19 août 1914 : reprendre l’Alsace

En Alsace, de violents combats sont engagés. L’Etat-major a donné l’ordre de mener plusieurs offensives pour tenter de reprendre aux Allemands la région annexée depuis 1871. Après quelques très brefs succès, les troupes de la 1ère armée française enchaînent défaite sur défaite et se replient pour revenir en France, en repassant la frontière de l’Alsace. Partout, les pertes sont importantes. Les mitrailleuses allemandes sont largement utilisées et surprennent les fantassins au pantalon rouge épuisés par plusieurs kilomètres de marche, un sac de 30kg sur le dos. Ainsi, à Didenheim, par exemple, on compte 193 hommes tués ou blessés parmi les hommes du 215e régiment d’infanterie, suite à un combat où les Allemands, ne s’étant jamais trouvés à découvert, n’ont pratiquement pas eu de pertes.

Même si l’Alsace est « allemande », les civils ne sont pas toujours considérés comme des concitoyens par les soldats de l’Empire de Guillaume II. Dans la soirée du 18 au 19 août, le 2e bataillon du 14e régiment d’infanterie bavarois entre dans le village de Saint-Maurice, au sud-est de Villé, pour y cantonner après un combat violent dans la localité voisine de Neubois. Beaucoup de soldats sont ivres. Une fusillade éclate, un soldat est blessé et, sans la moindre enquête, les autorités militaires locales accusent les habitants d’avoir tiré sur la troupe et donnent l’ordre d’incendier le village. Sur les 350 habitants, quatre-vingt-quatre sont placés en détention préventive à Sélestat, puis à Strasbourg. Quatre habitants sont fusillés, un autre est blessé.

Les troupes françaises vont quitter la région et ce n’est pas ici,  vers l’Est, en Alsace ou en Allemagne, que va se poursuivre la guerre. Comme Joffre l’a envisagé, c’est bien en Belgique que vont se livrer les futurs combats. Reste à savoir où y sont cachées précisément les armées allemandes ?

Les missions de reconnaissance des Français sont de plus en plus nombreuses à sillonner la Province de Luxembourg, dans le sud de la Belgique.

Dans un rapport du 19e régiment de chasseurs à cheval, rassemblé à Montmédy, il est consigné que la région allant de Virton à Etalle n’est pas occupée, mais les habitants rendent compte que chaque matin les Allemands viennent réquisitionner des vivres et s’en retournent dans les bois.

Mais où sont donc les Allemands ?

Un avion de reconnaissance français signale Tintigny vide, mais il repère la présence d’un régiment de cavalerie à un kilomètre. Il voit encore un gros bivouac de cavalerie à Vance, un parc automobile à Stockem et un parc d’artillerie à Arlon.

A Bellefontaine et à Saint-Vincent, les patrouilles françaises prennent la place des dragons allemands. Il y a peu de tirs. Les uns arrivent. Les autres partent. Comme dans de nombreux villages de la région. Assurément, on peut penser que les Allemands ont d’autres projets.

Si dans le sud de la Belgique, la situation est relativement calme, la tension est particulièrement vive, plus au Nord, comme à Namur. Le 19 août, les pièces d’artillerie allemandes sont positionnées autour des forts, en position de tir. Leur emplacement, non décelable par les défenseurs belges à l’intérieur des forts, a été minutieusement préparé avant la guerre, à partir des plans qui avaient pu être rassemblés depuis plusieurs années. Le siège de la ville est imminent.

A Namur comme à Liège, les habitants se souviennent que de nombreux travailleurs ayant participé à la construction des forts, à la fin des années 1880, étaient originaires de Prusse et d’Allemagne.

Au nord de Namur, les Français continuent à explorer la région, à la recherche d’informations sur le positionnement des troupes allemandes. Ils recueillent de nombreux témoignages dans les villages et constatent que, comme en Alsace, les civils sont victimes d’exactions. Au-delà des réquisitions, souvent difficiles à accepter, le moindre incident peut aboutir à l’exécution d’un habitant. Et les rumeurs sur des destructions totales de villages à venir se répandent dans toute la Belgique.

Lors d’une de ces missions de reconnaissance, un peloton du 5e régiment de Dragons, de Compiègne, est acculé par des cavaliers allemands à proximité du pont entre Perwez et Grand-Rozière. La bataille s’engage au sabre et à la lance. Parmi les 79 victimes côté français, on note la présence d’un jeune de la Somme, Octave Vilbert. Résidant à Rubempré, celui qui travaillait comme agriculteur avant de débuter son service militaire, 9 mois plus tôt, tombe de cheval. Il ne se relève pas. Il a 20 ans.

 

RETROUVEZ TOUTES LES CHRONIQUES QUOTIDIENNES DU DEBUT DE LA GRANDE GUERRE, A PARTIR DU 28 JUILLET 1914, EN CLIQUANT ICI

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