ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Octave HENIN du Tréport

Né le 24 janvier 1894, Octave HENIN est le fils d’André HENIN et d’Octavie COBERT.

André et Octavie se sont mariés en avril 1892 à Campneuseville, dans le canton de Blangy-sur-Bresle, d’où est originaire Octavie. Le village de « l’Entre Bray et Picardie » est situé en Seine-Inférieure, à deux kilomètres au sud-ouest de Sénarpont.

La vie n’a pas épargné les jeunes mariés. En effet, à 35 ans, André était veuf de sa première épouse et à 29 ans, Octavie était toujours célibataire. Elle vivait toujours dans la ferme de ses parents, Rue du Moulin à Campneuseville. Une nouvelle vie s’ouvre alors pour les deux jeunes gens, dont l’union s’annonce sous les meilleurs auspices.

Si les parents d’Octavie sont cultivateurs, ce n’est pas la voie de l’agriculture que souhaitent suivre André et Octavie. Ils tiennent un petit commerce à Pierrecourt, au sud-est de Blangy-sur-Bresle, village où naît Octave, leur premier enfant. Ils déménagent après la naissance du bébé pour revenir s’installer dans le village voisin de Campneuseville et y tenir un débit de boissons. Le deuxième enfant y voit le jour le 18 mars 1895. Il se prénomme André, comme son père.

En 1899, naît Alice, première et seule fille de la fratrie. Quelques mois après la naissance d’Alice, la famille HENIN quitte Campneuseville pour la cité portuaire du Tréport. Passer d’un village de 700 âmes à une ville qui compte 5 000 habitants l’hiver et plus du double à la belle saison n’est pas compliqué pour André. En effet, André est originaire du Tréport, comme son père qui était marin. C’est alors une joie pour lui de retrouver l’univers du port et de ses marins. Le débit de boissons des HENIN, dans la Rue de Dieppe connaît une activité importante. Octavie, malgré les trois enfants à élever, participe activement à la vie du commerce. La campagne lui manque certainement mais, ici, elle construit une belle vie remplie d’avenir avec son homme et ses petits. Les enfants qui ont 7, 6 et 2 ans s’adaptent très facilement. D’autant que dans une grande ville comme l’est le Tréport, l’école et la vie paroissiale favorisent la rencontre de copains de leur âge.

Si Octave, comme son frère André, est un très bon élève, il n’a pas encore su se décider pour choisir un métier. A 18 ans, il s’engage dans l’Armée. Il prend le train en gare du Tréport-Mers pour se rendre à Abbeville, dans la Somme. Il y signe un contrat d’engagement pour 3 ans le 22 février 1912. Il est incorporé au 19e Régiment de Chasseurs à cheval. Après trois années sous les drapeaux, il saura peut-être alors ce qu’il veut faire de sa vie ?

Son frère André lui n’a aucun doute. Il veut devenir instituteur. Il quitte le Tréport et poursuit ses études à l’Ecole Normale de Rouen. La petite Alice reste seule avec ses parents dans la maison de la Rue de Dieppe.

La situation internationale est tendue. Les conflits dans les Balkans et les redécoupages territoriaux qui ont suivi n’ont rien résolu. Une troisième guerre des Balkans est inévitable et, par le jeu des alliances, la France et l’Allemagne risquent, une fois de plus, de se retrouver face à face.

En juin 1914, ce n’est pourtant pas la peur de la guerre qui fait pleurer la famille HENIN du Tréport. Alors qu’il se trouvait à Paris, Rue Ambroise Paré, André HENIN, le père décède. Il avait 57 ans.

Seul le retour d’Octave à la maison familiale pourrait permettre de continuer l’exploitation du débit de boissons qui fait aussi office d’épicerie. Mais après la déclaration de guerre, le 3 août 1914, tous les projets tombent rapidement à l’eau. Le 19e Régiment de Chasseurs d’Abbeville est envoyé près de la frontière avec la Belgique, au Nord du département de la Meuse. Il y mène les premières missions de reconnaissance d’un côté et de l’autre de la frontière.

André, trop jeune pour être mobilisé au début de la guerre, est appelé le 18 décembre 1914. Il est affecté au 51e Régiment d’Infanterie, unité qui était casernée à Beauvais dans l’Oise, avant la guerre. 

Après plusieurs semaines d’instruction, il est envoyé au front dans la Marne puis dans la Meuse.

Les régiments des deux frères HENIN combattent souvent dans les mêmes lieux. Au printemps 1917, Octave est envoyé en renfort, en section spéciale, à la 9e Compagnie du 87e Régiment d’Infanterie. 

Le 51e RI et le 87e RI forment la 6e Brigade de la 3e Division d’Infanterie d’Amiens. Ils combattent donc ensemble pour reprendre aux Allemands la Côte 304 et le bois d’Avocourt, au Nord-Ouest de Verdun. L’offensive est lancée le 17 juillet 1917 au matin. C’est la date qui figurera sur l’acte de décès d’André HENIN, le cadet des deux frères.

André HENIN

Octave HENIN, le frère aîné, touché également pendant les combats de la Côte 304, meurt de ses blessures six jours plus tard, à l’ambulance de Bethelainville.

En six jours seulement, à quelques centaines de mètres de distance l’un de l’autre, les deux derniers hommes de la famille HENIN du Tréport ont disparu.

Alice, orpheline de père, vient de perdre ses deux frères. Victime, elle aussi, de la Grande Guerre, la rescapée de la fratrie doit maintenant tenter de construire sa vie. Ne serait-ce que pour rendre hommage à ses frères qui ne vieilliront jamais.

Alice HENIN épouse Yvonnet PARMENT en 1923. Yvonnet est lui aussi un rescapé. Originaire de Gamaches, dans la Somme, il était minotier avant la guerre. Mobilisé en novembre 1914 dans l’Artillerie, il est évacué à plusieurs reprises pour blessures ou maladies. Blessé au genou par éclats d’obus, il en garde des séquelles toute sa vie. Mais il a survécu à la guerre et a pu fonder une famille avec Alice. Yvonnet et Alice se sont installés en Région parisienne puis sont revenus dans la Vallée de la Bresle.

Yvonnet PARMENT est mort le 1er septembre 1936 à l’âge de 44 ans à Gamaches, ajoutant une page supplémentaire dans le livre de douleurs qu’était la vie d’Alice.

Les corps des deux frères HENIN, Octave et André, reposent pour toujours, côte à côte, dans le tombeau familial, au cœur du cimetière communal du Tréport, à quelques dizaines de mètres du monument aux morts de la commune.

Ils ont 23 et 22 ans pour toujours.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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