ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Emile CHATELAIN et Amédée BOUBERT de Gueudecourt

Nés à onze jours d’intervalle dans le même village de Gueudecourt, dans le canton de Combles, Emile CHATELAIN et Amédée BOUBERT se connaissent depuis toujours. Emile est né le 12 novembre 1894 et Amédée le 23 novembre 1894.

Emile, fils de Joseph CHATELAIN et de Julienne GOUILLIEUX, réside Rue de l’Église à Gueudecourt.

Amédée, fils d’Arthur BOUBERT et d’Elysa VASSEUR, réside Rue de Flers.

Emile et Amédée sont les deux seuls garçons de l’année 1894 de la commune de Gueudecourt.

Le village qui compte moins de 300 habitants est situé dans le Nord-Est de la Somme. Son territoire est à la limite avec le département du Pas-de-Calais. Les quatre rues du village disposées en croix sont bordées de petites fermes. L’activité des habitants est essentiellement liée à l’agriculture. Comme l’écrit Monsieur LESCARCELLE, l’instituteur public, à la fin du XIXe siècle : « Gueudecourt est un village ordinaire. La population foncièrement agricole est calme, laborieuse, économe, honnête et animée d’un ardent amour de la patrie ».

Conclusion de la monographie de Gueudecourt rédigée par M. Lescarcelle, instituteur, en 1899 (Archives départementales de la Somme)

Joseph CHATELAIN et Arthur BOUBERT, les pères d’Emile et d’Amédée, sont ouvriers agricoles. Les CHALELAIN et les BOUBERT sont deux familles modestes, des personnes « laborieuses, économes et honnêtes » comme le sont la plupart des familles de Gueudecourt au début du XXe siècle.

L’arrivée dans le village d’un jeune instituteur pour remplacer Monsieur LESCARCELLE, n’incite pas les deux copains Emile et Amédée à fréquenter l’école avec plus d’assiduité. Laurent DEMARCY n’arrive pas à obtenir une présence régulière des deux garçons. Sollicités bien trop souvent pour les travaux des champs, Emile et Amédée ne sauront jamais vraiment bien lire et écrire. Mais qu’importe, seuls garçons de leurs fratries respectives, leurs bras semblent beaucoup plus importants que leurs têtes.

Les deux garçons deviennent domestiques de culture. Emile CHATELAIN travaille dans la ferme GUISE et Amédée BOUBERT chez NORMAND.

Le 1er août 1914, les deux garçons n’ont pas encore 20 ans. Ils ne sont pas concernés par la Mobilisation Générale. En tout cas, ils ne font pas partie des premiers à partir à la guerre. Emile et Amédée ne seront pas ensemble pour attendre l’arrivée du pli de mobilisation. Les parents d’Amédée ont déménagé depuis quelques mois dans le village de Suzanne, près de Bray-sur-Somme et leur fils les a suivis.

Leurs aînés sont partis à la guerre. Emile et Amédée attendent leur tour. Si, comme le disent certains journalistes, la guerre ne dure que 3 semaines, ils vont peut-être passer à travers…

Le 26 août, les télégrammes de mobilisation de la Classe 1914 sont distribués dans toutes les communes de France. Emile CHATELAIN est affecté au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied d’Amiens et Amédée au 45e Régiment d’Infanterie. Avant la guerre, le 8e BCP avait quitté la Picardie pour s’installer à Etain, dans la Meuse. Quant au 45e RI, il était caserné à Laon dans l’Aisne. Avec la stabilisation du Front et l’occupation allemande d’une partie du territoire français de l’Est de la France, les services auxiliaires des unités combattantes se replient loin du front. Le dépôt du 8e BCP est à Luçon et celui du 45e RI à Orléans.

Les deux jeunes hommes rejoignent les dépôts des régiments pour y être formés au combat pendant plusieurs semaines. Début novembre 1914, les deux garçons sont envoyés au front. Emile CHATELAIN part en Flandre occidentale alors qu’Amédée BOUBERT part dans l’Oise, l’un et l’autre bien loin de leur petit village de Gueudecourt.

Gueudecourt est occupé par les Allemands depuis la fin du mois de septembre 1914. Les populations civiles sont prisonnières. Les hommes non mobilisés ont été envoyés en captivité en Belgique ou en Allemagne. Les femmes et les enfants sont maintenus provisoirement dans le village. L’occupant a besoin de domestiques…

En mars 1915, Amédée est transféré au 4e Régiment d’Infanterie. Cette nouvelle affectation inattendue permet aux deux copains de Gueudecourt de se retrouver. Au printemps 1915, les deux régiments combattent côte à côte en Argonne, dans le secteur du Bois de la Gruerie.

Emile et Amédée subissent le même sort au même endroit à quelques jours d’intervalle seulement. Emile CHATELAIN est déclaré disparu le 30 juin et Amédée BOUBERT est également déclaré disparu le 13 juillet 1915. Disparus tous les deux dans les combats de Bagatelle…

L’état-major les déclare disparus sans pouvoir préciser s’ils sont morts ou s’ils sont aux mains de l’ennemi.

Emile CHATELAIN est prisonnier. Il est interné dans le camp de Schneidemühl. Amédée BOUBERT est retenu en captivité à Essen avant d’être transféré à Darmstadt. Les changements de camps étaient fréquents. Emile et Amédée ont peut-être fréquenté, à un moment donné, le même camp de prisonniers. Il est impossible de le savoir.

L’un et l’autre ont passé plus de trois années en captivité. Amédée BOUBERT a été rapatrié le 14 décembre 1918 et Emile CHATELAIN le 22 janvier 1919. Après 30 jours de permission accordés à leur retour en France, l’Armée les a affectés dans des unités d’où ils n’ont été démobilisés que plusieurs mois plus tard. Malgré son mauvais état de santé (bronchite chronique imputable au service), Emile a rejoint le dépôt du 39e RI à Rouen. Amédée a été affecté à la Citadelle d’Amiens pour y assurer la garde des prisonniers de guerre.

Emile CHATELAIN et Amédée BOUBERT ont pu ensuite construire leur vie. La guerre les avait épargnés. Ils étaient vivants. Abîmés mais vivants.

Emile et Amédée ne sont jamais revenus vivre dans le secteur de leur jeunesse. Tout y avait été détruit pendant la Bataille de la Somme. Le village de Gueudecourt, comme tous ceux de la zone située au Nord-Est d’Albert n’était plus que ruines. Emile est parti vivre dans la région de Rouen et Amédée s’est installé à Amiens.

Emile CHATELAIN et Amédée BOUBERT n’avaient pas encore 20 ans quand la guerre a été déclarée. Fin 1919, à leur démobilisation, ils en avaient 25. Ils étaient devenus des Anciens Combattants de 25 ans…

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Remarque : si vous disposez d’illustrations représentant le village de Gueudecourt avant la Grande Guerre, merci nous contacter. Nous pourrons les insérer dans l’article (somme-bellefontaine@orange.fr ). Merci.

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