UN JOUR, UN PARCOURS – Emile DUVAUCHELLE de Lucheux

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 3 novembre 1891, Emile DUVAUCHELLE a vu le jour à Amiens.

Sa mère s’appelle Fidéline DUVAUCHELLE. Le père restera pour toujours « inconnu ».

Fidéline est née à Outrebois, au Nord-Ouest de Doullens, dans la Somme. Son père est charpentier. Quant à Ambroisine, sa mère, la profession de mère de famille occupe entièrement son temps. Dès qu’un enfant vient de naître, le suivant n’est pas loin d’être conçu… Fidéline est la grande sœur. La deuxième maman. Et quand sa mère meurt, Fidéline, à peine âgée de 20 ans, doit s’occuper des sept plus jeunes qui vivent encore à la maison.

La grande famille déménage à Berteaucourt-les-Dames.

Ce n’est pas dans cette commune qu’Emile voit le jour. Fidéline est partie accoucher à Amiens, à l’Hôtel-Dieu. Elle ne pourra élever cet enfant. A 37 ans, Fidéline est déjà épuisée par la vie. C’est le Docteur Lenoël, le célèbre médecin qui a pris une part importante dans la lutte contre les épidémies de choléra, qui procède à l’accouchement. Le bon docteur a été nommé médecin des pauvres à Amiens. Seuls les médecins fortement expérimentés peuvent prétendre à ce titre. La mission principale est de diagnostiquer les raisons de la mort, très difficile exercice que seuls les médecins expérimentés peuvent réussir. Et bien sûr, le médecin remplit également de nombreuses missions dont celle de soigner les indigents et les plus pauvres des malades. C’est lui, Jules Lenoël, qui déclare, à la mairie d’Amiens, la naissance d’Emile. Son patronyme sera celui de sa mère, DUVAUCHELLE.

Emile ne vivra ni à Outrebois, ni à Berteaucourt-les-Dames. Emile se retrouve placé à l’Assistance publique de la Somme.

A douze ans, Emile DUVAUCHELLE est envoyé dans une famille de Lucheux, pas très loin d’Outrebois, village natal de sa mère. Il n’est pas certain que l’institution ait adopté un critère de ce type pour placer l’enfant. Lucheux est loin d’Amiens. On y respire l’air pur, et, à la campagne, les pupilles ne sont pas soumis aux tentations de l’oisiveté, « mère de tous les vices ». Les jeunes orphelins sont là pour travailler. Lucheux est un joli petit village, encore fortement marqué par son passé médiéval.

Emile est placé dans la famille de Léon et Ernestine NEPVEU. Le jeune couple vit Rue Curie, à Lucheux. Quand Emile entre dans cette famille, il n’y trouve aucun enfant de son âge. Léon et Ernestine viennent tout juste d’avoir leurs deux premiers enfants, deux filles, prénommées Marie et Christiane.

Léon est garçon meunier chez Salengros Bénoni, le farinier de la rue de l’église. Emile y travaille quelquefois. Il est également journalier agricole et se fait embaucher par les fermiers du village.

Le 1er octobre 1913, Emile quitte Lucheux pour aller au service militaire. Il est affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne. Dans les premiers jours de la guerre, le jeune orphelin connaît l’horreur à Bellefontaine. Son bataillon, le 3e, est totalement décimé. Il y perd de nombreux officiers, et même son commandant. Des dizaines de jeunes hommes avec qui il a partagé les bons moments du service militaire n’iront pas plus loin. C’est dans ce secteur du Sud du Luxembourg belge que leurs corps vont reposer pour toujours.

Emile connaît ensuite d’autres champs de bataille tout aussi destructeurs. La Marne, début septembre 1914, puis l’Argonne, à l’automne, et en 1915, c’est l’enfer des tranchées près de Verdun.

A l’été 1916, le retour dans la Somme apporte de la joie et de l’espoir au jeune homme. Va-t-il pouvoir retourner près de ceux qui l’ont hébergé comme un fils ? Pourra- t-il revenir à Lucheux, au moins le temps d’une permission ? Mais la Bataille de la Somme l’entraîne dans le Santerre, loin de son village. Le 120e RI mène un combat difficile près de Berny-en-Santerre. Emile est d’abord considéré comme disparu par l’état-major, avant de s’apercevoir que, blessé au dos, il a été emmené comme prisonnier par les Allemands. Evacué vers l’hôpital militaire de Munster, il est ensuite transféré en Allemagne au camp de Darmstadt. C’est seulement le 13 janvier 1919 qu’il est rapatrié.

Démobilisé, et embauché comme employé de la Compagnie des Chemins de fer en tant que manœuvre, puis chauffeur, il s’installe à Amiens. C’est dans la capitale régionale, et non pas dans son village d’adoption de Lucheux, sous le célèbre Arbre des Epousailles, qu’il demande la main de Pauline. Il l’épouse en septembre 1919.

Il peut alors fonder une famille. Une vraie famille, réunissant des enfants avec leur père et leur mère.

Léon NEPVEU, le jeune père « adoptif » de Lucheux, a été mobilisé début août 1914. Affecté au 128e RI, il est arrivé le 4 août à Abbeville, pour prendre le train, presque aussitôt, vers l’Est de la France. Le 128e a subi d’importantes pertes au début de la guerre, à Fontenois, le 31 août, à Maurupt-le-Montois, début septembre, et dans le Bois de la Gruerie, pendant tout l’automne 1914. Léon a survécu. Tout comme il a survécu aux champs de bataille de la Meuse, en 1915.

En avril 1916, âgé de 39 ans, il a été affecté aux mines de houille de Noeux. A la démobilisation, Léon est resté dans le Pas-de-Calais. La famille s’est installée à Divion. Il y avait trois filles à la maison, maintenant, après la naissance de Yolande. Et les trois filles avaient la chance d’avoir, pour les aimer, un père et une mère.

Emile DUVAUCHELLE a passé toute sa vie à Amiens, ville où il était né, dans les mains d’un Médecin des Pauvres. Il a vécu avec Pauline, puis, après son décès, avec Léone Degrémont qu’il a épousé en 1950.

Emile n’a pas vécu une « vie de château », mais une belle et simple vie, remplie de l’amour de sa femme et de ses enfants.

C’est à Amiens, cité où il a pu construire ce bonheur d’adulte, qu’Emile DUVAUCHELLE a fermé les yeux pour la dernière fois.  Il s’est éteint le 20 mai 1969, à l’âge de 77 ans.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Lucheux.

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Un commentaire sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Emile DUVAUCHELLE de Lucheux »

  1. Bonjour
    très belle biographie.
    Nous les Duvauchelle allons voir à quel degré il nous est apparenté
    Merci encore à vous pour faire revivre ces femmes et es hommes

    J'aime

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