UN JOUR, UN PARCOURS – Albert NIBART

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 19 mai 1892, Albert NIBART est originaire de Rubempré.  Sa famille habitait Rue de La Haut, au centre du village. La maison était située à proximité de l’école, tout nouvellement construite en 1888. Rubempré est une petite commune située à mi-chemin entre Amiens et Pas en Artois.

Firmin, le père d’Albert est maçon, comme l’avait été le grand-père, Rémy, et l’arrière-grand-père, Nicolas. Albert est donc destiné, tout naturellement, à être maçon lui aussi.

En cette fin du XIXe siècle, la grossesse reste toujours particulièrement dangereuse, aussi bien pour l’enfant que pour la mère. Albert n’aura pas de petit frère. Il décède à la naissance. Seule une petite fille, Léonardine, viendra compléter la famille. Hélas, la jeune maman, perdant la vie quelques années plus tard, le père doit élever seul ses deux enfants. Albert a 14 ans et Léonardine en a 8.

Ayant déménagé, ils habitent Rue des Quignots, qu’on appelle aussi Rue de Puchevillers.

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Même si, à l’état-civil, il porte les prénoms de Firmin Albert Victor, c’est Albert qui, en toute logique, est utilisé pour la vie courante.  Après avoir rempli les obligations scolaires, le jeune trouve un emploi très rapidement. Pas besoin d’aller chercher bien loin. Albert devient maçon. Sur la commune, une briqueterie fournit la matière  première pour construire la plupart des habitations.

De nombreux métiers sont présents dans le village. On y trouve des débitants de boissons, des épiciers, des marchands de volailles, mais aussi des cordonniers, une modiste, un maréchal-ferrant. C’est pourtant bien l’activité agricole qui domine. Il y a plus de 120 exploitations agricoles, même si beaucoup sont de taille très modeste. La culture du lin fournit du travail à  un nombre important de « domestiques agricoles » et de journaliers, ainsi qu’à des tisseurs à domicile. Albert effectue des petits travaux de maçonnerie pour le docteur Ducrocq, le médecin du village qui se déplace en voiture conduite par un cocher. Le notaire, Monsieur Lefebvre, fait également appel à lui. Il aime aller à l’étude pour y retrouve Eugène LENOT, un copain du village qu’il connaît depuis toujours. Ils ont le même âge. Eugène est clerc de notaire.

Albert passe le conseil de révision à Villers-Bocage, puis, ayant été jugé apte, doit partir faire son service militaire à Beauvais. Par chance, Eugène, son copain, est également affecté au même régiment. Ils sont incorporés, tous les deux, le 9 octobre 1913, au 51e Régiment d’Infanterie. Les deux amis deviennent inséparables.

Peu de temps après la déclaration de guerre, les régiments de l’Armée d’active sont déplacés vers l’Est de la France. Albert et Eugène, qui n’étaient jamais allés aussi loin, découvrent le département de la Meuse. Mais ils n’ont pas le temps de visiter. C’est de l’autre côté de la frontière belge qu’il va falloir aller se battre.

Le 22 août, le 51e RI, légèrement en retrait des combats de Bellefontaine et de Virton, est en action entre Villers-la-Loue et Meix-devant-Virton. Il subira des pertes limitées. Assez toutefois pour faire perdre la vie à un copain, Richard Lognon, imprimeur à Amiens, qui, comme Albert et Eugène, n’a que 22 ans.

D’autres copains vont tomber dans les semaines qui suivent, à la Bataille de la Marne ou en Argonne. Albert n’a d’autre ambition que de sauver sa peau. Eugène, le clerc de notaire, prouve rapidement à sa hiérarchie qu’il a les compétences pour devenir sous-officier. Il obtient rapidement le grade de caporal, puis de sergent fourrier.

Malade pour embarras gastrique, Eugène, le clerc de notaire, est évacué du front le 3 décembre. Soigné tout d’abord dans un hôpital auxiliaire, son état justifie un transfert jusqu’à l’hôpital de Menton. Il y est soigné jusqu’au 10 février 1915, et affecté au dépôt à Montpellier pendant plus d’un mois. Quand il revient enfin au front, fin avril, il ne retourne pas au 51e RI.

Même si la décision ne lui appartient pas, quitter ce régiment n’a plus d’importance. Albert n’est plus là. Alors qu’il venait d’être évacué vers l’hôpital, son copain Albert a subi de violentes attaques ennemies au Nord de Vienne-le-Château,  à la Côte 176. L’ennemi progressant,  Albert a été blessé. Ne pouvant être sauvé par les Français, il a été ramené à l’arrière par les Allemands. Ils l’ont transporté à Chatel-Chéhéry, petit village, aux confins des Ardennes, de la Marne et de la Meuse, aux mains de l’occupant. L’église a été transformée en hôpital temporaire. C’est dans ce village ardennais qu’Albert succombe le 14 décembre  1914 des suites de ses blessures. Il est inhumé sur place.

A son retour de Montpellier, Eugène est muté au 128e RI. Embarras gastrique, fièvre, courbature fébrile, congestion pulmonaire, chancre… les maladies se succèdent. La plus terrible d’entre elles sera assurément  la rougeole. Hospitalisé pendant trois mois à l’hôpital de Morlaix, cette maladie, souvent mortelle à l’époque, va le contraindre à une longue période de convalescence.

De retour au printemps 1916, il est muté au 116e RI. Combattant dans la Meuse, dans le secteur de Verdun, il est fait prisonnier le 18 avril 1916 à Bras. Emmené en Allemagne, il n’est rapatrié qu’au 1er janvier 1919. La guerre est finie depuis près de deux mois.

Quand il revient à Rubempré, à l’été 1919, la vie n’est plus la même. Cette guerre où il a passé plus de temps dans les hôpitaux ou dans les prisons allemandes ne lui convient pas vraiment. La vie est là, mais l’injustice de la mort des autres gars du village, de la mort de son copain Albert le met hors de lui.

Et peu à peu le temps passe. Sans rien effacer, il permet au bonheur de trouver une place. Eugène s’est marié en septembre 1919 avec Marguerite. Et un fils unique, Gérard, est arrivé en 1920. Eugène, l’ex sergent fourrier du 51e RI a fait carrière dans la gendarmerie. Il est mort, à Rubempré, le 24 octobre 1951.

Albert était le seul garçon chez les NIBART. Avec sa disparition en 1914, et la mort, en 1940, de son père,  le patronyme NIBART a définitivement disparu de la commune de Rubempré. A part une inscription sur le monument aux morts, il ne reste donc rien d’Albert ?

Léonardine, la seule sœur d’Albert (qu’on appelait également Sophie), s’est mariée avec un maçon de Rubempré. Contrairement à Albert, ce jeune homme avait survécu à la guerre. Prisonnier dès le début du mois de septembre 1914, il avait passé plus de quatre années en captivité et était revenu d’Allemagne après la fin de la guerre. Sophie n’a donné naissance qu’à un seul enfant. Morte quelques jours après l’accouchement, elle a toutefois pris le soin de choisir le prénom de son fils. Il ne pouvait d’ailleurs y avoir la moindre hésitation. Ce garçon, seul neveu du jeune homme tué le 14 décembre 1914 dans les Ardennes, serait, par son état-civil, un passeur de mémoire. Né en 1926, il porte le prénom d’ALBERT, comme, avant lui, le portait cet oncle qu’il ne connaîtra jamais. Un jeune homme dont la vie s’est arrêtée à 22 ans, bien loin de son village natal.

L.J et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Lionel JOLY a réalisé la collecte de données pour la commune de  Rubempré.

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