UN MEMORIAL INDIVIDUEL POUR HONORER AUSSI LES AUTRES

LE 128e RI DE LA SOMME, EN FORET D’ARGONNE

Au détour d’un chemin broussailleux, en forêt de Servon-Melzicourt, en Argonne, quelle n’est pas la surprise de découvrir un monument commémorant un combat mené en ces lieux par des jeunes hommes du 128e Régiment d’Infanterie de la Somme, en novembre 1914.

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Ce monument, aujourd’hui envahi par les ronces, a été érigé par la famille GRUNDELER, pour rendre hommage au jeune Jean Marie Eugène Etienne GRUNDELER, tué ici, au combat, le 7 novembre 1914.

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Le père de Jean est chef de bureau à la Compagnie de l’Est du Chemin de fer, en charge du contentieux. Il est également avocat au Barreau de Paris et président de l’Amicale des anciens élèves du lycée Henri IV.

Jean s’apprête à suivre un parcours professionnel au moins aussi prestigieux que ceux de son père et son grand-père, ce dernier ayant assumé des responsabilités importantes dans la gestion des premières lignes du Chemin de fer de l’Est, dans la seconde partie du XIXe siècle. Jean est élève de Centrale au Lycée Condorcet de Paris quand la guerre est déclarée.

Il est mobilisé le 11 août 1914 et rejoint le 128e Régiment d’Infanterie dans l’Est de la France. Ce régiment constitué, avant le début de la guerre, de jeunes hommes effectuant leur service militaire à Amiens et à Abbeville, dans la Somme, doit rapidement être renforcé de nouvelles recrues. Quand, après quelques semaines d’instruction, Jean GRUNDELER rejoint le front d’Argonne, en octobre 1914, près de 1 000 hommes du 128e RI ont déjà été tués, et au moins autant blessés ou emmenés en captivité en Allemagne. Rappelons qu’un régiment comporte, environ, 3 000 hommes…

Au-delà de l’hommage rendu à Jean par ses parents, ce monument individuel constitue un hommage collectif aux hommes qui étaient à ses côtés, ceux de la 5e Compagnie, et qui ont également été tués en novembre 1914, lors des combats de la Côte 176, à l’Ouest du Bois de la Gruerie. D’autres noms ont été gravés. Il y a des sous-officiers : le sergent Xavier BLANCHARD, employé de préfecture à Beauvais ; le sergent Marcel CARPENTIER, cultivateur à Drucat (Somme) ; le caporal Eugène PETIT, couvreur à Saint-Riquier (Somme) ; l’adjudant Charles BRESSON de Seine-Saint-Denis ; l’adjudant Pierre FREVILLE, employé de commerce, originaire d’Abbeville. Le lieutenant Jules CAUET, né à Flixecourt (Somme) est également cité. Enfin, trois soldats de 2e Classe sont honorés. Trois hommes devant certainement faire partie des copains qui étaient ceux de Jean GRUNDELER, des copains de tranchées. Des copains de galère au cœur du réseau de tranchées du Bois de la Gruerie. On peut lire les noms de Frédéric BARATTE, de Paris, et de Léon MINAUX, de Neuvilly, dans le Nord. Il n’est pas possible de savoir aujourd’hui, avec certitude, à qui appartient le troisième nom, celui de « LEMAIRE », inscrit sur le mémorial. En effet, pendant la période d’octobre et novembre 1914, dans les combats du Bois de la Gruerie, pas moins de cinq hommes du 128e RI portant le patronyme de LEMAIRE ont été tués !

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Entre la mi-août et la fin novembre 1914, pas moins de 1 300 hommes du 128e RI sont morts. Après le baptême du feu près de Virton, en Belgique, le 22 août, le régiment a été durement éprouvé par les combats de Fontenois (Ardennes) et Maurupt (Bataille de la Marne). Quand la guerre s’est enterrée, le 128e RI a été positionné à l’Ouest du Bois de la Gruerie.

Entre le 7 et le 15 novembre 1914, près de 150 hommes du 128e RI ont été tués à proximité de la Côté 176, en forêt de Servon-Melzicourt. Leur disparition a été constatée sans pouvoir définir, avec précision, la date de leur mort. Sur leur registre figure une mention « Tué à l’ennemi du 7 au 15 novembre 1914 au Bois de la Gruerie » qui en dit long sur les conditions dans lesquelles les hommes ont affronté la mort.

Pour Jean GRUNDELER, le doute a été levé. Il est mort au tout début du combat. Il a été tué le 7 novembre. Jean était observateur pour le commandant du Bataillon. Perché en haut d’un arbre, il a aperçu l’ennemi lançant l’offensive vers l’endroit où était positionnée sa compagnie. Revenu en courant prévenir les siens, il a pris la place du sous-officier qui venait d’être touché, en lançant un « En avant » aux hommes de la section pour s’élancer à l’attaque des Allemands. Ce sont les derniers mots qu’il a prononcés.

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JEAN GRUNDELER (source geneanet.org – Philippe Grundeler)

 

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