ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Albert SAUVÉ de Naours

Né le 14 octobre 1891, Albert SAUVÉ est le dernier enfant de Clovis SAUVÉ et d’Aurélie HABOURG.

Clovis et Aurélie se sont mariés en mai 1879 à Naours. Leur premier enfant était une fille, prénommée Colombe. Premier enfant et premier drame. Colombe SAUVÉ meurt à l’âge de 6 mois.

Gustave est né en 1881, Raymond en 1883, Julia en 1889 et Albert en 1891.

La famille SAUVÉ réside Rue Malmontée à Naours.

La commune de Naours, dont le nom est prononcé « Naur » par les habitants, est située dans le canton de Domart-en-Ponthieu à 18 km au Nord-Est d’Amiens. Les habitations sont majoritairement construites au fond de l’ancienne profonde vallée de la Naourde. A la fin du XIXe siècle, on trouve environ 1200 habitants à Naours. L’activité des familles de la commune se partage essentiellement entre l’agriculture et le travail à domicile de confection de chaussures pour les usines d’Amiens et de sacs pour les fabriques de Flixecourt et d’Ailly-le-Haut-Clocher.

Monsieur LOUETTE, l’instituteur public, se désole qu’un « trop grand nombre d’enfants soient occupés à l’activité de fabrication de chaussures ou de sacs au lieu de fréquenter l’école ».

Pendant que Monsieur LOUETTE tente de défendre les principes de l’enseignement laïque obligatoire, Monsieur le Curé DANICOURT tente de protéger les âmes… et les souterrains-refuges du village. Dans la Montagne du Guet, les refuges creusés par la main de l’homme ont protégé pendant des siècles la population au cours d’invasions successives. Les noms des lieux-dits ne prêtent pas à confusion : Le Mont Armé, Le Guet, Le Fossé des Batailles prouvent que les attaques ont marqué profondément l’histoire de la commune.

Quand Albert SAUVÉ vient au monde, le village de Naours est en paix. La France est en paix.

Son père est ouvrier à domicile. Ses frères aînés deviennent aussi, comme lui, ouvriers pour les usines textiles de la Vallée de la Nièvre. Après avoir effectué leur service militaire, les deux frères quittent la maison familiale tout en restant dans le village. Gustave SAUVÉ épouse Léontine BALESDENS et Raymond SAUVÉ se marie avec Berthe DHEILLY, deux jeunes filles originaires de Naours. Gustave réside rue des Carrières et Raymond rue Malmontée.

A 16 ans, Albert devient « oncle » pour la première fois. Une petite Geneviève est née au foyer de son frère aîné Gustave.

En août 1910, âgé de 18 ans, Albert SAUVÉ décide de s’engager dans l’Armée pour trois ans. Il est incorporé au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens. Bon élément, Albert reste simple soldat. Son engagement prend fin le 10 août 1913. Le 1ère classe Albert SAUVÉ quitte l’aventure militaire. Il revient à Naours et reprend son activité d’écangueur à domicile pour les usines textiles.

Cependant, le service militaire ne prend pas fin avec le service actif. Chaque homme doit se tenir à disposition de l’Armée française jusqu’à l’âge de 40 ans et plus. Un entraînement régulier est obligatoire. Gustave effectue une période d’exercice militaire de 3 semaines en mai 1911 au 128e RI d’Abbeville et Raymond à l’été 1913.

Le 1er août 1914 quand la Mobilisation Générale est décrétée, les trois fils de Clovis et Aurélie SAUVÉ sont mobilisables. L’angoisse des parents débute dès le 2 août avec le départ d’Albert en gare de Flesselles, puis s’amplifie avec ceux de Raymond et de Gustave le 12 août. Parents, femmes et enfants vont vivre dans l’attente. L’attente de la fin de la guerre…

Albert SAUVÉ rejoint le 72e RI à la caserne Friant d’Amiens. Les jeunes soldats partent le 5 août en gare d’Amiens vers le département de la Meuse. Ils participent aux premiers combats du 22 août 1914 près de la frontière belge.

Gustave et Raymond sont incorporés au 128e RI d’Abbeville. Hasard des affectations, le 72e et le 128e constituent la même brigade d’infanterie, la 5e Brigade d’Infanterie dirigée par le général DEFFONTAINES. Les trois frères se retrouvent dans le même secteur, début septembre, quand la Bataille de la Marne s’engage. Les troupes françaises doivent stopper l’avancée allemande vers Paris. Le 72e et le 128e RI sont positionnés sur les territoires de Pargny-sur-Saulx et Maurupt-le-Montois. Le 7 septembre, Albert SAUVÉ est blessé par éclat d’obus à la cuisse droite. Il est évacué pour être soigné à l’arrière du front. Quelques jours plus tard, il est transporté vers l’Hôpital de l’Ermitage à Nice.

Hôtel transformé en hôpital complémentaire N°10 L’Ermitage

Albert rentre au dépôt du régiment à Morlaix le 1er novembre avant de repartir au front 4 semaines plus tard. Le 72e RI est maintenant positionné en Argonne, près de Vienne-le-Château. Les combats pour reprendre le Bois de la Gruerie aux Allemands sont particulièrement meurtriers.

Albert arrive à Vienne-le-Château le 27 novembre 1914. Il aurait dû y retrouver ses deux frères, si ce n’est dans les zones de combat, mais au moins dans les lieux de repos de La Harazée et des communes situées quelques kilomètres plus loin.  Mais son frère Raymond est déclaré disparu depuis quatre jours.

Pour les hommes qui connaissent l’enfer des tranchées du Bois de la Gruerie, celui qui a disparu est soit tué, soit prisonnier.

Fin janvier 1915, le 72e et le 128e quittent le secteur du Bois de la Gruerie pour celui de Mesnil-les-Hurlus situé à une quinzaine de kilomètres vers l’Ouest.  Le 22 février 1915, Albert SAUVÉ, blessé par balle explosive, est évacué vers l’arrière et transporté vers le dépôt des éclopés Forgeot de Chalons-sur-Marne puis vers le dépôt des convalescents Faucher de Bordeaux.

Pendant son éloignement du front, son 2e frère est mort. Gustave SAUVÉ est tué au combat de Beauséjour dans la Marne, le 5 mars, près de Mesnil-les-Hurlus.

Albert SAUVÉ poursuit sa convalescence pendant plusieurs mois à Morlaix, au dépôt du 72e RI.  Il est renvoyé au front le 26 mars 1916. Ses deux frères ont disparu. Tout porte à croire que Raymond, comme Gustave, a perdu la vie car, aucune nouvelle sur une éventuelle captivité n’est parvenue ni à Morlaix, ni à Naours.

Albert SAUVÉ poursuit la guerre au sein du 411e Régiment d’Infanterie. Evacué à nouveau au printemps 1917, il revient au front 6 semaines plus tard. Albert survivra à la guerre sans trop de dommages physiques.

Albert SAUVÉ épouse Thérèse COTTRELLE, à Amiens, le 22 juillet 1919.

Pendant ses trois années d’engagement entre 1910 et 1913, Albert n’a obtenu qu’une honorifique promotion de soldat de 1ère classe. Comme il a su se montrer un bon meneur d’hommes pendant la guerre, il est nommé caporal puis sergent pendant la campagne. En septembre 1920, il est promu adjudant. Après sa démobilisation, Albert SAUVÉ signe un nouvel engagement dans l’Armée, renouvelé à plusieurs reprises. C’est au 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais qu’Albert SAUVE vit les dix années d’après-guerre.

Les éclats et les balles n’ont laissé que des traces superficielles sur le corps d’Albert. Mais la guerre a laissé de profondes cicatrices dans sa tête et dans son cœur. Albert a perdu ses deux seuls frères. Albert a perdu sa mère qui n’a pu surmonter le chagrin de la perte de ses deux enfants. Et quand il revient à Naours, Albert voit dans les visages de ses neveux et nièces apparaître ceux de leurs pères morts si jeunes.   

Léontine, la veuve de Gustave, est restée dans le village de Naours. Elle y tenait un débit de boissons dans la Rue des Carrières. Sa fille Madeleine, devenue lingère pour les Soeurs de la Maison de la Compassion à Naours, l’a accompagnée longtemps. Quelques années après la guerre, Léontine s’est remariée. En 1923, un enfant prénommé André est né.

Les noms de Gustave et de Raymond SAUVÉ sont inscrits sur le monument aux morts de Naours.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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