ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Alfred LARDEMER de Sailly-Saillisel

Né le 14 mai 1893 à Rancourt, Alfred LARDEMER est l’aîné de la fratrie. Son père, Edmond, est ouvrier agricole. Il faut dire que l’activité principale du petit village de Rancourt qui compte moins de 300 habitants est tournée vers l’agriculture. Les terres du Santerre, à l’Est du département de la Somme, sont particulièrement adaptées aux productions céréalières.

Edmond épouse Octavie, une jeune fille de Combles. Ensemble ils créent une belle famille. Après Alfred arrivent Elise et Elisée puis les jumeaux, Louis et Louise.

La famille déménage à Sailly-Saillisel, à 3 km de Rancourt et trouve une petite maison rue de Péronne. Le père occupe un emploi chez un agriculteur du village, M. LECLERC. Les bancs de l’école n’ont pas le temps d’user les culottes du jeune Alfred. Il faut rapidement trouver un emploi pour contribuer à la subsistance de la famille. Il devient ouvrier maçon. Sa sœur, Elise est dévideuse dans la confection aux ateliers BOURGEOIS.

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Alfred passe devant le Conseil de révision en 1913, à Combles, chef-lieu de canton. Déclaré bon pour le service armé, il est incorporé au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne le 27 novembre 1913.

Il ne connaît pas la caserne Foy à Péronne, puisqu’il part directement à Stenay (Meuse) où est caserné depuis quelques semaines le 120e RI.  La loi Barthou, allongeant la durée du service militaire de deux à trois ans, a également comme conséquence d’envoyer sous les drapeaux  ceux qui n’ont pas 20 ans « révolus ». Alfred LARDEMER part le même jour que Gaston MARCHANDISE, un cultivateur de Sailly-Saillisel, âgé de 20 ans, comme lui. Gaston est affecté au 42e Régiment d’Artillerie. Une chance ! Ce régiment est également caserné à Stenay, comme le 120e RI. Nos deux compères vont pouvoir faire le voyage ensemble.

Alfred et Gaston vont connaître l’enfer des premiers combats, le 22 août 1914, à Bellefontaine en Belgique. Le 120e RI lance l’offensive, pendant que le 42e RA facilite sa progression en pointant des tirs d’artillerie sur l’ennemi.  En théorie, ça devait se passer comme ça. Malheureusement, un épais brouillard empêche l’artillerie de se mettre en action de bonne heure. Les fantassins français s’engagent dans la plaine du Radan, cueillis à froid par les mitrailleuses allemandes positionnées en lisière des bois. Quand les hommes du 42e RA envoient les premiers obus, les morts sont déjà très nombreux au sein du 120e RI. Ni Alfred, ni Gaston ne sont blessés. Alors que les pertes s’élèvent à plus de mille hommes sur le territoire du petit village belge, ne pas être blessé est déjà une forme de victoire.

La Retraite de l’Armée française ordonnée par le général Joffre entraîne le 120e RI et le 42e RA dans le Sud du département de la Marne. Les combats engagés entre le 6 et le 10 septembre 1914 sont particulièrement meurtriers. La première Bataille de la Marne marque la fin de la guerre de mouvement. Quelques jours plus tard, les hommes du 120e RI comme ceux des autres régiments de la Région d’Amiens débutent la guerre de position, la guerre de tranchées dans la forêt d’Argonne.

Le 16 septembre 1914, c’est dans la forêt d’Argonne – plus particulièrement dans le Bois de la Gruerie – qu’Alfred LARDEMER perd la vie.

Il est considéré comme disparu. Personne ne sait où son corps repose. L’avis officiel de son décès ne parvient à ses parents qu’en octobre 1920. Six ans plus tard ! Il n’est pas certain que la médaille reçue à titre posthume, le 5 septembre 1923, ait beaucoup consolé ses parents et ses frères et sœurs.

Gaston MARCHANDISE a survécu à la guerre. Après avoir été transféré au 102e Régiment d’Artillerie Lourde, le 1er octobre 1915, son état de santé se détériore. Est-il une victime de l’utilisation du gaz de combat ? Vraisemblablement. La commission de réforme réunie le 13 juin 1916 diagnostique  une « obscurité respiratoire » à la base droite du poumon. Il ne sera plus envoyé sur les champs de bataille et sera utilisé, à l’arrière, dans les services auxiliaires de l’armée. Après la fin de la guerre, il revient à Sailly-Saillisel. Le village a été complètement détruit, mais nombreuses sont les familles locales qui veulent le reconstruire.

Les familles de Gaston MARCHANDISE comme celles d’Alfred LARDEMER, en font partie. Elles veulent absolument revenir habiter ici. Et même si la zone est considérée comme rouge, la terre sera bientôt cultivée à nouveau.

En 1921, les MARCHANDISE et les LARDEMER habitent rue de Péronne, comme avant la guerre.

Le père LARDENER est toujours journalier. Les frères d’Alfred sont terrassiers pour l’Etat, la reconstruction ayant besoin de main d’œuvre. Il faut reconstruire le village et reboucher, au plus tôt, toutes ces terribles tranchées qui défigurent le paysage.

 Gaston MARCHANDISE a repris son métier de cultivateur. Il s’est marié avec Madeleine avec qui il a eu un garçon prénommé Gaston comme son père.

Dans le village, il n’y a plus que 71 maisons alors qu’avant la guerre il y en avait 212. Mais qu’importe. La vie reprend peu à peu son cours.

Pas pour Gaston !  Son infirmité respiratoire ne peut plus lui permettre d’avoir une activité nomale. La commission de réforme vient même de lui accorder une pension de 30%.  Mais ça ne change rien. Le gaz va faire une victime de plus. Le 4 juillet 1924, Gaston MARCHANDISE meurt.

Le nom d’Alfred LARDEMER, reconnu Mort pour la France, a été inscrit sur le monument aux morts de Sailly-Saillisel. Le nom de Gaston MARCHANDISE, mort à 30 ans à cause de la guerre n’est inscrit sur aucun monument.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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