UN JOUR, UN PARCOURS – Arsène DOUAL, de Dominois

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 24 mai 1891, Arsène DOUAL  est un enfant de la Vallée de l’Authie, fleuve côtier qui sépare le Pas-de-Calais de la Somme. C’est à Dominois qu’il a vu le jour, ou plus exactement, dans un hameau de ce village appelé « Le petit chemin ».

Arsène naît dans la ferme de son grand-père,  Jean-Baptiste. L’agriculture est l’activité principale de la commune. On y cultive essentiellement des céréales. Il y a aussi beaucoup de pommiers dans le village. Le cidre est la boisson la plus courante… après l’eau, bien sûr. Il y a d’ailleurs plusieurs tonneliers dans le village. On trouve tout ce qu’il faut pour se nourrir à Dominois, et, avec les nombreux bois et la tourbe des marais, il n’y a pas de difficulté pour trouver de quoi se chauffer.

Les parents, prénommés Fleury et Laetitia, logent dans la ferme du père de Laetitia, et y travaillent tous les deux.  A l’adolescence, alors que ses parents ont quitté la ferme, Arsène prend la relève. C’est lui qui aide le grand-père, jusqu’à ce qu’il trouve, à l’âge de 20 ans, un emploi chez Chivot, le bourrelier installé Rue du Chêne à Estrées-les-Crécy.

estrees crecy 1

Arsène rencontre Marcelle Lalouette, dont le père est instituteur. Marcelle est repasseuse. Les deux amoureux ont un point commun, ils ont longtemps habité seul, chez un grand-parent.  Arsène vivait chez Jean-Baptiste et Marcelle chez sa grand-mère, Geneviève. Ils se marient à Estrées au début de l’année 1912. Une petite fille naît au foyer. Elle s’appelle Yvette.

Arsène va à Nouvion-en-Ponthieu pour passer devant le Conseil de Révision. Affecté initialement au 128e Régiment d’Infanterie d’Abbeville, pour y effectuer son service militaire, il est rapidement réformé pour bronchite chronique et quitte donc très rapidement la caserne Courbet d’Abbeville. Il continue alors son activité de bourrelier à Estrées. A cette époque, il est difficile de guérir facilement de problèmes respiratoires. Comme lui, deux autres jeunes sont exemptés de service : Jules PETIT, pour bronchite bacillaire (tuberculose) et Gaston BRAY, pour emphysème pulmonaire.

En temps de paix, éviter le service militaire ne peut être considéré comme un acte de lâcheté, mais en temps de guerre, le sentiment de culpabilité prend une autre dimension.

Tous ceux qui étaient sous les drapeaux ne reviennent pas embrasser leurs parents quand les cloches de l’église d’Estrées sonnent le tocsin, le 1er août 1914, pour appeler à la mobilisation générale. Ses copains, Paul GRENU, de la ferme voisine, ou Edgar CADET, le fils du cafetier, sont déjà loin. Près des frontières du Nord-Est de la France. Ils sont depuis plusieurs mois casernés dans la Meuse. Paul a été incorporé au 120e RI de Péronne et Edgar au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied.

Après les deux premiers mois de guerre, les commissions d’aptitude se montrent beaucoup moins clémentes. Il faut dire qu’il y a déjà 200 000 morts dans l’Armée française ! Convoqué le 20 octobre 1914 par le Conseil de Révision de Crécy-en-Ponthieu, Arsène est rappelé pour servir au 45e Régiment d’Infanterie de Laon (Aisne). Il part le 26 novembre. Ses problèmes respiratoires ne sont certainement pas résolus, mais la France a besoin de troupes fraîches. Après quelques semaines d’instruction, c’est finalement avec le 170e RI qu’il va connaître l’enfer de la guerre.

Après avoir combattu en Artois, en 1915, il découvre Verdun et la Bataille de la Somme, en 1916. Le 6 septembre, il est blessé par balle, près de Cléry-sur-Somme. Nouvelle convalescence comme une bouffée d’oxygène avant de se replonger encore dans l’horreur, avec, dès le début de l’année 1917, le Chemin des Dames, puis la Marne. Le 4 mai, les blessures sont, cette fois-ci, beaucoup plus graves. Une balle  a touché la tête et des éclats d’obus lui ont abîmé un bras. L’hospitalisation est beaucoup plus longue. Il est hors de combat jusqu’au 15 janvier 1918. Alors débute ce qu’il ne sait pas encore être la dernière ligne droite vers la fin de la guerre. Avec le 152e RI où il est alors affecté, de nombreux et terribles combats l’attendent encore. En Lorraine, dans l’Aisne, dans les Flandres belges. Malgré le handicap du bras qu’il ne peut plus allonger, et ses problèmes respiratoires, il sait se montrer courageux. Il est d’ailleurs cité à l’ordre du régiment début mars 1918, et reçoit la Croix de Guerre.

Arsène, enfin démobilisé, ne revient à Estrées qu’en mai 1919. Il y reprend aussitôt son métier de bourrelier. Pour son plus grand bonheur, il y retrouve son épouse, Marcelle, et sa fille, Yvette. Même si physiquement, rien ne sera plus comme avant, il est vivant.

Arsène peut se souvenir que, dans les premiers jours du service militaire, avant d’être exempté pour raison médicale, il était heureux d’avoir retrouvé au 128e RI, un jeune originaire du village, Henri GAVELLE, parti depuis s’installer à Amiens.  Arsène et Henri s’attendaient alors à pouvoir souvent parler du pays. Ils allaient en avoir le temps puisqu’ils devaient passer trois années ensemble. Ils ne savaient pas la guerre si proche. Arsène était rapidement rentré à sa maison pour soigner sa bronchite. Henri, lui, avait continué son service militaire. Henri GAVELLE est mort le 16 septembre 1914, dans la Marne.

Etre exempté du service militaire, puis partir faire la guerre ensuite, comme ce fut le cas pour Arsène, n’est pas une situation exceptionnelle. Beaucoup de jeunes hommes malades ou handicapés ont connu le même sort.

Jules PETIT, réformé pour tuberculose, n’est jamais allé faire la guerre. Il est mort de sa maladie le 3 mars 1915.  Par contre, malgré son insuffisance respiratoire, Gaston BRAY a été rappelé en juin 1917. Il a participé, à l’été 1918, à la grande offensive française pour repousser définitivement les Allemands. Démobilisé en août 1919, il est revenu vivre à Estrées, s’est marié et a continué son travail d’ouvrier agricole.

Edgar CADET, le fils du cafetier, est revenu. Blessé à la tête, aux yeux, au bras droit et aux jambes, un peu brisé de partout, mais toujours vivant. Et Paul GRENU, le voisin cultivateur d’Arsène, il est revenu aussi vivant. Gazé, mais vivant.

Les noms de Gaston BRAY, Edgar CADET, Paul GRENU, Arsène DOUAL ne sont pas inscrits sur le monument aux morts d’Estrées-les-Crécy. Ils ne sont pas Morts pour la France.

Arsène est décédé, à Estrées, en janvier 1936.

 L.J et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Anick BARDET a réalisé la collecte de données pour la commune de Dominois et Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune d’Estrées-les-Crécy.

Dans les actes d’état-civil, le patronyme peut être écrit DOUAL ou DOUALLE. Ce nom, assez courant dans la Somme, vient de l’ancien français doille (petite planche servant à la confection des tonneaux). DOUALLE était souvent un surnom donné au tonnelier.

estrees crecy 2

Retrouvez d’autres victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18   Articles « UN JOUR, UN PARCOURS » déjà parus sur notre site

Publié par

Un commentaire sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Arsène DOUAL, de Dominois »

  1. Le 21 janvier 1915 Maurice Noblesse est évacué vers l’hôpital de Donzy -58 pour état fiévreux, il s’agirait en réalité de « fièvres intermittentes » ou paludisme qui sévissait encore en France à cette époque.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s