et les frontières doivent être protégées.

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Quand il s’engage dans la plaine du Radan, à Bellefontaine, en Belgique, le 22 août, à la tête de ses hommes, Raymond n’a aucune idée de ce qui l’attend. Les commandants des bataillons leur ont assuré que l’ennemi était à plus de vingt kilomètres de la frontière, et qu’il faudrait franchir la rivière Semois, à Tintigny, avant de le rencontrer.

Les fantassins au pantalon rouge sont fatigués par une longue marche la veille pour rejoindre la frontière, suivie d’une nuit orageuse bien peu réparatrice dans les granges de Meix-devant-Virton. Leurs habits sont encore humides de cette pluie d’orage. Les quatre kilomètres effectués pour monter vers le plateau de Bellefontaine, à l’aube, dans un épais brouillard, sac de 30kg sur le dos, ont fini de les épuiser. Il faut traverser au plus vite cette plaine, en laissant sur la gauche le village de Bellefontaine, et rejoindre la Semois.

Aucun d’entre eux n’ira jusqu’à la rivière. Les mitrailleuses allemandes avaient été positionnées en lisière des bois, et les jeunes Français s’écroulent, les uns après les autres, sans même, pour beaucoup, avoir le temps d’utiliser leur arme.

C’est Bellefontaine qui sera le terminus pour Raymond PONCET. Le train de sa vie n’ira pas plus loin.

Après la guerre, à Amiens, dans le quartier Saint-Acheul, la vie continue. La Rue Rabouille est devenue la Rue Diderot. Les PONCET habitent toujours dans la même maison.

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Jean, le père de famille, est toujours employé à la Compagnie des Chemins de fer du Nord. Paul et Gaston, les jumeaux, y ont rejoint leur père.  Germaine et Blanche se sont mariées. Elles vivent à la maison avec leurs maris. Léandre, le mari de Blanche, est peintre en bâtiment, et André, le mari de Germaine, est employé au Chemin de fer.

Denise et Raoul ont quitté la maison. Et Raymond ne reviendra jamais…

En 1920, Blanche et Léandre ont eu un premier enfant. C’est un fils. Ils l’ont appelé, tout naturellement… Raymond.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune d’ Amiens.

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