20 août 1914 : la souricière allemande

Prendre les Allemands en tenaille. Tel semble être le plan de l’Etat-major français. Lancer une offensive en Alsace et en Moselle, et s’installer sur la Sarre, en attendant le succès de l’offensive française de débordement sur la Province de Luxembourg et sur le Grand-Duché.

La 1ère Armée (Général  Dubail) et la 2ème armée (général de Castelnau) ont pour mission de lancer l’offensive selon deux axes : Sarrebourg et Morhange, et d’entrer durablement en Allemagne.

Pour conquérir l’Alsace, ce sont des hommes venus des régions méridionales, comme celles de Marseille et de Montpellier, qui vont être à l’offensive, appuyés par le 20e corps de Nancy, commandé par le général Foch.

En Moselle, avec la 2e armée, on trouve essentiellement des soldats venant du Massif-Central, de Rhône-Alpes, mais aussi  du Jura et des Vosges.

Le 19 août, les combats ont déjà été violents, mais l’avancée des Français est significative, jusqu’à se heurter contre des « fortifications » aménagées par les Allemands. Après une nuit particulièrement agitée pendant laquelle les fusillades crépitent partout, Castelnau sait, à l’aube du 20 août, que les Allemands sont plus forts et beaucoup mieux installés pour résister.  Il hésite à poursuivre le combat face à un adversaire qu’il sait supérieur, mais sans pouvoir estimer ses forces réelles, d’autant que les missions aériennes de reconnaissance ne peuvent être menées en raison d’une légère brume. Appuyés par une artillerie particulièrement efficace, les Allemands déclenchent alors  l’offensive et repoussent facilement les Français. Les morts sont très nombreux. Le soir du 20 août, aussi bien en Alsace qu’en Moselle, l’ordre de retraite est donnée.

Comme le dira plus tard Joffre, le chef des armées françaises, les armées de Dubail et Castelnau « se sont heurtées à une barrière fortifiée et défendue par des forces supérieures ». N’était pas possible d’évaluer cette supériorité des Allemands avant de déclencher cette offensive meurtrière ?

Foch dira : « Pouvions-nous espérer passer au travers d’une souricière allemande de 60 km ? C’était plus que risqué. Mais il nous suffisait, par une offensive de démonstration à coups répétés, d’obliger l’adversaire à la maintenir tendue pour immobiliser les forces ennemies ». Avant de poursuivre, « pour apporter notre aide à la grande bataille qui devait se livrer ailleurs ».

Des milliers de Français sont tués ou blessés en ces 19 et 20 août, sur le sol d’une région qu’on souhaite tellement reprendre aux Allemands. L’Alsace et la Lorraine sont leur tombeau.

En Belgique, les Français continuent leurs missions de reconnaissance pour localiser les troupes. La cavalerie est envoyée à proximité de Neufchâteau, où a été signalée, la veille, une division de cavalerie allemande. Le 1er bataillon du 87e régiment d’infanterie a été envoyé en accompagnement d’une compagnie de cyclistes et de deux batteries d’artillerie. Ils pensent qu’il s’agit simplement de bousculer un élément allemand à la gare de Longlier. Sans le savoir, ils se retrouvent face à trois régiments allemands qui progressent rapidement. A 10h, les Allemands occupent déjà le bas du village de Longlier et  mettent le feu aux maisons. Face à l’écrasante progression allemande, les Français battent en retraite dès la fin de matinée.  110 français et 84 allemands ont été tués. Plus de 250 blessés seront soignés dans le village. Le 1er bataillon du 87e RI est décimé.

16 jeunes hommes de la Somme figurent parmi les victimes. Ils effectuaient leur service militaire au 87e régiment d’infanterie de Saint-Quentin (Aisne) quand la guerre a été déclarée.

Ils s’appelaient: Louis Audinot, de Tertry ; Marie Josse, de Guyencourt ; Joseph Malezieux, de Douilly ; Georges Massias, de Punchy ; Jules Noiret, de Morcourt ; Georges Pouillaude, de Cléry ; Ovide Quenolle, d’Athies ; Emile Renet, d’Esmery-Hallon ; Charles Richard, de Mesnil-Saint-Nicaise ; Raymond Savary, de Manancourt ; Maurice Tétard, de Roye ; Joseph Velut, de Rosières ; Gaston Boquet, d’Ercheu ; Oscar Lefranc, d’Estrèes-en-Chaussée ; Louis Rigault, de Rubescourt ; Marcel Soyeux, de Champien. Le plus âgé d’entre eux avait 23 ans…

Le 20 août, les Allemands entrent dans Bruxelles. Pour nourrir les troupes, ils réclament au bourgmestre : 18 000 kg de pain, 10 000 kg de viande fraiche, 6 000 kg de riz ou légumes, 600 kg de café, 10 000 kg de sucre, 72 tonnes d’avoine… Quantités qui ne laissent aucun doute sur l’importance des troupes en marche vers la France…

Le même jour, à Liège, les Allemands choisissent 17 civils au hasard pour être fusillés sur la place de l’Université, puis mettent le feu aux immeubles. Plusieurs bâtiments publics, comme la bibliothèque, partent en fumée

A Andenne, un autre drame se déroule. En quittant la ville d’Andenne, le 19 août au matin, l’armée belge a fait sauter le pont sur la Meuse. Les Allemands, arrivant quelques heures plus tard sur place, découvrent qu’ils ne peuvent franchir le fleuve. Bloqués sur la rive droite du fleuve, les soldats allemands se répandent dans la cité et procèdent à des réquisitions. Le soir, peut-être sous l’effet d’alcool, la situation empire. Le 20 août au matin, les Allemands commencent à incendier des maisons, accusant les habitants d’avoir tiré sur eux. A 17h45, le tintement de la cloche retentissant à la collégiale est pris comme le signal de déclenchement d’une attaque de francs-tireurs. Une vive fusillade éclate alors. Plusieurs habitants, restés dans la rue, sont tués. Les Allemands emmènent 17 personnes de la banlieue d’Andenne et les fusillent près du château d’eau. Le bourgmestre est emmené de force, et son domestique est abattu. Les Allemands se livrent ensuite à un pillage systématique des maisons des rues principales, et ordonnent aux habitants de sortir dans la rue. Sous les injures et les coups, ceux qui n’obtempèrent pas assez vite sont abattus. L’horreur ne prendra pas fin en ce 20 août, et même si les troupes ennemies, ayant construit un pont provisoire, pourraient quitter les lieux, il semble que leur folie meurtrière soit plus forte que tout.  La petite ville d’Andenne va connaître le pire moment de toute son histoire.

 

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