UN JOUR, UN PARCOURS – Robert MARQUANT de Saleux

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 11 juillet 1893, Robert MARQUANT est le fils d’Alphonse et Hortense.

Alphonse et Hortense se sont rencontrés à Saleux. Alphonse, originaire de la commune, est employé du Chemin de fer et Hortense, est venue à Saleux pour y trouver du travail. Elle est dévideuse. Hortense a passé sa jeunesse à Montières, faubourg Nord-Ouest d’Amiens.

Robert est leur premier enfant. Il sera leur seul fils. Charlotte naît en 1895 et Claire en 1902.

Saleux est une commune de près de 1 500 habitants qui est située à la périphérie Sud-Ouest d’Amiens. Les industries sont nombreuses sur son territoire. Les principales fabriques sont celles de Cauvin-Yvose pour le tissage du lin et du phormium, la filature de lin des Cosserat, la filature et retorderie de laine et coton des frères Poiret et de leur neveu. Il y a également une fabrique d’engrais et une blanchisserie moderne. Les industries emploient au moins 1 200 ouvriers. Autant dire que le travail ne manque pas à Saleux.

Les terres cultivables sont essentiellement utilisées par les fermiers pour y produire des céréales, mais une grande partie des terres avoisinant le village est occupée par des jardins d’ouvriers. Les légumes récoltés et les quelques poules et lapins qu’ils arrivent à élever, fournissent un complément de revenu bien appréciable. Le salaire des ouvriers n’est pas bien élevé.

Saleux dispose d’une gare située sur la grande ligne de Chemin de fer reliant Rouen à Amiens et sur la ligne économique de Beauvais à Amiens. Ces voies permettent aux fabriques saleusiennes d’acheminer facilement les matières premières et d’expédier leurs productions aux quatre coins du territoire national.

Robert, qui a suivi les cours d’instruction publique dispensés par Monsieur VAQUET, sort de l’école en sachant parfaitement lire et écrire. Il se fait embaucher dans la Ferblanterie et  Zinguerie de Monsieur Valencourt. Cette entreprise, dont le magasin est situé sur la Place de Saleux, est bien connue dans toute la région. Au départ apprenti, Robert MARQUANT devient en quelques années un ferblantier-zingueur très compétent.

En 1913, les membres du Conseil de Révision de Boves, où Robert a été convoqué,  lui propose une incorporation dans la Marine. Les compétences d’un ferblantier-zingueur peuvent être très utiles dans un navire en pleine mer. Même en temps de guerre, un mécanicien peut y être aussi précieux qu’un soldat. Mais il ne s’agit pas de partir à la guerre. Robert va s’éloigner de l’eau tranquille de la rivière Selle pour celles beaucoup plus agitées de la mer. Il doit rejoindre le 1er Dépôt des Equipages de la Flotte à Cherbourg, dans la Manche.

Il prend le train le 27 novembre 1913 en gare de Saleux. Ils sont sept autres, comme lui, à prendre le train pour partir au service militaire. Mais seul Robert MARQUANT part en direction de Rouen. Il y prendra une correspondance pour Cherbourg. Louis HULIN et Emile SEGARD doivent rejoindre le 51e RI à Beauvais. Les cinq autres jeunes hommes partent vers Amiens. Les huit jeunes Saleusiens quittent leur famille pour trois années. C’est maintenant la durée du service national. Mais ils savent qu’à leur retour, pour tous ces ouvriers spécialisés, il ne sera pas difficile de retrouver un emploi dans leur bonne ville de Saleux.

Dès la déclaration de guerre, la Marine est également mobilisée. La guerre se déroulera sur terre, mais aussi sur la mer. Contrairement aux mobilisés du début août qui rejoignent l’Est de la France, les marins savent qu’ils vont devoir aller défendre leur pays bien loin des frontières territoriales. Robert MARQUANT est embarqué sur le croiseur Léon Gambetta. Ce navire de guerre quitte le port de Cherbourg pour rejoindre les eaux de l’Adriatique. Basé à Malte, le croiseur participe au blocus de la Marine austro-hongroise.

Dans la nuit du 26 au 27 avril 1915, peu après minuit, alors qu’il doit protéger les cargos chargés de ravitailler le Monténégro, territoire protégé par les Alliés, le « Léon Gambetta » est torpillé par deux fois par le sous-marin autrichien U-5 à l’entrée du canal d’Otrante en mer Adriatique. L’attaque est réalisée à quatorze miles nautiques du cap Santa-Maria-di-Leuca. Les antennes TSF tombent à cause des explosions empêchant l’envoi de messages de détresse.

Pour secourir les naufragés, un seul canot peut être mis à l’eau en plus de la vedette de l’Amiral. Cette dernière sombre rapidement avec 150 hommes à bord. Le canot de sauvetage est prévu pour 58 hommes. Ils sont 108 à son bord.

Le canot atteint la plage de Santa-Maria au petit matin. Les rescapés donnent alors l’alerte. Quand les torpilleurs de la Marine française arrivent sur le lieu du drame, ils ne peuvent repêcher que 29 survivants épuisés. 821 hommes sont morts.

Robert MARQUANT est au nombre des victimes. Il avait 21 ans.

Alphonse a perdu son seul fils et Monsieur Valencourt son meilleur ferblantier.

Alors âgé de 46 ans, Alphonse a été mobilisé le 1er août 1914. Il rejoint le 12e Régiment territorial d’Infanterie et n’est renvoyé dans ses foyers que le 18 février 1915. Après la guerre, il est embauché dans la filature Cosserat, à Saleux. Après avoir perdu son épouse, il a reconstruit une nouvelle famille.

51 jeunes hommes de Saleux ont perdu la vie à cause de la guerre, et parmi les rescapés de retour dans la commune, nombreux sont estropiés ou malades.

Sur le monument aux morts de Saleux sont inscrits les noms de Robert MARQUANT et d’Emile SEGARD, parti le même jour que lui au service militaire.

On y trouve également le nom de Jean-Charles COSSERAT, « excellent sous-officier, modèle de bravoure et d’énergie, tombé glorieusement frappé d’une balle à la poitrine le 26 avril 1915 ».

Saleux perd le même jour deux de ses enfants: le fils du patron de la filature Cosserat et le talentueux ferblantier de chez Valencourt. Jean-Charles avait 20 ans et Robert avait 21 ans. Deux jeunes hommes de Saleux disparus tout aussi « glorieusement » l’un que l’autre.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Saleux.

Retrouvez d’autres « Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18 »   Articles « UN JOUR, UN PARCOURS » déjà parus sur notre site

Publié par

2 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Robert MARQUANT de Saleux »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s