ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Pierre DUFRIEN de Nibas

Né le 28/09/1893 Pierre est le fils d’Octave DUFRIEN et de Marie VARLET

Octave et Marie résident à Saucourt, hameau dépendant de la commune de Nibas.

Octave travaille comme ouvrier à l’usine Lainé installée à Petit-Saucourt sur le chemin de grande communication qui va d’Abbeville au Tréport. L’usine fabrique des réchauds à alcool, des baleines de parapluie et des articles en porcelaine pour l’électricité.

Marie meurt le 14 janvier 1902. Pierre n’a que 8 ans et Adrienne, sa sœur cadette, 5 ans.

Quelques mois plus tard, Octave rencontre Virginie, une femme originaire de Meneslies. Virginie a perdu son mari. Elle aussi, doit élever seule, Albert, l’enfant qu’elle a eu avec l’homme qu’elle aimait, Amédée QUENNEHEN.

Octave et Virginie rassemblent leurs peines, mais ils rassemblent également leurs forces. La vie reprend peu à peu dans la petite maison de la Rue Cardelot à Saucourt. Avec Albert QUENNEHEN, né en 1895, le fils de Virginie et d’Amédée QUENEHEN, la fratrie compte maintenant trois membres. En 1905, Octave et Virginie ont un enfant prénommé Henri.

En 1911, l’usine Lainé dépose le bilan. Octave se met alors à son compte comme artisan serrurier. Pierre DUFRIEN et Albert QUENNEHEN, les deux garçons du foyer en âge de travailler, lui apportent leur aide.

La Bataille de Saucourt (Jean-Joseph DASSY – Château de Versailles)

Le hameau de Saucourt compte environ 200 habitants au début du XXe siècle. Mais, petit par la taille, cet ancien village est néanmoins célèbre dans l’Histoire de France. En 881, le roi Louis III remporta un grande victoire sur les envahisseurs vikings précisément dans ce petit village du Vimeu maritime situé entre Valines, Ochancourt et Fressenneville. Alors que les Vikings avaient saccagé plusieurs grandes villes comme Cambrai, Arras, Amiens ou Corbie, c’est à Saucourt qu’ils furent arrêtés. Plusieurs chansons, à l’époque médiévale, évoquaient le nom de Saucourt.

S’il n’est plus question de combattre les Vikings ou les Normands, désormais c’est de l’Est que vient la menace. Depuis 1905, le service militaire est obligatoire pour tous les hommes jugés aptes et sa durée est de deux ans. La France a besoin de former ses jeunes hommes au combat armé. La défaite de 1870 n’a toujours pas été oubliée.

Le Conseil de Révision d’Ault estime que Pierre DUFRIEN est apte au service armé. Le 9 octobre 1913, il quitte sa commune pour rejoindre le 120e Régiment d’Infanterie. Depuis que les affectations sont connues, c’est l’effervescence pour la jeunesse de Saucourt. Pierre DUFRIEN ne sera pas seul pour effectuer les deux années sous les drapeaux. Hippolyte COUILLET et Adrien DHIER, tous deux cultivateurs, sont également affectés au 120e RI. Et dans le chef-lieu, à Nibas, Aimé GOURLAY et Léon GUILBAUT seront également du voyage. Les cinq jeunes hommes de la commune de Nibas rejoignent le 120e qui vient de déménager de Péronne pour rejoindre le département de la Meuse.

Après neuf heures de train, les hommes du 120e arrivent à Stenay et s’installent dans la caserne Chanzy. Six semaines plus tard, un sixième larron nibasien arrive. Comme Pierre DUFRIEN, Hippolyte COUILLET et Adrien DHIER, Fernand DUFRESNE est aussi un gars de Saucourt. Il est orphelin de père. Sa mère est fermière.  

L’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août 1914. Dès le lendemain, les troupes de Guillaume II entrent en Belgique et dans le Grand-Duché du Luxembourg. L’objectif des Allemands est de traverser ces territoires sans encombre pour rejoindre la frontière française.

Le 120e RI, caserné à Stenay, n’est qu’à quelques kilomètres de la frontière. Les jeunes appelés savent qu’ils vont être aux premières loges. Que leur baptême du feu interviendra rapidement.

Le général Joffre donne l’ordre de franchir la frontière et de lancer une grande offensive en Belgique pour en chasser les Allemands. La date choisie est le 22 août.

Le 21, le 120e RI franchit la frontière et s’installe à Meix-devant-Virton pour y passer la nuit. Le temps est orageux. La nuit n’apporte pas la fraicheur escomptée. La moiteur enveloppe les hommes qui tentent de trouver le sommeil. Que vont-ils vivre en cette journée du 22 août annoncée comme celle d’une possible fin de la guerre ?

A cinq heures du matin, les hommes se mettent en marche dans un épais brouillard. Ils s’élancent dans un petit chemin qui serpente dans la vallée de la Chevratte pour atteindre, trois kilomètres plus loin, le plateau de Bellefontaine.

L’état-major est persuadé que les troupes d’infanterie allemande sont situées à plus de 10 kilomètres de Bellefontaine, au-delà de la rivière Semois.

Il n’en est rien. L’infanterie allemande, appuyée par une artillerie déjà bien positionnée, attend les Français.

Pierre DUFRIEN est tué. Fernand DUFRESNE, son copain de Saucourt, perd également la vie.

La guerre vient à peine de commencer que le petit hameau de Saucourt a déjà perdu deux de ses jeunes adultes. Pierre avait 20 ans et Fernand avait 21 ans.

Léon GUILBAUT est considéré comme disparu. Il faudra plusieurs mois avant que la Croix Rouge ne retrouve sa trace. Capturé à Bellefontaine, il a été emmené en Allemagne. A la fin de la guerre, alors que l’Armistice est signé, tous les prisonniers ne sont pas immédiatement rapatriés. Léon GUILBAUT meurt au camp de Meschede le 3 décembre 1918.

Après Bellefontaine, les hommes du 120e RI ont battu en retraite comme toutes les unités de l’Armée française pour se positionner sur un large front visant à arrêter la progression allemande. C’est dans la Marne que les gars de Nibas se retrouvent. Ils ne sont plus que trois. Hippolyte COUILLET, Adrien DHIER et Aimé GOURLAY.

Près de Sermaize-les-Bains où combat le 120e, Adrien DHIER est gravement blessé. Evacué vers le Sud de la France pour y être soigné, il meurt de ses blessures près de 5 mois plus tard à l’hôpital de Toulon.

Hippolyte COUILLET meurt en octobre 1914 dans le Bois de la Gruerie, en Argonne. Son corps ne sera jamais retrouvé. L’Armée considère qu’il est mort entre le 19 et le 27 octobre 1914…

Aimé GOURLAY est considéré comme disparu entre le 28 février et le 9 mars 1915 dans les combats de Mesnil-les-Hurlus. Il sera finalement considéré comme mort pour la France sans que personne ne puisse précisément fixer la date de son décès.

En un peu plus de six mois de guerre, six jeunes hommes de Nibas ont disparu. Six garçons qui étaient heureux de faire leur service militaire ensemble. Six copains de Saucourt et de Nibas qui avaient eu la chance incroyable d’être affectés dans le même régiment. Après six mois seulement, six familles qui n’ont plus de nouvelles de leurs fils. Six familles dans l’angoisse…

A Saucourt, parmi les hommes des classes 1911, 1912 et 1913, seul Arsène DUFRIEN, cousin de Pierre, a survécu à la guerre. Il avait été exempté de service militaire. Les commissions médicales qui l’ont examiné à plusieurs reprises ont conclu qu’il devait être réformé pour « adénite bacillaire ». Sa maladie lui a certainement sauvé la vie. Arsène DUFRIEN est mort en 1942 à l’âge de 48 ans.

Albert QUENNEHEN, le demi-frère de Pierre DUFRIEN, a survécu. Classé dans le Service auxiliaire pour faiblesse, il a été incorporé au 1er groupe d’aviation puis il a été mobilisé comme mouleur aux fonderies de Feuquières-en-Vimeu. Fabriquer des armes et des munitions était aussi important que de s’en servir et les compétences de serrurier-ajusteur qu’avaient acquises Albert avant la guerre étaient appréciables. Albert n’a jamais été envoyé au front. Albert a survécu. Il s’est marié en décembre 1918 avec Blanche DIEU.

Albert QUENNEHEN est mort à Feuquières en 1959, à l’âge de 64 ans.

monumentsmorts.univ.lille.fr  

Le nom de Léon GUILBAUT est gravé sur le monument aux morts de Pendé, commune voisine où la famille avait déménagé. Les noms de Pierre DUFRIEN, Fernand DUFRESNE, Hippolyte COUILLET, Adrien DHIER, Aimé GOURLAY sont inscrits sur le monument aux morts de Nibas.

Originaires de Nibas, ils effectuaient tous les six leur service militaire au 120e Régiment d’Infanterie avant que la guerre ne soit déclarée. Le plus âgé d’entre eux avait 23 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Retrouvez d’autres parcours :

Paul LEJEUNE de MONS-BOUBERT

Jules BOUBERT de PENDE

Georges DEVILLE de FRIVILLE-ESCARBOTIN

Publié par

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s