UN JOUR, UN PARCOURS – Auguste VUE de Beauchamps

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 30 octobre 1892, Auguste VUE a une sœur jumelle, prénommée Augusta.

Augusta est née à 7 h et Auguste à 7h45… Difficile accouchement pour Philomène ! Même si elle a déjà été maman à trois reprises, la mise au monde de jumeaux est une épreuve pour la jeune femme.

Auguste et Augusta naissent à Beauchamps, dans la maison de Philomène et d’Adolphe VUE, Route Nationale. Il n’y a aura plus d’autre enfant. Auguste est le deuxième garçon de la fratrie, après Albert, l’aîné. Augusta est la troisième fille, après Suzanne et Florence. Les liens familiaux vont devenir très forts entre les enfants VUE, et ce, jusqu’à la fin de leur vie.

Adolphe, le père, est journalier et Philomène, la mère, est ménagère à Beauchamps.

Située dans la Vallée de la Bresle, entre Somme et Seine-Inférieure, Beauchamps est une commune de 500 habitants, en cette fin de XIXe siècle. Une sucrerie et distillerie d’alcool de betteraves est installée au cœur du village. Pas besoin d’aller bien loin pour trouver du travail. Mais cette activité, avant tout saisonnière, n’occupe pas toute l’année. Alors ils sont nombreux, comme Adolphe, à devenir journaliers ou manouvriers, dans les fermes et les entreprises du secteur.

Beauchamps est traversé par la route nationale qui va du Tréport à Paris, en passant par Aumale et Beauvais. C’est au bord de cette route qu’habite la famille VUE.

Dans ce secteur, l’eau n’est jamais très loin. La maison d’Adolphe et de Philomène est située entre la route et le fleuve. De nombreux ateliers, notamment de verriers, utilisent la force hydraulique du fleuve. La Bresle, sépare les deux départements. Le fleuve crée aussi une certaine rivalité entre les communes situées sur l’une ou l’autre rive. Beauchamps est situé dans la Somme, et, de l’autre côté du fleuve, c’est Incheville, petit village normand qui compte un nombre d’habitants presque similaire à son voisin picard. Auguste, comme tous les enfants de Beauchamps, aime à livrer d’interminables batailles, sur le pont qui relie les deux communes, contre les ennemis d’Incheville. On n’y meurt pas dans ces combats, et, en grandissant, leurs souvenirs procurent de nostalgiques sourires à ceux qui les ont vécus.

Le 1er octobre 1913, Auguste VUE quitte Beauchamps, à pied, pour rejoindre la gare de Woincourt. Il est affecté au 128e Régiment d’Infanterie. Ils ne sont que deux du village à partir pour le service militaire, en ce jour d’octobre 1913. Si Auguste n’a pas loin à aller pour rejoindre la caserne Courbet d’Abbeville, son copain Louis BEAURAIN part en Bretagne. Il est affecté, dans la Marine, au 1er Dépôt des Equipages de la Flotte. Le voyage sera beaucoup plus long, et les permissions, certainement beaucoup plus rares.

Auguste VUE a une maladie de cœur. Après quelques mois d’instruction militaire, il est classé au service auxiliaire du régiment, pour « endocardite ». Le 5 août 1914, quand le 128e Régiment d’Infanterie quitte ses locaux d’Abbeville et d’Amiens, pour partir dans l’Est de la France, Auguste n’est pas du voyage. Il reste toutefois au service de l’Armée, mais bien loin des champs de bataille de Belgique, des Ardennes, puis de la Marne.

Auguste, examiné à plusieurs reprises par les Commissions de médecins militaires, reste au service auxiliaire, décision confirmée par la Commission de Landerneau, en novembre 1914.

Fin 1914, l’Armée française a des difficultés à remplacer les centaines de milliers d’hommes ayant été mis hors combat. Après avoir appelé la classe 1914, puis avoir mobilisé les hommes les plus âgés, le Grand Etat-major veut trouver des renforts supplémentaires. Certains exemptés d’hier ne seraient-ils pas, finalement, bons pour le service armé ?

Auguste VUE est rappelé. Le 16 mars 1915, il passe au 120e Régiment d’Infanterie. Ce régiment était composé, au début de la guerre, de plus de la moitié de jeunes hommes de la Somme. Après neuf mois de combat, les survivants sont rares. Auguste retrouve quelques gars du Vimeu. Il y a Alfred GEST et Raymond DELEENS, de Mons-Boubert ; Alfred BOUTROY, de Tours-en-Vimeu ; Adolphe FAY, de Dargnies ; Marcel LENFANT, de Gamaches. Quand on pense que tous les villages du Vimeu étaient représentés au 120e avant l’entrée en guerre, c’est loin d’être encore le cas en ce printemps 1915 !

Après quelques jours d’instruction, Auguste se retrouve envoyé dans les tranchées près de Verdun. Mais la maladie n’avait pas disparu quand la Commission militaire l’a déclaré apte. En août 1915, Auguste est évacué vers l’hôpital N°6 de Verdun. Il y reste près de six semaines, avant de bénéficier d’un mois de convalescence, chez lui, à Beauchamps. Par chance, le village, à l’Ouest de la Somme, n’est pas situé dans la zone du front. Curieusement, c’est en revenant dans son petit village, qu’Auguste prend conscience que la guerre est maintenant mondiale. L’Armée britannique se prépare à remplacer les troupes françaises sur le front situé à l’Est de la Somme. Des camps ont été construits dans toute la Vallée de la Bresle pour abriter les soldats venus de nombreux pays de l’ancien Empire britannique. Le défilé de troupes étrangères et de véhicules est incessant, sur la Route nationale de Beauchamps, devant la maison de la famille VUE. Auguste aperçoit même, parfois, des cavaliers indiens.

Début novembre 1915, Auguste repart de chez lui. Affecté dans un premier temps au dépôt, il rejoint le 109e RI de Chaumont, fin mars 1916. Ce régiment vient de subir de terribles pertes dans le secteur de Verdun. Auguste fait donc partie des troupes « fraîches », appelées pour combler les trous. Le 109e se déplace vers Tahure, dans la Marne, puis il participe à la Bataille de la Somme, près d’Ablaincourt. Il participe à la reprise du hameau de Bovent, le 10 octobre, mais, échoue devant Pressoir et Ablaincourt. Fin octobre, c’est la tempête qui met fin à l’offensive française. Les tranchées ressemblent à des torrents d’eau et de boue. Trempés jusqu’aux os, les hommes finissent par se hisser sur les talus, des deux côtés.

L’année 1917 est celle du Chemin des Dames, pour le 109e RI. Auguste est évacué malade début octobre 1917. Après deux mois d’hospitalisation, c’est le retour au front.

En juillet 1918, Auguste est cité à l’ordre du régiment pour « sa bravoure et son sang-froid (qui ont) fortement contribué à briser l’attaque ennemie devant son groupe de combat ». Le 30 septembre, il est blessé par balle au mollet droit. Cette fois-ci, c’est fini. Même si la blessure n’est pas grave, Auguste ne retournera pas au combat. L’Armistice est proche.

Démobilisé en août 1919, Auguste revient vivre à Beauchamps. Il est embauché par la sucrerie comme terrassier, puis, quelques années plus tard, devient mouleur à la fonderie-robinetterie Delabie.

Auguste, au fil des mois, a appris les noms des disparus du secteur. Il se rappelait des copains du Vimeu qu’il avait retrouvés, en mars 1915, quand il avait été envoyé, pour la première fois, dans l’enfer des tranchées. Ceux du 120e RI. Ils sont tous morts, ou presque. Alfred GEST et Raymond DELEENS, de Mons-Boubert ; Alfred BOUTROY, de Tours-en-Vimeu ; Marcel LENFANT, de Gamaches. Seul Adophe FAY, de Dargnies est revenu vivant. Vivant mais avec un bras en moins…

Albert VUE, le frère aîné d’Auguste est, lui aussi, mort pendant la Grande Guerre. Albert avait été appelé à la mobilisation le 1er août 1914. Parti combattre, il est revenu quelques mois plus tard. Malade, il est mort à Beauchamps le 19 octobre 1916, au moment où son frère Auguste combattait dans la Somme, près d’Ablaincourt. La maladie mortelle n’a pas été imputée au service. Albert n’a donc pas été déclaré Mort pour la France.

Albert avait épousé Marcelle, une fille d’Oust-Marest, en 1912, et ensemble, ils avaient eu trois enfants, Rose, Théophile et Albert. Après la guerre, Auguste a épousé Marcelle, la veuve de son frère. Ensemble, ils ont élevé les trois enfants d’Albert, dans une petite maison de la Rue de l’Eglise, à Beauchamps.

Quand les enfants ont volé de leurs propres ailes, Auguste et Marcelle se sont séparés.

Auguste est alors allé vivre chez sa sœur Florence et son beau-frère, Rue Nationale. Auguste est toujours resté très proche de sa soeur jumelle, Augusta. Elle avait épousé, avant la guerre, Gustave, un ouvrier d’usine, avec qui elle a eu deux garçons. Les deux fils, Adrien et Gustave, ont travaillé, comme leur père, en usine, chez Delabie et chez Fichet. Les membres de la fratrie VUE sont toujours restés à Beauchamps. Dans leur village de la rive droite de la Bresle. On pouvait les trouver Rue d’Incheville, Rue du Cimetière ou sur la route nationale.

Louis Beaurain, le marin, parti au service militaire le même jour qu’Auguste VUE, a survécu à la guerre. Quartier maître mécanicien, il n’a jamais connu les tranchées. C’est sur l’eau que Louis a vécu sa guerre. Rappelé à l’activité, à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, il a été fait prisonnier par les Allemands et n’a été libéré qu’en septembre 1941.

Auguste VUE est mort le 1er juillet 1949. Il avait 56 ans.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Philippe HELYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Beauchamps.

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