PLUS DE 100 PICARDS MORTS A FONTENOIS

Ne pas savoir à quel endroit est mort son fils pendant la Grande Guerre. Ce n’était certainement pas le plus important, pour les parents tant la douleur de la perte prend le pas sur tout. Mais, disposer d’informations peu précises ou erronées sur les conditions de la fin de vie d’un proche, « mort pour la France », est-ce acceptable, pour les générations suivantes qui veulent rendre hommage à un aïeul ?  Pour ceux qui veulent se rendre un jour sur le lieu où est mort ce héros d’une autre époque ?

Elles doivent se contenter d’une date et d’un lieu fournis par l’administration militaire d’après-guerre. Sans avoir, bien souvent, la possibilité de vérifier.

Il suffit de se rendre sur les lieux où la ligne de front n’a pratiquement pas évolué pendant de très nombreux mois, comme en Argonne, dans les Hauts de Meuse ou dans la Somme, et s’imaginer les incessants tirs d’artillerie vers les tranchées adverses, pour comprendre la difficulté de savoir quand et où sont morts certains hommes. Pendant le conflit, les militaires ont recensé les informations, le mieux qu’ils le pouvaient, et, après la guerre, d’autres militaires ont tenté de retranscrire les informations avec le plus de précisions possibles. L’informatisation des données n’apparaitra que de nombreuses décennies plus tard. Dans les années 1920, il fallait faire au mieux et rapidement pour que les pensions soient versées aux veuves et aux orphelins, et que des listes de noms puissent être prises en compte pour les monuments aux morts qu’on allait bientôt ériger dans tous les villages de France.

Comment expliquer toutefois que, dans la guerre de mouvement des premières semaines de la guerre, les erreurs sur la date et/ou le lieu de mort subsistent encore, un siècle plus tard ? Avec les Journaux de Marche des régiments, il était possible de savoir, en fonction de la date, dans quelle commune et à quel combat le régiment prenait part.

L’Armée française ne s’était pas préparée ,avant la déclaration de guerre, à gérer l’aspect « administratif » lié aux morts et aux disparitions. Personne dans l’état-major ne s’attendait à comptabiliser près de 100 000 morts dans la 2e quinzaine du mois d’août 1914, avec au moins autant de blessés et de prisonniers.

Les champs de bataille du mois d’août 1914, en Belgique, et dans le Nord et l’Est de la France, sont tous devenus des territoires allemands jusqu’à l’automne 1918, rendant les comptages des victimes, a postériori, bien difficiles.

Concernant le 128e Régiment d’Infanterie d’Abbeville et d’Amiens, il était assez simple de savoir, qu’en route vers la Marne, après avoir subi leur épreuve du feu, le 22 août, près de Virton, en Belgique, les morts des combats du 31 août 1914 ne pouvaient être tombés qu’à FONTENOIS, dans le Sud des Ardennes françaises.

vue generale village

Après la défaite du 22 août 1914, en Belgique et dans l’Est de la France, l’Armée française se replie. Les troupes allemandes se mettent à suivre celles des Français, au départ, après un laps de temps de près de 3 jours, puis, en fonction des événements, se rapprochant de près de l’adversaire. Pour la 4e Armée française du général Langle de Cary, ce sont les 3e et 4e divisions d’infanterie, issues de la région militaire d’Amiens, qui assurent l’arrière-garde, dans la progression vers la Marne.

Le 31 août à Fontenois dans les Ardennes

Le 31 août, le 128e Régiment d’Infanterie reçoit l’ordre d’empêcher l’ennemi d’occuper Fontenois, hameau de Saint-Pierremont, à quelques kilomètres de Buzancy, dans le Sud des Ardennes. Le gros des troupes de la VIe Armée française est arrivé presque à destination des positions stratégiques adoptées dans la Marne pour arrêter la progression allemande, et il faut que l’ennemi soit retenu encore quelques heures plus au Nord. Parmi les villages choisis par l’état-major français pour provoquer les combats avec l’ennemi, il y a Fontenois, petit village en fond de vallée. C’est le 128e RI qui est désigné pour cette mission.

Au moins 140 jeunes hommes du 128e RI de la Somme, renforcés par le 51e RI de Beauvais, perdent la vie, en quelques heures, à l’entrée du petit village de Fontenois, et plusieurs dizaines de soldats français sont blessés. Leur sacrifice aura ralenti la progression allemande de quelques heures. Est-ce que ça a changé le cours de la Bataille de la Marne du début septembre ? On peut en douter. Par contre, ce dont on ne peut douter, c’est que la transcription du lieu du décès des jeunes hommes du 128e RI et du 51e RI tués le 31 août 1914 a posé des problèmes à l’administration militaire, y compris après la signature de l’Armistice.

FONTENOIS et non « FONTENOY »

Les morts ont été, majoritairement, identifiés comme morts à « Fontenoy ». Le problème est qu’aucune commune du nom de « Fontenoy » n’existe dans le département des Ardennes, où a eu lieu la bataille du 31 août 1914. L’administration militaire, devant rendre des comptes aux familles, a alors dû composer avec les informations recueillies. Les transcriptions ont pris en compte un « Fontenoy – Ardennes » sans vraiment savoir de quelle commune il pouvait bien s’agir, car n’existant pas avec cette orthographe. Beaucoup de secrétaires zélés ne se sont pas satisfaits d’un choix de commune inconnue, et ont alors opté pour les seuls « Fontenoy » recensés dans le Nord-Est de la France, c’est-à-dire,  un « Fontenoy, dans l’Aisne », un « Fontenoy, dans le proche département de Meuse »…ou un « Fontenoy beaucoup plus lointain, dans l’Yonne.

bruyer
exemple de la fiche Mémoire des Hommes d’Emile BRUYER, de Saint-Ouen
tyrard
exemple du registre matricule de Marie Joseph TYRARD, d’Yzengremer

Quelques anciens combattants du 128e RI savaient bien que la bataille du 31 août 1914 avait eu lieu à Fontenois, hameau de Saint-Pierremont, dans les Ardennes. Ils s’y rendaient, chaque 31 août, pour commémorer cette journée et rendre hommage aux copains qui y avaient perdu la vie. Mais aujourd’hui, après leur disparition, qui peut rétablir la vérité ? Pour tous les archivistes, historiens et passionnés de la Grande Guerre, sachez que les jeunes hommes du 128e RI et du 51e RI étaient à Fontenois, hameau de Saint-Pierremont, le 31 août 1914. Aucun doute ne doit subsister !

Au moins, 140 y ont perdu la vie. Des jeunes de la Somme et de l’Oise qui effectuaient ensemble leur service militaire avant la déclaration de guerre. Des jeunes qui avaient entre 20 et 23 ans, en cette fin du mois d’août 1914.

plaque rue

Certains habitants du hameau de Fontenois n’ont, heureusement, pas oublié cet événement qui a profondément marqué l’histoire de leur territoire.  Ils ont nommé officieusement la rue principale de Fontenois « Rue du 128e RI – 31 aout 1914 ». C’est sur le mur de la maison où les Anciens Combattants se réunissaient chaque année, à quelques dizaines de mètres de l’endroit où les combats ont eu lieu, qu’une petite plaque de rue (difficilement lisible aujourd’hui) a été posée. Monsieur Eugène Maillard, un ancien du village, se souvient bien de cette époque où les Anciens Combattants du 128e RI venaient dans la commune pour se souvenir ensemble et « faire la fête ». Eux qui avaient eu la chance de vieillir, alors que, pour de nombreux copains du service militaire, la vie s’était arrêtée ici, à moins de 23 ans.

Puis, la mort frappant dans les rangs des derniers survivants, les visites du 31 août ont pris fin. Et plus aucun hommage n’a été rendu aux malheureuses victimes de Fontenois.

140 jeunes Picards dont la vie a pris fin dans le hameau de FONTENOIS, dans les Ardennes, le 31 août 1914.

eugene maillard

Merci à Monsieur Eugène MAILLARD pour les précieuses informations transmises.

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