UN JOUR, UN PARCOURS – Charles BERNEUIL de Gauville

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 15 juin 1893, Charles BERNEUIL est le fils d’Edouard BERNEUIL et d’Adelphine BOURGOIS. Charles est leur seul enfant.

Adelphine est née à Gauville, petit village du Sud de la Somme situé dans le canton de Poix, en limite du canton d’Hornoy-le-Bourg et à la frontière avec la Seine-Inférieure. Les parents d’Adelphine sont fermiers Rue du Candellier.

Les parents de Charles ont une ferme Rue de la Chapelle à Montmarquet, village voisin de Gauville. Charles et Adelphine s’aiment. Ils se marient en 1889 et viennent s’installer à Gauville pour y avoir leur propre exploitation. Le couple s’installe dans la Rue d’Hornoy.

Gauville est un village agricole. La part des terres réservée aux herbages est importante. L’élevage des porcs, des moutons et des bovins permet à plusieurs familles d’en vivre. Les produits de la culture essentiellement céréalière, de l’élevage et de la basse-cour sont écoulés sur le marché d’Aumale, cité importante de Seine-Inférieure située à trois kilomètres de Gauville. C’est à Aumale que s’arrête le train qui relie Le Tréport à Paris. C’est à Aumale que travaillent tous ceux qui ne sont ni agriculteurs ni ouvriers agricoles. La cité, au cœur de la Vallée de la Bresle, est un centre industriel qui rayonne dans toute la région grâce à ses verreries. Comme la commune de Gauville étant rattachée administrativement à la Somme, toutes les démarches doivent être effectuées à Lignières-Châtelain, à Poix ou à Amiens, mais en aucun cas à Aumale. 

Dans un village de la taille de Gauville tous les enfants se connaissent et partagent de nombreux moments ensemble. Marcel MOISSON le fils d’un charretier de la Rue d’Aumale, Joseph QUESNEL le fils du marchand de porcs de la Rue Michel, Pierre NOBLESSE le fils d’un maçon Rue de Digeon sont des copains de Charles. Parmi les amis, il y a aussi des fils de cultivateurs comme Lucien JOINT et son cousin Bernard BOURGOIS.

Toute cette petite bande prend place dans la classe unique de l’école du village dirigée de main de maitre par Monsieur Parment l’instituteur public.

A Gauville, un des moments les plus importants de l’année c’est le jour de « L’arbre de la Saint-Léonard », le premier dimanche de Mai. Un ensemble de 2 arbres, l’un déraciné et l’autre coupé reliés par des lianes , est érigé devant l’église. Il y restera dressé une année jusqu’à ce que l’année suivante les jeunes du village ne l’enlèvent et le promènent dans les rues du village. Cet arbre aurait des vertus insoupçonnées pour protéger les femmes enceintes et aider les jeunes enfants à marcher. On dit même qu’il y a déjà eu des miracles…

Il y a bien sûr les moments de jeux, mais à la campagne, quand on est fils de cultivateur, il faut aussi très rapidement contribuer aux travaux des champs et veiller à ce que les animaux de la basse-cour soient bien nourris. Et quand les moissons arrivent, qu’ils soient fils de fermiers ou non, tous les garçons apportent leur concours. Et à la fin des moissons, c’est la fête dans tout le village !

Après avoir été jugé apte au service armé, Charles BERNEUIL est affecté au 18e Bataillon de Chasseurs à Pied. Il a 20 ans. Si les ouvriers ou domestiques agricoles deviennent souvent des fantassins, les fils de fermiers sont souvent orientés vers les Bataillons de Chasseurs. Leur connaissance des chevaux, alliés principaux des cultivateurs pour les travaux des champs, est un atout que l’Armée prend souvent en compte. Charles quitte Gauville le 27 novembre 1913 en même temps que Marcel MOISSON. Ce dernier, fils de charretier, est affecté au 5e Régiment de Génie de Versailles.

Quand la guerre est déclarée le 2 août 1914, le 18e BCP est déjà dans l’Est de la France, plus précisément à Longuyon dans le département de la Meuse, où il est caserné. Dans les premiers jours, les chasseurs enchaînent les missions de reconnaissance à la frontière puis sur le territoire de la Belgique envahie par les Allemands. Après la guerre de mouvement en Belgique et dans la Marne, les Armées s’enterrent peu à peu. C’est en Argonne que le 18e BCP, comme tous les régiments de la région militaire d’Amiens, débute la guerre de position. Une guerre où les chevaux n’ont plus leur place, si ce n’est à l’arrière des lieux de combat, pour tirer des voitures emplies d’armes, de nourritures ou de blessés.

Le 18 janvier 1915, Charles BERNEUIL est évacué vers l’hôpital de Sainte-Menehould dans la Marne, puis vers l’hôpital de Béziers. Même si la bronchite a été difficile à guérir, Charles revient au front deux mois plus tard.

En juin 1915, à la Tranchée de Calonne, il est blessé par éclats d’obus. Le séjour hospitalier est plus long accompagné d’une convalescence salvatrice. Un an plus tard, Charles est à nouveau jugé apte au combat. Il part alors avec l’Armée d’Orient sur un autre front, tout aussi meurtrier.

Le 19 novembre 1916, Charles BERNEUIL est évacué vers l’hôpital de Salonique pour vertiges et céphalées suite à trépanation. Les éclats d’obus ont encore fait des dégâts !

Il est rapatrié quelques jours plus tard et transporté à l’hôpital de Toulon, puis celui de Nice. Cette fois-ci, il n’y aura plus de retour au front. L’état de santé de Charles est inquiétant. Les vertiges sont permanents. Les maux de tête sont insupportables. Charles est envoyé au dépôt. Finalement, il est déclaré définitivement inapte par la Commission de réforme de La Roche-sur-Yon en septembre 1917. Charles n’est toutefois pas autorisé à rentrer chez lui. Il reste à la disposition de l’Armée et enchaîne encore plusieurs séjours à l’hôpital de La Roche-sur-Yon.

Charles BERNEUIL est officiellement démobilisé en avril 1919. Il peut enfin rentrer dans son village de Gauville.

Si Edouard et Adelphine ont le bonheur de retrouver leur fils, même diminué physiquement, d’autres familles de Gauville n’ont pas cette chance.

Bernard BOURGOIS le cousin, est mort en avril 1915 aux Eparges.  Pierre NOBLESSE, le fils de maçon, est mort à la fin de la Bataille de la Somme, début novembre 1916. C’est à Génermont, hameau totalement détruit près de Berny-en-Santerre qu’il a été tué. Quant à Joseph QUESNEL, le fils du marchand de porcs, il est mort à Fontenois, dans les Ardennes, le 31 août 1914.

Marcel MOISSON n’est pas parti à la guerre. Le 27 novembre 1913, quittant Gauville en même temps que son copain, il a rejoint sa caserne à Versailles. Quelques semaines après le début de son service militaire, il a été hospitalisé. Le 10 mars 1914, Marcel MOISSON s’éteignait à l’hôpital de Versailles, victime d’une pleurésie purulente.

Parmi les copains d’enfance, seuls deux d’entre eux ont survécu à la guerre. Survivants mais dans quel état ! Charles BERNEUIL a été victime toute sa vie de vertiges et de douloureuses céphalées. Mais il avait conscience que c’était bien peu en comparaison de la souffrance de son copain Lucien JOINT. Lucien est un miraculé ! Les blessures ont été multiples pour lui. Des éclats d’obus lui ont atteint le visage en juillet 1916, la jambe droite en août 1917, la jambe gauche en septembre 1918. Lucien a été gazé à deux reprises, une première fois pendant la Bataille de la Somme, et une seconde fois en Artois, par des gaz d’obus spéciaux. Après avoir été démobilisé en août 1919, Lucien JOINT est parti chercher du travail à Aumale. Dans les fabriques, il était toujours possible de trouver un emploi pour un estropié de guerre.

Au retour de la guerre, Charles BERNEUIL a épousé Thérèse, une fille de cultivateur du village. Une fille est née, Isabelle, puis dix ans plus tard, une seconde fille prénommée Raymonde. Charles et Thérèse ont tenu ensemble une petite exploitation agricole dans la Rue d’Aumale. Au décès du père de Charles, ils ont repris la grande ferme familiale de la Rue d’Hornoy.

Les noms de Bernard BOURGOIS, de Joseph QUESNEL et de Pierre NOBLESSE sont inscrits sur le monument aux morts de Gauville.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Gauville.

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Kléber DUBERT de FAMECHON

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2 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Charles BERNEUIL de Gauville »

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