Omer VERRY de Chipilly, victime de la Bataille de la Somme

Bataille de la Somme – Bouchavesnes

Le 20 janvier 1892 à 4 heures du soir, Octave VERRY, manouvrier de 30 ans, habitant à Chipilly a présenté Omer Oscar, son cinquième enfant, né à 11 heures du matin de lui et de Sophie LARSONNIER son épouse.

Oscar et Sophie se sont mariés à Villers-Cotterets en 1886. Sophie est née à Silly-la-Poterie (Aisne), orpheline dès l’âge de sept ans, son tuteur Onésime LARSONNIER demeure à Villers-Cotterets, elle sera domestique dès l’âge de 16 ans, à Chipilly puis à Paris.

Avant Omer, étaient nés à Chipilly Aurélie en 1887, Honoré en 1888, et des jumeaux Victor et Victorine en 1889, décédée peu après. Au moment des deux premières naissances les parents habitaient à Amiens, au 43 rue des Gantiers, mais les enfants sont nés à Chipilly chez le grand-père paternel Omer VERRY.

Après Omer naîtront onze autres enfants, mais quatre décéderont en bas âge.

Octave, le père, au fur et à mesure des naissances, pratiquait des métiers divers comme manouvrier à son mariage en 1886 à Villers-Cotterets, domestique à Amiens à la naissance de sa première fille Aurélie, palefrenier au deuxième Honoré, puis tricotier comme son père. Après la guerre en 1921, il tiendra un débit de boissons. En 1926 il vit avec trois de ses derniers enfants et quatre petits enfants. Il décède cette même année. Son épouse, disparue en mars 1914 à l’âge de 48 ans, ne connaitra pas la guerre, ni le destin de tous ses enfants et la vie paisible avec ses petits enfants.

Chipilly commune d’environ 170 habitants au bord de la Somme est aujourd’hui un village picard de l’amiénois, mais se trouvait dans l’arrondissement de Péronne avant 2016. Il est situé à une dizaine de kilomètres au sud d’Albert. Le canal de la Somme construit au XIXème siècle enferme le territoire dans une boucle. La population d’environ 400 habitants en 1860 n’a cessé de baisser pour arriver à 200 avant la guerre 14-18. Elle peinera à remonter, les habitants préférant aller dans les grosses communes aux alentours.

Toute la famille VERRY s’est installée rue de Sailly à Chipilly où elle est recensée en 1906. Octave et un de ses fils, Honoré, sont ouvriers agricoles chez Constant LECLERCQ, cultivateur fermier, Victor né en 1889 est berger chez LEROY, Omer ne travaille pas encore.

En 1892, quatre garçons sont nés à Chipilly, un est décédé en bas âge, les trois autres, Omer, Constant, Isidore ne connaitront pas la fin de la guerre.

Trois copains qui ont fréquenté la même école et savent lire et écrire grâce à l’enseignement des instituteurs Arsène POIRET et Gustave AGISSON.

Constant BRUNEL a commencé son service militaire au 120ème Régiment d’Infanterie de Péronne en octobre 1913. La guerre déclarée, le régiment part à Bellefontaine en Belgique, Constant n’ira pas plus loin, Il est tué le 22 aout 1914. Son corps doit reposer dans l’ossuaire du cimetière militaire de Virton (Belgique).

Le 22 août à Bellefontaine

Isidore CANDILLON qui habitait dans la même rue qu’Omer, est également présent au 120ème R.I. à Bellefontaine. Il ne sera pas touché par les nombreuses balles de cette journée sanglante du 22 aout, mais en septembre 1915, il n’a plus cette chance, il est tué aux Eparges dans la Meuse.

Omer VERRY, journalier agricole chez Constant LECLERCQ comme son père, part également au service le 1er octobre 1913, mais il est incorporé au 72ème Régiment d’Infanterie à la caserne Friant d’Amiens et ne rejoint pas ses deux copains.

Le 2 aout 1914, à peine sorti de son instruction militaire, il rejoint le front en Belgique du côté de Virton. Son copain Constant a été tué, mais le sait-il ?

En septembre, c’est la Première Bataille de la Marne, le régiment se trouve dans le secteur de Maurupt-le-Montois où il perd beaucoup d’hommes. Omer sera blessé le 22 septembre au Bois de la Gruerie dans la forêt d’Argonne. Il est évacué vers l’arrière car il a reçu des balles dans la cuisse et le genou. Opéré et soigné, il est en phase de convalescence quand en mars 1915 il est cité à l’ordre du régiment : « Très belle conduite au feu, est resté seul dans un poste violemment bombardé où il a efficacement répondu à l’ennemi. »

Mais l’armée a besoin d’hommes, elle le considère rétabli le 30 avril 1915 et apte à repartir au front. Il rejoint sa 5ème compagnie du 2ème bataillon de son régiment en Argonne. Fin 1915, c’est en Champagne qu’il combat, et se retrouve aux Eparges où son copain Isidore sera tué.  

Début septembre 1916, le 72ème R.I. va se mettre en position dans la Somme pour intégrer la grande offensive franco-anglaise qui a débuté le  1er juillet. Il prend part directement aux opérations offensives de la Bataille de la Somme à partir du 13 septembre. C’est pendant cette bataille que le 13 octobre 1916, lors de l’attaque de Bouchavesnes-Bergen, Omer reçoit un éclat d’obus dans la colonne vertébrale. Il est paralysé. Evacué à l’arrière et transporté à l’hôpital temporaire 78 à Amiens, la blessure est trop grave, il décède le 25 octobre 1916, il y a 110 ans aujourd’hui. 

Son corps est inhumé à Amiens au cimetière de Saint-Pierre qui deviendra une Nécropole nationale créée et aménagée à la fin de la guerre, elle rassemble près de 1400 corps de soldats Morts pour la France lors des batailles de la Somme. La tombe d’Omer VERRY porte le numéro 559 avec une inscription erronée (VERY Homère).

Son père reçoit rapidement l’avis de décès transmis le 28 novembre 1916 à Chipilly.

Quelques uns de ses camarades tués durant cette attaque de Bouchavesnes, sont enterrés dans la Nécropole Nationale de Rancourt qui a été classée en 2024 au patrimoine mondial de l’UNESCO. La chapelle de Rancourt a aussi été classée, l’inauguration et le dévoilement des plaques ont été réalisés fin septembre 2026.

– Victor VERRY, un frère d’Omer, né en 1889 effectue son service militaire à partir d’octobre 1910 au 67ème Régiment d’Infanterie de Soissons, puis au 2ème Escadron du Train un an après. Il est rappelé aux armées en aout 1914 et arrive le 25 aout au 67ème R.I.

Après avoir traversé les combats de la Bataille de la Marne, le régiment remonte vers les Hauts-de-Meuse, dans le secteur de Mouilly. Malheureusement il est tué un mois après, le 24 septembre, dans les zones forestières entre Saint-Rémy-la-Calonne et Mouilly dans la Meuse. Il sera décoré da la médaille militaire en 1923.

Un des copains de son âge, Alcide FAUCHEUX est tué peu de temps après en Belgique le 26 octobre 1914.

– Honoré, le deuxième garçon de la famille, né en 1888 effectue son service au 120ème  R.I. de 1909 à 1911. Rappelé à l’activité à la mobilisation générale, il rejoint le 72ème en aout 1914. Prisonnier au Bois de la Gruerie en décembre, il passe le reste de la guerre derrière les barbelés au camp de Meschede en Allemagne. Il est libéré en décembre 1918.

– Octave un autre frère né en 1896, est affecté le 3 septembre 1916 au 1er Régiment du Génie et dans d’autres régiments  du Génie. A la fin de la guerre il ira habiter à Amiens.

Ces cinq « Morts pour la France » sont inscrits sur le Monument aux Morts de Chipilly et sur une plaque commémorative de l’église Saint-Martin de cette commune.

Omer, Constant et Isidore (Emilien) avaient 24 ans. Victor allait avoir 25 ans!!!

Didier Bourry – Danièle Remy

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