UN JOUR, UN PARCOURS – Maurice NOBLESSE

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 23 mai 1893, Maurice NOBLESSE était le fils d’un pannetier de la Vallée de la Bresle. Léon, le père, travaille, en effet, à Raimecourt, hameau de Sénarpont, comme ouvrier à la fabrique de pannes (tuiles de terre cuite),  et Apolline, sa mère, est ménagère.

Fidèle à ce secteur du Sud-Ouest du département de la Somme, à la frontière avec la Seine-Inférieure, le couple va déménager à plusieurs reprises. Ils résident à Mesnil-Eudin, petit village de la Vallée du Liger, puis à Bernapré, dans la Grande Rue, avant d’aller s’installer dans la commune de Sénarpont.  Marie, la fille aînée, voit le jour à Bernapré. Les autres enfants du couple naissent à Sénarpont. Il y a Abel, Anschaire, Thérèse, Maurice, Raoul, Gédéon et les jumeaux, René et Camille.

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Suite à un nouveau déménagement, c’est à Inval-Boiron que la famille débarque. Comme ses frères et sœurs, dès qu’il a l’âge de travailler, Maurice doit gagner sa vie. Il est domestique chez Deboffe, un agriculteur du village. Le gîte et le couvert lui sont assurés.

Le Conseil de Révision d’Oisemont l’ayant jugé apte, il est incorporé le 26 novembre 1913 au 19e Régiment de Chasseurs à Cheval d’Abbeville pour y effectuer son service militaire. L’expérience acquise dans la ferme à s’occuper des chevaux n’est certainement pas étrangère à la décision d’affectation.

En cette fin 1913, la tension internationale est vive. L’Etat-major français se prépare au pire. Le plan Schlieffen prévoit l’invasion allemande par la Belgique et le Luxembourg, pour envahir la France. C’est donc à proximité de ces frontières qu’il faut réunir beaucoup des forces de l’Armée d’active, c’est-à-dire, les régiments de jeunes hommes qui effectuent leur service militaire. Ce n’est pas encore la guerre, mais on s’y prépare.

Quand les troupes allemandes entrent sur le territoire de la Belgique neutre, le 4 août, les régiments de Chasseurs se rapprochent des frontières, puis, dès le 6 août commencent leurs missions de reconnaissance. Comme c’est le cas pour les régiments de Dragons, les Chasseurs sont chargés de localiser l’ennemi, pour anticiper au mieux un éventuel affrontement entre les deux armées.

Dans les premières semaines, avec la guerre de mouvement, les cavaliers prennent une place déterminante dans la stratégie militaire. Quand les hommes vont commencer à s’enterrer dans une terrible guerre de position,  d’autres formes de missions seront confiées aux cavaliers.

Le froid, le vent, la pluie ont raison de la santé de Maurice. Le premier hiver est particulièrement difficile à supporter pour ceux qui vivent, blottis dans des tranchées de boue.

Le 21 janvier 1915, Maurice est évacué vers l’hôpital de Donzy, dans la Nièvre, pour état fiévreux. Il n’en sort que deux mois plus tard, et, après une courte période de convalescence, Maurice est, à nouveau, hospitalisé. Le 7 juin, la Commission d’Angers le réforme pour faiblesse générale et bacciliose (tuberculose). A deux reprises, le 18 septembre 1915 et le 27 avril 1916, l’Armée confirme son incapacité à retourner au combat.

Le 16 août 1917, alors que son état de santé ne s’améliore pas vraiment, Maurice est à nouveau convoqué par la Commission d’Amiens. D’une manière assez surprenante, il est alors classé « service armé » et retrouve son régiment d’origine le 20 septembre. Il faut dire que l’armée française a besoin de regonfler ses effectifs. Les combats meurtriers de Verdun et de la Somme, en 1916, et les Batailles d’Artois et du Chemin des Dames, en 1917, ont décimé de nombreux régiments. Les Américains ne sont pas encore prêts à envoyer massivement des troupes pour combattre, et l’opinion publique est hostile à l’enrôlement des classes 1919 et au-delà. Il y a eu assez de dégâts dans les familles ! Préservons au moins les plus jeunes !

Alors, on fait appel aux commissions pour rendre « apte » celui qui ne l’était plus…

Maurice rejoint son régiment, mais il est toujours malade. Il est donc rapidement évacué, une nouvelle fois. Hospitalisé à l’hôpital d’Orléans, pour problèmes gastriques, il est ensuite transporté en urgence sur l’hôpital mixte annexe pour traiter une rougeole. Aucun vaccin n’existe et cette maladie grave est particulièrement contagieuse.  Une fois guéri de la rougeole, il n’est pas envoyé au front, mais au dépôt, avant tout pour reprendre des forces. L’armée ne désespère de pouvoir, un jour, faire combattre Maurice. Sa mutation au 15e Régiment de Chasseurs, en juin 1918, ne change rien. Maurice reste malade, et l’Armistice n’y change rien…

Son état fragile en fait une cible pour les virus. Rien d’étonnant à ce qu’il soit alors victime de la grippe espagnole. Hospitalisé le 25 février 1919 à Vincennes, il en sort presque deux mois plus tard, avant d’être enfin démobilisé en août 1919.

Il espère que le retour dans son petit village d’Inval va lui permettre de retrouver la santé.

Maurice se marie avec Angèle, de 15 ans son aînée. Angèle lui amène, de son premier mariage, une petite fille, prénommée Louise.  Le bonheur semble enfin à portée de main.

Le couple, aidé par Louise et par le père d’Angèle, exploite alors une petite ferme, rue d’Andainville. On y trouve quelques animaux, et bien sûr, un cheval.

Hélas, ni l’eau du Liger, ni l’air de la Vallée de la Bresle, ni l’amour d’Angèle, ne peuvent redonner la santé à Maurice. Il meurt le 26 décembre 1928, à l’âge de 35 ans.

L.J et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Alain CAYEUX a réalisé la collecte de données pour la commune de Sénarpont.

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